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Cinéma : dernier Festival de Biarritz avant la fin d'un monde
Biarritz est chaque automne la Mecque du cinéma Latino. Pour sa 21ème édition, le Festival basque présente le meilleur de la production de dizaines de pays, avec un focus cette année sur la Colombie. Sa programmatrice nous a parlé de ses choix et de la fin du calendrier maya ...
Station balnéaire de la côte basque bien connue des amateurs de vagues, Biarritz est aussi la Mecque du cinéma Latino. Pour sa 21ème édition, le Festival Biarritz Amérique Latine présente une trentaine de films en compétitions, répartis en Courts-Métrages, documentaires et Fictions. Le jury de cette dernière section, présidée par l’actrice Alexandra Stewart, accueille la chanteuse Carmen Maria Vega ou le musicien chilien Angel Parra, fils de la mythique Violeta Parra, dont la vie donne lieu à un biopic réalisé par Andres Wood, qui sera projeté en avant-première et hors concours. La programmatrice Lucile de Calan nous a expliqué ses choix et parlé de la fin d'un monde ...
Lorsqu'on regarde les thèmes abordés, la catégorie "fiction" ressemble un peu à la catégorie "documentaire" de votre compétition : il y est question des otages des FARC, d'Augusto Pinochet, de la délinquance juvénile en Argentine, … Le réalisme est l'une des caractéristiques du cinéma d'Amérique Latine ?
Lucile de Calan : Effectivement, cette année, au sein de la compétition long métrage, on a beaucoup de films qui s’attachent à une forme de réalisme. Ces films sont ancrés dans le présent. Ils s’attachent à l’histoire contemporaine et politique d’un pays : la Colombie, à cause des FARC, le Chili, avec un film comme No de Pablo Larraín, … Mais, à la différence des documentaires, ces films ouvrent sur une autre dimension. Ces fictions abordent le réel d’une manière esthétique et cinématographique forte. Elles créent une autre image, un autre regard. Surtout, elles s’ouvrent à des thématiques universelles. On sort de l’anecdote historique pour aller vers des histoires qui vont, nous public, nous toucher tous parce qu’elles nous concernent tous …
Bande-annonce de Juan de los Mueros (sous-titre anglais)
Il y a également des films qui s’éloignent à grands pas du réalisme, comme cette histoire de zombies à Cuba !
Lucile de Calan : Exactement. On a deux films qui abordent la question de la fin du monde. C’est la première fois au festival qu’on va passer un film de genre : un pur film de zombies, Juan de los muertos d’Alejandro Brugués. Juan est un héros qui lutte contre une horde de zombies. D’un autre côté, on a El limpiador d’Adrián Saba, qui, lui aussi, s’éloigne du réel, puisqu’il décrit une fin du monde au Pérou, où deux personnages, un homme et un petit garçon, se lient d’amitié alors que Lima est foudroyée. Il faut également que je vous parle d’un film colombien, Sofia y el Terco d’Andrés Burgos Vallejo. Il se détache lui aussi du réalisme en utilisant une image qui est proche de la bande dessinée pour raconter l’histoire d’un couple âgé qui a encore des rêves …
Bande-originale d'El limpiador (sous-titres anglais)
Justement, hors-compétition, vous mettez en valeur le cinéma produit en Colombie, un pays qui a accouché plus de 30 films cette année. C'est pour vous un phare en Amérique Latine ?
Lucile de Calan : Effectivement, cette année a été celle du cinéma colombien. Le pays est un phare, oui, pour plusieurs raisons. D’abord parce que son cinéma est créé par de très jeunes réalisateurs, qui apportent chacun un regard très différent sur le cinéma et qui s’éloignent, là encore, du réalisme et de la violence du pays. Ils racontent des histoires plus larges, où la violence est forcément abordée, parce qu’elle est très présente dans ce pays, mais elle l’est à travers l’intimité de certains personnages. Il y a des groupes de jeunes réalisateurs et de jeunes producteurs qui se distinguent. Je pense au groupe de la ville de Cali. Ils s’entraident : celui qui était producteur sur un film devient réalisateur sur l’autre. C’est un cinéma qui prend un nouvel essor, qui fait preuve d’une rélle diversité.
Bande-annonce de La Playa D.C. de Juan Andrés Arango
Vous avez invité quelques écrivains, comme le Chilien Hernán Rivera Letelier ou le Cubain Abilio Estévez. Pour vous, littérature et cinéma sont intimement liés ?
Lucile de Calan : Oui. La preuve, c’est que, cette année, on trouve dans le jury Santiago Gamboa, un écrivain colombien dont une œuvre, Perdre est une question de méthode, a été adaptée au cinéma. Ca nous permet de lier les deux genres, en projetant le film. On fait souvent ce genre de clins d’œil parce que beaucoup d’auteurs sont aussi scénaristes ou voient leurs œuvres adaptées au cinéma. Je pense notamment à Luis Sepúlveda, qu’on a invité par la passé. C’est important pour notre festival de s’ouvrir à la culture latine en général en proposant, en plus des films, des rencontres littéraires. Cette année, on fait aussi venir deux guides spirituels mayas qui vont nous parler de la fin du calendrier maya, des peurs autour de la date du 21 décembre 2012, … L’objectif est de s’ouvrir à ces cultures par tous les moyens : des rencontres avec l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine, des expositions, …
Pour revenir aux deux représentants de la culture maya, quelle importance accordez-vous au 21 décembre 2012 ?
Lucile de Calan : On est pressé de rencontrer ces deux guides spirituels. On est surtout, au-delà de l’anecdote, pressé d’en savoir plus sur la culture maya, qui est très importante au Guatemala et au Mexique. On va pouvoir découvrir leur cosmogonie à travers ces deux personnes qui sont d’ailleurs liées à l’un des membres du jury, Carmen Maria Vega, une jeune chanteuse franco-guatémaltèque qui, grâce à eux, a retrouvé ses parents au Guatemala. Au-delà de l’anecdote du 21 décembre, c’est la culture maya qui nous intéresse …
Mais vous pensez qu’il y aura une édition 2013, après le 21 décembre ?
Lucile de Calan : Bien entendu ! Le 21 décembre, ce n’est pas la fin du monde, c'est la fin d'un monde, un nouveau commencement ! Ce sera donc l’occasion d’un renouveau pour le festival …
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