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Calle 13 : "Je me sers d'Adidas pour faire passer mon message"
Nul besoin d'être un gangster pour mener une lutte efficace contre les grands de ce monde, une joute verbale est amplement suffisante. Calle 13, depuis sa lettre au FBI (Querido FBI), en réponse à l'assassinat d'un leader indépendantiste portoricain, est connu pour pratiquer le rap avec insolence et provocation à la limite de l'iconoclastie.
Servi par une stratégie paresseuse d'inspiration aikidiste qui consiste à utiliser en sa faveur la force de l'ennemi, Calle 13 ne craint pas de collaborer avec Adidas, Sony et Coca-cola pour parvenir à délivrer un message politique. Suspecté au premier abord de "manger à tous les râteliers", le duo sera finalement innocenté au vu de son regard éclairé sur la réalité du monde moderne. A l'occasion de la sortie de leur nouvel album en France, rencontre avec des artistes conscients, qui n'ont pas de temps à perdre avec la morale convenue...
Vous avez réuni sur Latinoamerica, un titre de votre nouvel album, trois légendes : Toto La Momposina, Susana Baca et Maria Rita. Avez-vous réussi l'exploit de les réunir en studio?
René Pérez : Oui, on était tous ensemble et leur énergie dans le studio d'enregistrement était extraordinaire. Et quand on a écouté la chanson à la fin, on s'est rendu compte que c'est parce que nous avons enregistré tous ensemble dans le même studio d'enregistrement que le résultat a été aussi bon.
Vous avez également enregistré un titre avec Seun Kuti. Est-ce que vous considérez son père, Fela, comme un modèle, à la fois musicalement et politiquement ?
Eduardo Cabra : Musicalement, oui, parce qu il a réussi à créer un vrai son, il a une vraie signature. C'est très important dans la vie d'un musicien de créer sa griffe, d'avoir son propre son et comme c'est exactement ce que nous essayons de faire, on s est reconnu dans cet exemple. Notre travail consiste à ne pas se répéter, à tenter toujours de nouvelles choses et c est comme ça que nous construisons notre propre griffe musicale. On se fait l'écho de tout ce qui nous entoure en l'adaptant à notre manière de voir les choses. C'est comme ça que nous pourrions, non pas définir, mais approcher le travail qu'on est en train de faire avec les musiciens, que ce soit au niveau des paroles ou de la musique.
En ce qui concerne la politique, on s' y reconnait aussi parce que derrière la proposition musicale très novatrice, il y avait quand même une dénonciation d'un certains nombre d'injustices qui se sont passées dans son pays. Fela était très engagé. Mais, en réalité, ce qui m'a intéressé en premier chez Fela, c'est la proposition musicale originale, la qualité de sa sonorité propre. En ce qui concerne Seun, il m'intéresse beaucoup aussi parce qu'il joue avec les musiciens de son père et, quelque part, il prolonge le travail de son père. Je ne l'ai jamais vu en live parce qu' on a enregistré par l'intermédiaire d' internet mais ce que j'ai pu voir via Youtube donne l'impression très forte que son père est encore là lorsque il se produit avec ses musiciens.
Calle 13-Ojalai
Vous avez fait votre entrée sur la scène en 2005 et depuis vous n'avez de cesse de délivrer un message politique dans votre musique. Avez-vous choisi le rap parce que c'est un style plus propice pour faire passer un message politique?
René Pérez : Non, j'ai chanté avant de raper, le style importe peu. Mais je comprends ce que vous voulez dire parce qu'en effet, le rap a une force qui n'a d'égal que celle du rock des années 60. Et le rap permet d'être plus descriptif, il permet un espace de parole plus large, de dire plus de choses dans une phrase, ce que d'autres styles ne permettent pas.
Vous revendiquez farouchement votre indépendance musicale et textuelle, votre liberté de penser...et pourtant vous enregistrez chez Sony, c'est paradoxal, non?
René Pérez : C'est naïf de penser qu'on peut être contre le système sans être à l'intérieur. Un tel discours ne peut marcher que dans un contexte romantique. Je considère ma lutte comme très honnête parce que j'utilise tous les instruments, qui me permettent d'être contre le système mais de l'intérieur. Et ça ne me dérange pas de collaborer avec Sony ou Adidas si c'est le seul moyen pour que le message arrive au plus grand nombre. C'est la modernité qui veut ça!
Pensez-vous qu'il faille être "commercial" pour être populaire et toucher un plus grand nombre de gens?
René Pérez : Comment toucher autrement le public de Beyoncé et de Shakira? Ce qui m'intéresse, ce sont les gens dans les quartiers populaires, les enfants, les gens qui n'ont pas eu accès à l'éducation et pas de faire une orgie d'intellectuels! Ce n'est pas seulement une stratégie mais une réalité surtout : ce sont eux qui feront la révolution, pas les intellectuels, même s'ils sont d'accord avec nous!
Donc votre message est un appel à une action concrète?
Eduardo Cabra : Oui. Et c'est un message global, il ne se limite pas seulement à Porto Rico. D'ailleurs nous sommes plus écoutés en dehors de Porto Rico qu'à Porto Rico.
Irène Ranson
15/07/2011
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