America, un continent à livres ouverts

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Litterature - Interview

 

« Quand le monde devient récit, il est soudain compréhensible ». Francis Geffard, le fondateur du festival America, semble avoir fait sien cet aphorisme de William Ospina. Il nous a donné le mode d'emploi de ces prestigieuses rencontres littéraires ... 

America, un continent à livres ouverts

« Quand le monde devient récit, il est soudain compréhensible ». Caché au fond du Pays de la cannelle, le nouveau roman du Colombien William Ospina, l'aphorisme pourrait servir de devise au festival America.

Après une décennie d'accueil des plus grands écrivains nord-américains, la prestigieuse manifestation littéraire nous ouvre enfin les portes du Sud. C'est naturellement devant Toni Morrison, la romancière afro-américaine qui a reçu le Prix Nobel en 1993, que sera déroulé le tapis rouge. Mais des dizaines de rencontres permettront également d'évoquer les paradoxes de Cuba, recensés par Karla Suarez dans La Havane, année zéro, le fascinant destin d'une révolutionnaire argentine, narré par Elsa Osorio dans La Capitana, ou les ravages du grand banditisme dans le nord du Mexique, déplorés par Eduardo Antonio Parra dans Les Limites de la nuit. Nous avons demandé à Francis Geffard, le fondateur du festival, un mode d’emploi …

 
Pour sa dixième édition, le festival America élargit à nouveau ses horizons, en invitant des auteurs d’Amérique Latine. Ce n’est que pour une édition ?
 
Francis Geffard : Oui, parce que ça représente beaucoup de travail. Pour les dix ans et pour le cinq-cent-vingtième anniversaire – entre guillemets – de la découverte de l’Amérique, on a eu envie de saisir la littérature de tout un continent et de retrouver la part manquante, de réunir le sud et le nord. Mais on ne se privera pas, à l’avenir, de mettre à l’honneur un pays en particulier. Depuis 2002, on essaie de ne jamais faire la même chose. On a besoin de se surprendre … 
 
 
 
 
La littérature de l’Amérique Latine est elle-même une sorte de continent, vaste et divers. Avez-vous privilégié certains grands courants ?
 
Francis Geffard : On a essayé surtout d’accueillir des écrivains représentatifs. Tous ne sont pas venus : on a invité Vargas Llosa, qui a répondu par une lettre manuscrite que son agenda était déjà bouclé sur deux ans ; on a invité Isabel Allende, … On voulait réunir à la fois des écrivains qui comptent aujourd’hui en France, comme Luis Sepúlveda, Bernardo Carvalho, Alan Pauls, Elsa Osorio, et de jeunes écrivains, comme Iván Thays, Daniel Galera, Felipe Becerra Calderón, … En fait, on a surtout travaillé en termes de littérature nationale. Quand on a pensé à la Colombie, on a pensé à Juan Gabriel Vásquez et à William Ospina. Quand on a pensé au Pérou, on a pensé à Santiago Roncagliolo et à Iván Thays. On a cherché des équilibres. Après, il y a les limites du budget, des auteurs invités, … Cette édition est un peu exceptionnelle mais on ne se privera pas à l’avenir d’avoir, par exemple, le Brésil pour invité, ou l’Argentine, ou le Chili, … Ce ne sera pas pour tout de suite puisque l’édition de 2014 s’intitulera certainement « France-Amérique ». Elle réunira 50 auteurs américains et 50 auteurs français. Ces 50 auteurs français, on ne les a jamais accueillis, ce sera formidable … 
 

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Vous consacrez plusieurs débats et plusieurs expositions aux Amérindiens. Pourquoi cet intérêt ?
 
Francis Geffard : Ils ont toujours été présents. Depuis 2002, il y a toujours eu des écrivains amérindiens, des expositions, des concerts, … Rappeler, à l’heure où on invite des auteurs de tout un continent, que l’Amérique est avant tout autochtone, qu’elle a une histoire avant le voyage de Colomb, c’est, pour moi, dans ma vie personnelle, dans ma vie d’éditeur, un fil rouge important. L’Amérique s’est peuplée d’immigrés depuis 1492 mais les peuples amérindiens occupent une part importante dans l’histoire et dans la culture américaine. Il me semblait important de le souligner et de les mettre tout particulièrement à l’honneur. C’est un geste politique, au sens noble du terme …   
 

The Boys, l'autre groupe prévu pour la soirée amérindienne
 
 
Propos recueillis par François Mauger
 
Et aussi sur le web :
- le site du festival America

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