Claire Giraudin (Sacem) : "En France, on a une diversité de festivals extraordinaire"

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Economie - Interview

En se basant sur les statistiques de la Sacem, Claire Giraudin nous brosse un tableau éclairant de la situation des festivals …

Claire Giraudin (Sacem) : "En France, on a une diversité de festivals extraordin

Voilà un siècle et demi que la Sacem gère les droits d’auteur des musiciens français. Avec le temps, cette société civile, reconnue et contrôlée par l’Etat, a acquis une position centrale au cœur du secteur musical. Ses communiqués, ses statistiques, parfois absconses au premier regard, méritent d’être décortiqués. Ils permettent en effet de prendre le pouls de dame musique. En nous détaillant les résultats de l’une de ses dernières enquêtes, Claire Giraudin, la déléguée aux relations extérieures et à l’analyse stratégique de l’institution, nous brosse un tableau éclairant de la situation des festivals …

 

En 2011, les chiffres du spectacle vivant sont repartis à la hausse après une année de recul. Comment expliquez-vous ces fluctuations ?
 
Claire Giraudin : Les fluctuations dans le spectacle vivant sont liées au poids de ce qu’on appelle « les tournées » (et notamment les grandes tournées). Elles représentent 35% des droits du spectacle vivant, pour un nombre pourtant réduit de séances : de 3 à 4% des séances. Ca vous donne une idée de la concentration sur ce type de spectacle. En gros, quand les tournées se portent bien, le spectacle vivant part à la hausse. Sinon, le spectacle vivant stagne ou baisse légèrement. En 2011, on a eu quelque chose d’assez rare : les tournées sont en recul de 1% - alors que l’année précédente, elles étaient en recul de 14%, ce qui avait fait s’écrouler nos chiffres – mais on a une grosse croissance de ce qu’on appelle le « secteur associatif » qui a tiré l’ensemble du spectacle vivant vers le haut. Cela a compensé la chute des tournées …
 
Dans un langage plus commun, les « grosses tournées », ce sont celles qui passent par les stades ou les Zéniths, et le « secteur associatif », ce sont les petits festivals ?
 
Claire Giraudin : Oui, les petits et les gros festivals (parce que, par exemple, les Vieilles Charrues sont gérées par une association) … La plupart des festivals sont organisés par des associations mais il faut faire attention : il y a des festivals qui sont organisés par des tourneurs comme Live Nation. Si vous voulez, les fluctuations du spectacle vivant sont liées, pour faire vite, à la présence ou non de grandes vedettes qui tournent en France. En 2011, on a eu peu de grosses stars mais on a eu un gros développement sur le « secteur associatif » : les festivals mais aussi le secteur des associations qui organisent des concerts. Donc, des événements plus ancrés dans un territoire.
 
Pour savoir comment les artistes s'en sortent en cette période troublée, vous avez des chiffres sur l'activité de près de 12 000 auteurs-compositeurs-interprètes : ils seraient à l'origine de 25% des "séances" mais ne toucheraient que 14,5% des droits. Qu'est-ce que cela signifie, dans un langage plus commun ?
 
Claire Giraudin : Il s’agit d’auteurs, compositeurs et interprètes, une population très particulière parce que les créateurs (auteurs ou compositeurs qui ont bénéficié de la répartition des fruits du spectacle vivant) sont plus de 30 000 personnes. Ceux qui se déclarent également interprètes en constituent un sous-groupe. Ils sont environ 12 000 mais c’est du déclaratif : il y en a probablement plus mais ils ne se sont pas déclarés comme tels dans nos formulaires. Pour revenir à nos chiffres, ils veulent dire que les séances déclarées par les auteurs-compositeurs-interprètes sont un quart des séances totales (les concerts, les pièces de théâtre, …) mais seulement moins de 15% des droits. C’est une population très hétérogène. Des grandes stars comme Zazie, M, Christophe Maé en font partie. Mais on a aussi énormément de séances qui génèrent très peu de droits. 
 
Peut-on en déduire que la majorité de ces auteurs-compositeurs-interprètes ont des conditions de vie et de travail difficiles ?
 
Claire Giraudin : Il est sûr qu’ils sont souvent dans des économies modestes. Très souvent, il s’agit d’auteurs compositeurs débutants, émergents. Sans comparatif avec les années précédentes, je ne suis pas certaine qu’on puisse dire que les temps sont particulièrement durs … 
 
 
L'une des réalisations du Fonds d'Action Sacem ...
 
Du côté des festivals, votre étude semble démontrer une forte standardisation de la programmation avec des groupes comme Zebda, Shaka Ponk, Orelsan ou 1995 qui donneront plus de 20 concerts cet été. Dans ces conditions, les festivals peuvent-ils encore faire émerger de nouveaux talents ?
 
Claire Giraudin : Il faut bien se rendre compte que ces chiffres viennent d’une étude de la programmation de 120 festivals seulement. On en a recensé pourtant 841. Donc, c’est une petite partie de ces festivals que nous avons étudiés. La diversité reste présente dans les festivals. Enormément de festivals programment de nouveaux talents. En France, on a une chance extraordinaire de ce côté. Quand on parle de festivals dans un pays comme la Hongrie, dont le Sziget attire les foules, il faut se dire que ces pays développent trois ou quatre gros festivals, cinq à tout casser. En France, on a vraiment une diversité de festivals, une diversité de genres, une diversité d’implantations territoriales extraordinaire. Et donc la possibilité pour tout un tas d’artistes d’émerger, d’avoir la chance d’atteindre un public, …  Si on s’amusait à recenser le nombre d’artistes différents qui tournent sur les 841 festivals qu’on a dans cette étude,  on aurait une vraie diversité …
 
En cette période d'austérité budgétaire générale, êtes-vous optimiste pour les festivals ?
 
Claire Giraudin : Oui, absolument. Parce qu’ils ont une véritable implantation locale, qu’ils sont divers. On l’a vu quand on a fait une recherche sur les genres, la programmation. J’étais très surprise et très heureuse de voir qu’il y a énormément de festivals en jazz et en musiques improvisées. On sait que le jazz représente au mieux 5% du marché de la musique enregistrée. La musique classique se vend encore moins mais représente 15% des festivals recensés. Le jazz, c’est 20% des festivals recensés. Les musiques du monde et les musiques traditionnelles ont une vraie place dans l’offre festivalière.  Donc, oui, on peut être optimiste pour les festivals …
 
 
Propos recueillis par François Mauger
    
Et aussi sur le web :
- le site de la Sacem

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