BD : « Nocturno », les sombres dessins de Tony Sandoval

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Bande dessinée  - Actualité

Sortis en 2009 et aujourd'hui réédités, les deux volumes de "Nocturno" esquisse le portrait d'un jeune musicien, hanté par le fantôme de son défunt père. Une manière habile pour le dessinateur mexicain d'évoquer le rejet, l’au-delà, l’amour et la musique d'un trait sensuel et délicat. Chronique...

BD : « Nocturno », les sombres dessins de Tony Sandoval

La vie a rendu solitaire le plus sociable des enfants. Au décès de ses parents, Seck est placé chez son oncle, un homme froid et violent. Encaissant ses coups de poings comme les coups fourrés que lui tend son cousin, Seck sombre dans un mutisme chaque jour plus profond. Mais le fantôme de son père ne l’entend pas de la même oreille que lui et revient de l’au-delà pour le guider. Seck décide d’aller à la rencontre de Rojo, son ami d’enfance. Ce dernier lui propose alors de rejoindre son groupe de métal, Kraneus, en lice dans un concours de musique réputé. Sa voix et son style conquiert rapidement le cœur du public mais surtout celui de la belle Karen, une journaliste spécialisée. Mais c’était sans compter la jalousie du leader d’un groupe concurrent, bien décidé à assassiner Seck et mettre un terme à la carrière de Kraneus. Commence alors pour le héros une errance dans le monde des morts, bercée par la nostalgie de celui des vivants…

 

 

 

 


 

Comme à son habitude, le bédéiste mexicain Tony Sandoval choisit l’adolescence et la mort comme fils d’Ariane de son œuvre. Ces deux volumes, parus en 2009 et réédités aujourd’hui, préfigurent son dernier ouvrage en date, Doomboy, dans lequel il esquisse le portrait d’un jeune guitariste tourmenté, jouant des notes de hard rock pour conjurer la solitude. Tony Sandoval le sait : en vieillissant les rêves deviennent de moins en moins magiques. Dans Nocturno, les hyperboles du rejet, de l’au-delà, de l’amour et de la musique sont ainsi transcendées par le personnage de Seck. Le dessinateur met en bulles une période charnière dans la vie d’un homme et les difficultés à affronter des maux décisifs dans l’acceptation de l’âge adulte.
 

 

 

 

 

Tony Sandoval au festival d'Angoulême

 

 


D’un trait fin et sombre, que certains qualifieront de minimalisme magique, les planches de Tony Sandoval se dotent pourtant d’une véritable sensualité et d’un profond réalisme. Contre toute attente, il arrive avec son crayon à exalter des sens qui ne sont d’ordinaire pas stimulés par la seule lecture. Une deuxième dimension, sonore, semble s’ajouter aux pages, comme lorsque le chant de Seck est représenté comme un dragon méphistophélique et fabuleux emportant tout dans son passage. Des surreprésentations, marques de fabrique de Tony Sandoval, qui nous poussent bien malgré elles devant des portes que l’on pensait depuis toujours infranchissables. Lesquelles ? Peut-être celles qui renferment le paradis ou l’enfer, royaumes de nos propres croyances... 

 

 

 


 

 

Julien Bouisset

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