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Danse : le "Lac des Cygnes" sud-africain de Dada Masilo
Sur la scène du Musée du Quai Branly, treize danseurs noirs en tutu blanc mêlent danse classique et danse africaine. Jusqu’au 28 octobre, la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo revisite avec humour "Le Lac des Cygnes".
Qui aurait pu penser que danse classique et danse africaine faisaient si bon ménage ? Dada Masilo fait fusionner les genres. A seulement 26 ans, la chorégraphe sud-africaine, également danseuse hors pair, livre une version pleine d’humour duLac des Cygnes. Mais attention, il ne s’agit pas d’une parodie d’un des plus grands ballets classiques. Admirative de la pièce depuis l’enfance, Dada Masilo se permet de jouer avec les conventions du genre classique pour aborder des sujets sensibles.
Danseurs et danseuses sont en tutu et les pieds nus. Après une introduction musicale où la mélodie de Tchaïkovsky envahit la salle, les 13 cygnes entament le ballet. Au bout de quelques minutes, l'un des interprètes se lance dans un discours plein d’ironie sur les codes rigides du ballet. Car, dans cette version, Siegfried est homosexuel. Son amour pour le cygne noir est révélé à travers un duo renversant d’émotion et de grâce. Rejeté par les autres à cause de cette révélation, Siegfried est victime d’homophobie.
Si le sujet est délicat, la chorégraphe a décidé d’aborder cette création avec humour. Sur un plateau vide habillé de différentes luminosités, le mouvement aérien des danseurs alterne avec une gestuelle plus rythmée et ancrée dans le sol. En d’autres termes, aux entrechats sont mêlés des déhanchés. Même la mélodie de Tchaïkovski se teinte de nouvelles sonorités. Les youyous lancés à la volée font tout d’un coup remuer dangereusement les jupes de tulles sur les hanches. La scène bouillonnante d’énergie prend alors des allures de grande fête.
Dynamisme et précision représentent bien la jeune compagnie de danse. Et quand Dada Masilo commence à remuer, difficile de détacher son regard d’elle. Haute comme trois pommes, la danseuse fait preuve d’une énergie sans borne et semble techniquement capable de tout. Ce sont cependant les danses d’ensemble au fort impact visuel et émotionnel qui priment. A l’image du final, où danseurs et danseuses se retrouvent torses nus vêtus de longues jupes noires. La beauté de cette dernière scène conclut sur la question du genre.
Que ce soit sur le fond ou sur la forme, la pièce est une réussite. Et si ce ballet a inspiré d’innombrables versions, le Swan Lake de Dada Masilo devrait rester inoubliable.
Mathilde Penchinat
Et aussi sur le web :
- le site du Musée du Quai Branly
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