Berlin : le Multikulti, c'est sexy

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Societé - Reportage

Berlin est bien placée pour le titre de "capitale européenne de la nuit". Sur fond d’électro ou de sono mondiale, les préoccupations politiques, sociales et sexuelles de ses habitants s'expriment souvent entre le crépuscule et l’aurore. Tour d'horizon de ces clubs qui proposent ce mélange des genres détonnant ...

Berlin : le Multikulti, c'est sexy

Berlin est bien placée pour le titre de "capitale européenne de la nuit". Sur fond d’électro ou de sono mondiale, les préoccupations politiques, sociales et sexuelles de ses habitants s'expriment souvent entre le crépuscule et l’aurore. Tour d'horizon de ces clubs qui proposent ce mélange des genres détonnant ...

 
 
L'easy-jet-set a encore de beaux jours devant elle. Ses membres sont de jeunes Européens qui s'envolent pour la capitale allemande, le temps d'un week-end, sans réserver d'hôtel, en espérant entrer au Berghain, le club le plus côté du monde, avec ses darkrooms et ses créatures. Cette jeunesse festive fait de Berlin le haut-lieu de la nuit en Europe. On peut cependant aller y chercher d'autres ambiances. Au pays du multikulti, la diversité des échanges et des cultures a droit de cité. Des sounds systems posés sur la plage du Yaam aux Russendisko parties du Kaffee Burger, chaque lieu a sa soirée où la techno minimale est mise à la porte un temps pour laisser place aux airs venus du Maroc, d'Iran, de Roumanie.
 
Les soirées Balkan Beats
 
En 2008, DJ Shantel explose avec son Disco Partizani. Les soirées Balkan Beat sous l'égide de Robert Soko font le plein. À tout concept de soirée, il faut son lieu. Le Lido pour les Balkan Beat, SO36 pour Gayhane. Organisées par Fatma Souad, figure locale incontournable, ces soirées gays sont ouvertes à tous. Organisées par la DJ'ette Ipek, elles mêlent danse du ventre et clubbing militant depuis dix ans. Pas de mélange de styles, mais une juste convergence des luttes, et l'occasion pour des jeunes d’origine turque ou d'ailleurs d'être ce qu'ils veulent, au moins sur le dancefloor. 
 
Le SO36, parangon d'un clubbing alternatif sans guère d’équivalent en Allemagne, à part le Zakk à Düsseldorf, mêle discussions politiques, concerts punk et soirées gays et lesbiennes orientales. La capitale n’accueille que peu d’événements comme ces soirées Gayhane, car, selon Nanette, une des collaboratrices du lieu, « les tabous sont encore forts. Certains jeunes gens doivent rompre avec leur famille. Nous leur offrons une bulle de liberté et de sécurité ». Ouvert en 1978, ce club en a vu de toutes les couleurs pour tenter de maintenir un état qui lui est cher : l'indépendance. Le SO36 a failli disparaître, mais la rue s'est mobilisée pour empêcher cela : « même les voisins qui ne nous aiment pas ! », confie Nanette
 
 
Un spectacle de danse du ventre au SO36
 
D'autres acteurs frêles mais déterminés font vivre la scène gay. Actions de sensibilisation, lieu d'écoute, l'association GLADT (Gays and Lesbians Aus Der Türkei) est le seul soutien des LGBT (Lesbienne, Gay, Bisexuel et Transgenre) turcs hors de Turquie. L’association est surtout engagée auprès des « persons of colour » gays, bi, transsexuel(les), car comme le souligne Yeter, membre du bureau de l'association, « autant se choisir un nom plutôt que de subir ceux imposés par les médias ». Un travail autour du langage est nécessaire. Elle refuse de voir accoler à GLADT tous les vocables faciles qu'on trouve quand il s'agit de parler d'homosexualité et de la Turquie. Des qualificatifs comme « Homoriental » - qu'on trouve dans la communication des Gayhane parties - sont à bannir. « Ils ne reflètent pas la réalité plus complexe des personnes, souvent allemandes de deuxième génération. » Les personnes venant chercher conseil auprès de GLADT se voient parfois refuser l'entrée de clubs gays... en raison de leurs origines. Il reste donc encore beaucoup à faire. Pour ses soirées, l'association collabore occasionnellement avec la salle de concerts du 190 de l’Oranienstrasse. Si des espaces pour faire la fête différemment sont essentiels, ils sont fragiles et menacés même à Berlin. Le contrat de location du SO36 ne court que jusqu'en 2020...
 
Dolorès Bakèla
 
Et aussi sur le web : 
- le site web du SO36
- la page des soirées Gayhane
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