Amparo Sánchez : "La musique a un pouvoir"

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Musique - Interview

L'ancienne animatrice d'Amparanoïa a abandonné son groupe pour chercher sa propre voie, entre engagement et introspection. Elle s'en explique ...

Amparo Sánchez : "La musique a un pouvoir"

Pour Amparo Sánchez, la page Amparanoïa est définitivement tournée. Le groupe qui l’accompagnait sur les scènes de la planète entière – et, en particulier, dans le monde latin, où ils pouvaient jouer dans des stades – la poussait à se dépasser, certes, mais à la longue l’étouffait.  Passée au premier plan, la bête de scène devient aujourd’hui belle de jour, femme sans fard qui se cherche sans faillir. Un premier album avait signalé cette mue mais, réalisé avec Calexico, dans leur studio ou à Cuba, Tucson Habana restait un disque collectif. Alma de Cantaora, qui est sorti en France cet hiver, pousse l’introspection un pas plus loin. La native de Grenade s’en est expliquée …  

 
Ce disque est assez paradoxal. Il compte de nombreux invités mais semble en même temps extrêmement personnel, extrêmement intime. C’était votre ambition ?
 
Amparo Sánchez : Quand j’ai pensé à ce disque, j’imaginais un album dépouillé, avec peu d’instruments. Un disque acoustique, intime. Mais des amis sont venus au studio, des musiciens et des chanteurs. On a commencé à avoir plein de collaborations. Ce n’était pas l’idée de départ mais les amis sont toujours les bienvenus. Leur apport rend l’album très riche mais le concept originel d’une musique nue reste … 
 
 
Pouvez-vous nous présenter quelques uns de vos invités ? Qui est, par exemple, La Abuela Margarita ? 
 
Amparo Sánchez C’est une chamane mexicaine. Elle est maya et a appris de sa grand-mère l’histoire de son peuple et sa relation avec la terre, le soleil, la nature, … Ses idées sont importantes pour ceux qui l’approchent. Son message est très beau. On s’est rencontré ici, à Barcelone. Elle était venue pour participer à un grand festival, la Fira de la Terra, en tant que chamane indigène, pour parler de notre relation avec la nature et nous-mêmes. J’ai été très impressionnée par ses idées. Elle m’a inspiré la chanson Alma de Cantadora. C’est pour ça que je l’ai invitée. J’ai enregistré sa voix pour diffuser son message. Elle dit qu’elle croit que le mieux est de ne pas avoir peur. Elle dit « Je crois ». Elle est très humble, très sage. 
 
 
 
 
Sur Alma da cantaora, vous chantez « Soy hermana luchadora / Soy chamana, sanadora » (« Je suis une soeur qui lutte / Une chamane, une soigneuse ». Pour vous, le chant a une fonction sociale ?
 
Amparo Sánchez Oui, je crois que la musique fait du bien. Il y a des chansons qui peuvent te changer à un moment de ta vie, qui peuvent faire émerger un sentiment, une émotion. Le public me le dit : « Tu nous fais du bien quand tu chantes. Tes chansons m’aident à me sentir bien ». Je crois donc que la musique a un pouvoir. Mais nous avons tous le pouvoir de changer de vie, de penser de façon positive. Tout le monde est « sanador », « chamana » …  
 
 
Et qui est Mane Ferret ? Et Arianna Puello ?
 
Amparo Sánchez Mane Ferret est une chanteuse qui écrit de très très belles chansons. Sur mon premier disque solo, elle m’avait prêté La Parrandita de las Santas, que j’ai interprété en duo avec Omara Portuondo. Sur ce nouveau disque, j’ai voulu présenter sa voix, parce qu’elle écrit mais qu’elle chante aussi très bien. 
Arianna Puello a été l’une des premières rappeuses, ici, en Catalogne. Elle vient de la République Dominicaine mais vit ici. On se connaît très bien. Elle m’a invitée sur son album et je l’ai invitée sur le mien, sur un morceau qui est très spécial pour moi, La flor de la palabra, basé sur un texte du Subcomandante Marcos.  
 
 
Vous restez fidèle à la poésie et aux idées du Sous-Commandant Marcos ?
 
Amparo Sánchez Oui, je reste en contact avec le mouvement zapatiste mexicain, parce qu’il m’a vraiment touché il y a quelques années. Quand tu as l’opportunité de vivre avec eux, dans leurs communautés, tu ne peux pas l’oublier. Mais le zapatisme, ce n’est pas que le Sous-Commandant Marcos, ce sont tous les indigènes qui habitent dans les communautés, qui résistent. Ils incarnent ce mouvement, comme les personnes qui, dans les cités de San Christobal De Las Casas ou de Mexico, travaillent pour eux. C’est un mouvement auquel je m’identifie. J’aimerais une société plus juste, qui respecterait les droits de chacun. On vit dans un monde qui va dans le sens inverse. Les riches sont chaque jour plus riches, les pauvres chaque jour plus pauvres. Je cherche un autre monde, plus juste. Le zapatisme a à ce propos un message très clair, un message mondial, qui ne concerne pas que les indigènes.
 
