Antibalas, les dieux du cuivre

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Musique - Interview

Après cinq années de silence, le groupe qui a relancé l’intérêt pour l’afro beat revient avec un brulot d’une rare intensité, le premier à porter son nom : Antibalas. Son disque le plus classique à ce jour ? Pas si l’on en croit Jordan, le trompettiste du combo de Brooklyn. Entretien ...

Antibalas, les dieux du cuivre

Après cinq années de silence, le groupe qui a relancé l’intérêt pour l’afro beat revient avec un brulot d’une rare intensité, le premier à porter son nom : Antibalas. Son disque le plus classique à ce jour ? Pas si l’on en croit Jordan, le trompettiste du combo de Brooklyn …

 
Ce nouveau disque est-il né d'un désir de se recentrer sur l'afro-beat le plus classique ?
 
Jordan : Il nous a surtout permis de nous retrouver, en tant que groupe, en tant que famille de musiciens. Il nous a permis d’enregistrer de nouvelles compositions, dans l’esprit d’Antibalas, de trouver de nouvelles formes, notamment en matière de durée des chansons. Si vous entendez ce que vous appelez « un afro-beat classique », c’est probablement parce que nous expérimentons ce qui est pour nous une nouvelle direction : plutôt qu’un morceau de 15 ou 20 minutes, nous avons créé sur ce disque des titres de six minutes. C’est ce que Fela faisait à ses débuts, c’est peut-être pour cela que les gens nous parlent d’un retour. Mais, pour nous, ce n’est que la suite de notre musique …
 
 
La dimension latine de vos premiers enregistrements est définitivement de l'histoire ancienne ?
 
Jordan : Je ne pense pas qu’il soit possible de séparer les rythmes qui sont nés de l’Afrique et de la diaspora africaine, qu’ils soient passés par les Caraïbes ou par New York. Tout est lié. Certains des titres du nouvel album sonnent moins latins. C’est vrai que nous en avons employé plus de rythmes latins dans le passé. Mais j’ignore si c’était conscient. C’est arrivé, c’est tout.
 
Malgré les très nombreux projets parallèles de ces dernières années, le groupe semble extrêmement soudé. Le rythme de ce nouvel album semble martelé par tous exactement au même moment. Comment expliquez-vous cette cohésion ?
 
Jordan : Ca vient d’une compréhension commune du son global. Chacun est capable de concevoir ce que va donner le morceau pendant que nous l’enregistrons. Parce qu’il perçoit le son de tous, chacun devient une partie intégrante de l’ensemble, un ingrédient essentiel de la recette.
 
Il n’y a pas de leader ?
 
Jordan : Chacun est le leader à sa façon. La plupart d’entre nous, à un moment ou à un autre, jouons ce rôle, que ce soit lors des répétitions, lors des compositions des nouvelles chansons ou sur scène. Nous avons un fondateur, nous avons un chanteur solo, nous avons des solistes nous n’avons pas de chef d’orchestre …
 
Il y a aujourd'hui des groupes qui jouent de l'afro-beat un peu partout dans le monde. Ecoutez-vous leur production ? Et ressentez-vous une certaine satisfaction en pensant que vous les avez inspirés ?
 
Jordan : Ca dépend du résultat … J’ai vu des groupes d’afro beat sur scène, j’ai écouté leurs disques et la façon dont ils présentent la musique me rend triste et frustré. Avec Antibalas, nous montons toujours sur scène avec ferveur, nous sentons que nous devons donner le meilleur de nous-mêmes. Personnellement, j’ai toujours voulu aller de plus en plus haut, j’ai toujours voulu approcher la musique avec la plus grande intégrité. Toute critique que je pourrais faire à un autre groupe, je me la fais d’abord à moi. Tout ce que je pourrais dire d’un autre, je me le suis déjà dit à moi-même. C’est pour ça que je me permets de dire que je suis souvent déçu des autres groupes d’afro beat. De temps en temps, on a une bonne surprise, un groupe qui amène quelque chose de nouveau, qui s’engage pleinement. Mais c’est rare …
 
A-t-on raison de voir dans Dirty Money un clin d'oeil au mouvement “Occupy Wall Street” ?
 
Jordan : Non, non … Avec Antibalas, nous parlons des questions qui préoccupent “Occupy Wall Street” depuis 15 ans …
 
Alors, quel est le sens de la chanson ?
 
Jordan : Toute bonne chanson doit permettre à son auditeur de trouver une signification personnelle. Je ne vais pas imposer un sens à cette chanson. Par contre, je vous en prie, prenez la liberté de dire dans votre article ce qu’à vos yeux elle signifie.
 
Un autre titre, Ari Degbe, est dédié à Ogun, l’esprit qui, dans la religion yoruba, maîtrise le feu et le fer. Antibalas a des penchants mystiques ?
 
Jordan : Antibalas est un groupe très mystique. Certains des membres du groupe ont été, au cours de leur vie, initiés à la religion yoruba. Mais nous ne sommes pas un groupe yoruba pour autant. Je suis moi-même le compositeur d’Ari Degbe. Amayo, notre principal chanteur, et moi avons travaillé sur les paroles. Le message est très simple : quand vous faites quelque chose, faites le bien. Si vous êtes docteur, soyez le meilleur docteur possible. Même chose si vous êtes enseignant, si vous êtes agriculteur, … Ari Degbe renvoie aussi et surtout à celui qui porte le cuivre. Même si je ne suis pas moi même un initié de la religion yoruba, c’est une invocation à Ogun, le dieu de la métallurgie. C’est venu de ma propre situation en tant que musicien, en tant que porteur de cuivre, trompettiste pour être précis … Je voulais encourager ceux qui portent le cuivre, les musiciens qui se placent au cœur du monde, au cœur de la musique. Soyez les meilleurs possible, comme les professeurs, les avocats, les fermiers, les avocats, … 
 
 
Propos recueillis par François Mauger
 
Et aussi sur le web :
- le site d'Antibalas

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