Dastum : « Le patrimoine breton demeure vivant »

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Musique - Interview

Collecter, sauvegarder, transmettre la culture bretonne : c’est la mission que s’est donnée Dastum il y a 40 ans. A l’occasion de cet anniversaire, Charles Quimbert revient sur le cœur du travail de son association, qu’il présentera au festival Temps Fête de Douarnenez…

Dastum : « Le patrimoine breton demeure vivant »

« Dastum » signifie « ramasser, rassembler » en Breton. Et c’est exactement la mission que l’association du même nom s’est donnée il y a 40 ans : collecter, sauvegarder et transmettre le patrimoine culturel immatériel breton. Chansons, musiques, contes, légendes, histoires, proverbes, dictons, récits, témoignages ... Plus de 150 000 documents alimentent une base de données consultable gratuitement par tous. Charles Quimbert, le président de Dastum, revient sur la création de son association, sur l’évolution du collectage et de la conservation du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI), ainsi que sur l’avenir de ces archives. 

 
 
Qu’est-ce que l’association Dastum ? Que collectez-vous principalement ?
 
Charles Quimbert : Dastum est une association loi de 1901 créée en 1972 pour collecter, sauvegarder et transmettre le patrimoine culturel de Bretagne. Au début des années 1970, nombre de jeunes chanteurs et musiciens bretons souhaitaient aller en quête d’une tradition chantée pour se construire un répertoire et s’imprégner des connaissances des musiciens populaires qui en étaient les porteurs. En Bretagne, ce sont plus de 400 collecteurs qui sont aujourd’hui référencés, des plus institutionnels, comme les universités, aux démarches individuelles, parfois très riches.
L’association n’a pas pour but de « collecter », d’aller sur le terrain, mais de « collecter les collectes », c'est-à-dire d’animer tout un réseau de détenteurs de fonds pour que ces derniers les déposent à Dastum, afin de les rendre accessibles au plus grand nombre.
 

Un fest noz organisé par l'une des branches de l'association Dastum
 
Au festival temps Fête de Douarnenez, vous allez présenter des enquêtes sonores sur la vie maritime et littorale qu’avait faites Daniel Jéquel pour Radio Bretagne Ouest dans les années 1980 et 1990. Le patrimoine culturel oral n’est donc pas seulement musical ?
 
Charles Quimbert : Certainement non. Il peut comprendre tout ce qui a constitué l’orature (NDLR : l'ensemble du patrimoine qui se transmet de bouche à oreille sans recours à l'écrit) pour les folkloristes (les contes, les chants, les musiques, les formulettes, les comptines…) mais aussi les récits de vie, à savoir comment une personne parle de son histoire, de son parcours. A ce titre, le milieu maritime recèle un patrimoine très riche, en danger : il pourrait ne pas se transmettre, du fait des transformations économiques profondes qu’il traverse. Ainsi sommes-nous en face des derniers gardiens de phare, les ouvrières des dernières conserveries se font rares et Daniel Jéquel a enregistré des goémoniers, des pêcheurs à pied porteurs de savoir-faire aujourd’hui disparus.
 
L’association fête ses 40 ans. En 40 ans, comment la conservation du patrimoine a-t-elle évolué? Ce vœu de conservation du PCI est-il lié à la disparition de ceux qui le portaient ?
 
Charles Quimbert : Pas tant à la disparition de ceux qui le portent, puisque mourir fait partie de la vie, mais de la fragilité de la transmission de leur savoir. Entendons nous bien sur le terme de conservation, que nous n’utilisons que pour les supports techniques (bandes magnétiques, supports numériques). Nous ne souhaitons pas conserver un patrimoine mais agir pour qu’il demeure vivant comme un acteur, parmi d’autres, de notre actualité. Nous sommes là pour permettre à la création contemporaine de trouver un support et un enracinement.
 
Les archives sont consultables gratuitement dans des centres divers (écoles, bibliothèques, médiathèques…). La gratuité des archives est-elle essentielle à cette transmission du patrimoine?
 
Charles Quimbert : L’accès est gratuit pour quelques éléments sur Internet, après un accord des personnes ayant droits. Les points de consultation sont liés par une convention à Dastum et paient un forfait annuel. Les adhérents de ces structures consultent gratuitement. On peut aussi adhérer à Dastum pour consulter de chez soi, par une demande écrite.
Notre public premier a bien sûr été les musiciens, puis les élèves d’école bilingue. Une des difficultés de ce type d’archives est leur trop grande spécialisation. Il est donc vrai que nous devons chercher à toucher un public de plus en plus large et, pour cela, nous devons décloisonner les archives en les reliant aux moteurs de recherche plus généralistes. La transmission du patrimoine tient bien sûr à l’accès gratuit, mais aussi et fondamentalement à un changement d’image des musiques traditionnelles ou des cultures traditionnelles.
 
Les jeunes générations s’intéressent-elles à leur propre patrimoine ?
 
Charles Quimbert : C’est bien là que demeure la question de la transmission. Les jeunes générations construisent leur propre culture dans un monde où les propositions sont multiples et qualitativement de tout ordre. Transmettre aujourd’hui, c’est donc être accessible. C’est aussi donner aux jeunes la possibilité de faire un choix, et non simplement de suivre les médias dominants.
 

Dom Duff, l'un des artistes de la nouvelle génération programmés à Douarnenez pour Temps Fête
 
 
Y-a-t’il un véritable élan de conservation du patrimoine culturel immatériel en Bretagne ? Est-ce un enjeu politique ?
 
Charles Quimbert : La réponse n’est pas simple. Depuis longtemps, les Bretons sont sensibles à leur patrimoine mais le risque est grand que la partie qui s’y intéresse devienne marginale et soit minorisée, voire que leur revendication soit incomprise de la majorité de la population. Les notions de patrimoine culturel immatériel et les références aux Convention de l’Unesco sur la diversité culturelle sont l’occasion pour nous de renouveler notre discours en l’inscrivant dans des enjeux internationaux liés à la mondialisation, le développement durable et la diversité culturelle.
Il y a donc bien un véritable enjeu politique. De toute façon, attribuer de façon aussi peu équitable des subventions à l’une ou l’autre des esthétiques musicales, par exemple, traduit un choix, une orientation politique.
 
 
Propos recueillis par Moriane Morellec
 
Et sur le web :
- Le site de l’association Dastum 
 

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