 
Mais ce message n’est pas entendu. Le résultat des dernières élections au Mexique, le retour du PRI, ne vous désespère pas ?
 
Amparo Sánchez Mais la politique est la même partout … Il n’y a que deux partis qui s’opposent, il n’y a pas de diversité, pas de voix différentes, pas de propositions alternatives. La situation au Mexique, sa violence, est terrible. Il faudrait des alternatives, qui ne peuvent arriver que petit à petit. C’est pourquoi je soutiens le zapatisme, qui, vraiment, propose une autre manière de vivre ensemble, avec la nature et entre nous, les humains.    
 
 
Y a-t-il des échos de la crise que traverse l’Espagne aujourd’hui dans ce disque ?
 
Amparo Sánchez Il y a quelques références à la situation actuelle. Les gens sont fatigués. La crise économique est grave, notre niveau de vie a chuté. Et chaque jour, c’est pire. Les gens partagent une perception déçue et critique de la situation, qui ne concerne pas que l’Espagne mais le monde entier. En même temps, il reste de l’espoir, une force et un optimisme.
 
 
Votre rôle de chanteuse, avec ce disque, c’est d’apporter de bonnes vibrations ?
 
Amparo Sánchez Oui. Les gens, après le concert, viennent me parler et me disent que cet album est le bienvenu, parce qu’ils nous donne une force dont on a besoin. Je sens que c’est important. Chaque nuit, quand je chante mes chansons en public, je sens l’énergie de la foule qui me renforce. J’espère que c’est pareil dans le sens inverse et que je peux aider …  
 
 
Si l’on compare ce disque à ceux d’Amparanoïa, le rythme a considérablement ralenti. Est-ce pour laisser plus de place à l’émotion ?
 
Amparo Sánchez Oui, je suis dans un moment où je veux communiquer quelque chose de plus intime. J’ai besoin que le public vienne m’écouter, pas pour faire la fête. On va danser, on va chanter ensemble mais l’objectif n’est pas la fête. L’objectif est de s’écouter, s’écouter soi même, écouter ce que la musique éveille en nous. 
 
 
On retrouve également sur ce disque Calexico, qui avait produit votre précédent album. Ce titre avait été enregistré à ce moment-là ?
 
Amparo Sánchez Oui, cette chanson n’avait pas été choisie pour l’album. On l’avait oubliée. Mais, quand j’ai senti que cet album, Alma de Cantaora, allait se remplir de collaborations, je me suis dite qu’il fallait ce morceau. Il correspond à l’esthétique de l’album, qui est une évolution vers quelque chose de plus nu. On y retrouve les guitares et la dimension latine, qui a marqué l’album Tucson Habana et a permis de démarrer une nouvelle histoire. Au niveau musical, je reste sur le même chemin …
 
 
Finalement, c’est la production de Calexico qui vous a permis de franchir une étape et de démarrer votre carrière solo ?
 
Amparo Sánchez Oui, bien sûr, ils m’ont donné la force nécessaire et ils continuent. On a fait trois concerts ensemble récemment. C’est toujours un plaisir. Ce sont des maestros pour lesquels j’ai beaucoup de respect. On va continuer à faire des choses ensemble. Ils m’ont aidé à me rencontrer moi-même et à dévoiler mon intimité.
 
 
Il était question à une époque d’un hommage à Lhasa avec Calexico. Etait-ce une rumeur ?
 
Amparo Sánchez C’est vrai qu’on en a souvent parlé. Calexico, sur Algiers, a écrit Para, un titre en hommage à Lhasa. Mais l’idée d’un disque d’hommage reste dans l’air et, bien sûr, j’en serai …
 
 
Para de Calexico
 
 
Finalement, comment pourrait-on définir votre disque ? Comme un résumé de vos aventures précédentes (avec Calexico, aux côtés des Zapatistes) ? Ou comme une transition vers des créations toujours plus intimes ?
 
Amparo Sánchez Je crois que c’est le reflet de mon évolution musicale et personnelle. C’est un disque très frais, spontané : on a commencé à y travailler en mai et il est sorti en Espagne en septembre. Il reflète un moment. J’ai besoin d’un peu de temps, d’un peu de recul pour en parler plus longuement … 
 
 
Propos recueillis par François Mauger
 
 
Et aussi sur le web :
- le site d'Amparo

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