La dette écologique expliquée aux consommateurs

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Nature - Actualité

L’un des porte-parole du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde nous a expliqué le concept de "dette écologique" en faisant bien attention à ne pas culpabiliser les pauvres consommateurs que nous sommes …

La dette ecologique expliquee aux consommateurs

Qu’il est difficile d’être écolo ! Pour préserver durablement l’environnement aujourd’hui, il ne suffit plus de trier ses déchets et de privilégier les transports en commun, il faut également chercher à comprendre comment l’humanité a pu mettre la planète dans un état pareil et comment elle pourrait se rattraper.
 

A cet égard, le concept de « dette écologique » semble particulièrement éclairant. Nicolas Sersiron, l’un des porte-parole du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (en résumé : CADTM), une association spécialisée dans l’étude des échanges inégaux entre le Nord et le Sud, nous l’a expliqué en faisant bien attention à ne pas culpabiliser les pauvres consommateurs que nous sommes …       
 

 

Dans un article récent, Mondomix évoquait les pollutions qui découlent des politiques préconisées par les institutions financières internationales, comme le FMI ou la Banque Mondiale. Votre association va plus loin en parlant d'une "dette écologique". De quoi s'agit-il ?

 

Nicolas Sersiron : La dette écologique est double. Il y a, d’une part, une dette sociale et historique et, de l'autre part, une dette environnementale. Ces deux dettes se recoupent, bien sûr.

La dette sociale et historique correspond à l'esclavage et au colonialisme. A l'exploitation des peuples du sud, de la force de travail de ces peuples qui ont fourni des matières premières aux pays colonisateurs. Cette dette n'a jamais été réparée, ni même reconnue, puisqu’il y a encore des gens qui veulent des lois sur les bienfaits du colonialisme, ce passé noir. Pourtant, tout le monde sait qu'il y a des dizaines de millions d'Africains qui ont été enlevés de leur pays pour aller cultiver de la canne à sucre, du coton, du tabac, etc., dans les Caraïbes et en Amérique.

Et puis, il y a la deuxième partie, environnementale, qui est le résultat de l'extractivisme, l’extractivisme étant l’appropriation des matières premières par quelques uns, de la privatisation des biens communs. On extrait des matières premières mais on se les approprie sans les payer, ou presque, et on les transforme dans notre pays. Cette appropriation des matières premières est très ancienne. On pourrait parler, par exemple, de l’or du Pérou, sans lequel l’Europe ne serait pas si riche aujourd’hui. On a donc accumulé une dette. Maintenant, on va chercher du pétrole au Gabon, qu'on ne paie pas à son vrai prix, on se contente d’une enveloppe à un dictateur.

Cela crée des pollutions. D’abord des pollutions locales. Texaco vient de perdre un procès. Il a été condamné à payer 6 milliards de dollars à l'Équateur pour les dégâts engendrés depuis 25 ans dans l'Amazonie équatoriale. Puis, il y a l'autre grande pollution : la plupart des matières premières qui ont été exportées ont été transformées en gaz d'effet de serre par les pays du Nord. Le changement climatique a des effets terribles sur les pays du Sud alors qu’ils n'ont pas produit, ou si peu, de gaz d'effet de serre. L’Afrique, par exemple, produit à peine 4% des gaz d'effet de serre alors qu’elle abrite près d’un milliard d’humains.
 

 

 

 

Une compilation co-produite par le CADTM et Youkoungkoung Productions, qui réunit 19 groupes de rap sénégalais

 

Qui est redevable de cette dette écologique ? Les citoyens des pays riches, comme, par exemple, la France, ont-ils quelque chose à se reprocher ?

Nicolas Sersiron : Je pense que culpabiliser des individus ne sert absolument à rien, parce qu'ils ont été instrumentalisés. Est-ce qu'un consommateur de pétrole est coupable d'avoir réchauffé la planète en utilisant sa voiture? Pas vraiment. Responsable? Oui. Parce que c'est lui qui réchauffe, mais, coupable, non parce qu’on lui a répété pendant des années qu’il fallait consommer, consommer, consommer, que c’est comme ça que on fait marcher l'économie. Il est soumis à une espèce de pression du confort qui a été mise en place par les capitalistes pour en tirer profit. Il y a un espèce de cercle vicieux : extractivisme, productivisme, consumérisme, profit. C’est très important de comprendre cette manipulation, cet assujettissement des citoyens, devenus des consommateurs.

C'est un peu comme l'agriculture d’aujourd'hui : est-ce que l'agriculteur est coupable de mettre des pesticides partout, de polluer l'eau ? Pas vraiment. C’est le système qui le pousse à mettre des pesticides pour produire. On lui a expliqué mille fois que c’était à lui de nourrir l’humanité, que, s'il n'utilisait pas ces cochonneries, il ne remplissait pas son rôle. Donc, il n'est pas coupable mais, par contre, il est pleinement responsable parce qu'il y a d'autres solutions, qui ne sont un peu compliquées, qu’il n’a pas apprises, vers lesquelles on ne le pousse pas. L'instrumentalisation des acteurs économiques, c'est quelque chose d'hyper important.

 

 

 

Manifestation au Forum Social de Mumbai

Alors, pour rebondir vers le sud, doit-on inclure dans la dette écologique les modifications qui ont été imposées aux systèmes agricoles des pays du Sud ? Et donc la malnutrition plus ou moins chronique qui en résulte ?

Nicolas Sersiron : La malnutrition est le résultat de tout un système global. Pour certains, le petit agriculteur, qui produit de façon naturelle, sans intrants (sans pesticides, sans herbicides), puis qui consomme sa propre production avec sa famille et ses voisins, est à éliminer. D’un point de vue capitaliste, il doit disparaître parce qu’il est en dehors du circuit. Il ne rapporte rien aux industries du nord qui produisent la biotechnologie actuelle, les pesticides, etc. Il ne rapporte rien aux exportateurs céréaliers. Il ne rapporte rien aux compagnies qui font le commerce du riz ou de la viande. Voilà des années que tout le monde s’acharne contre lui. Et, effectivement, il tend à disparaître. La malnutrition naît de cela. Cela pourrait également entrer, d’une certaine façon, dans la dette écologique.

Peut-on inclure dans la dette écologique la faim et les trop nombreux morts de faim depuis que les Européens ont mis la main sur les richesses des pays du sud ? On ne peut pas affirmer cela d'emblée. Mais tout le travail du CADTM, qui démontre que l’enrichissement du nord résulte de l'accaparement des ressources du sud par le surendettement et que la conséquence en est la pauvreté des populations, est un lien suffisant. De la pauvreté est issue la faim. Donc, effectivement, on peut dire qu'une part des morts et des populations qui meurent de faim depuis les années 80 sont un élément de la dette écologique due par ceux qui ont instauré et font persister cet état de pauvreté au sud.
 

 

 

Une rizière à Madagascar

 

 

Pour conclure, est-ce que la dette écologique pourra un jour être réglée et si oui, sous quelle forme?
 

Nicolas Sersiron : Il faudrait d’abord que les pays développés reconnaissent cette dette. On en est loin. Maintenant, à Copenhague, puis à Cancun, il y a eu une bagarre à ce niveau là. Il y a tout de même eu une certaine prise de conscience puisque que le fonds vert, qui doit être financé par les pays riches doit aider les pays du Sud à surmonter les difficultés liées au réchauffement climatiques, a été décidé. C’est une reconnaissance implicite de l’existence d’une dette écologique. Mais le mot n’est jamais prononcé. Ca relève plus de la charité que de la justice.

De toutes façons, ce fonds doit être géré par la Banque Mondiale pendant trois ans. Il faut bien savoir que la Banque Mondiale est un outil de l'internationalisation du capitalisme, comme le FMI. Elle va une fois de plus faire ce qu’elle a toujours su faire : arranger les affaires des capitalistes en disant qu’ils vont aider les pays en développement à s’adapter à ces changement climatiques. Ce qui est un tout petit peu vrai mais à 90% faux puisque ça va permettre aux entreprises du nord de faire du fric en vendant des tracteurs, des engrais, … Elle va financer des semences OGM qui résistent à la sécheresse … Alors qu’une véritable politique d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques consisterait évidemment à restaurer ce qu’on appelle la « souveraineté alimentaire », c'est-à-dire à donner la possibilité aux agriculteurs de produire par eux-mêmes leur nourriture, dans un système agro-écologique, c’est-à-dire sans intrants (ce qui fonctionne très bien). On pourrait multiplier par deux la quantité d’aliments produits au Sud, mettons en Afrique, avec des techniques agro-écologiques qui ne demandent pas de financements importants. Ce n’est pas un problème d’argent, c’est plus un problème de formation à l’agro-écologie, de transmission de connaissances, … Ca ne demande pas d’outillages particuliers, ça ne demande pas d’intrants, ça ne demande pas de financement, donc ça n’intéresse personne ! Ca intéresse les gens qui crèvent de faim mais eux n’ont pas voix au chapitre. La Banque Mondiale ne va absolument pas aller dans ce sens là …

 

 

 

 

 

Propos recueillis par François Mauger

 

 

Et aussi sur le web :

- le site du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde

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Commentaires

Sans cohésion sociale aucun combat ni aucune cause ne peut aboutir ou être amendée . Vous parlez des agriculteurs et je suis d'accord sur la fait que ce sont bien eux qui initient les pesticides et autres insecticides dans l'alimentation , générant des hordes de futurs cancéreux et tuant l'écosystème en '' biocidant '' les habitants du sous sol . Sans ces animaux et organismes , la terre ne produit rien et elle s'épuise très vite . Vous dites que l'agriculteur est responsable mais pas coupable , voilà une vieille antienne un peu facile . Car il n'y a pas un individu responsable qui ne sache les répercussions de ses comportements délétères ...Je ne voudrais pas être agriculteur qui verse ces produits dans sa citerne d'épandage , je ne supporterais pas de me sentir aussi maléfique . Or , si le reste de la population ne prend pas fait et cause pour l'homme de la terre , les banquiers vont le pousser encore plus loin , jusqu'à ce que cette planète soit une planète morte comme Mars ... Par conséquent , s'il n'y a pas en permanence un discours responsable et fédérateur , il n'y a aucune chance que ces pratiques cessent . Et il en est de même pour la surexploitation des mers et océans et de l'ensemble du vivant , pollué , meurtri à jamais . Sans mouvements proprement révolutionnaires de masse et internationaux nous continuerons à parler , parler , se lamenter , crever et voir crever . Il faut accrocher les luttes à celles menées par d'autres composantes de la société , les mouvements anticapitalistes en général , dont l'écologie est une partie , ne doivent avoir de cesse que de grossir et de faire entendre la voix de la raison . lconséquence i fyoe la terretle

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