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Al Kindi : Transes alepines
En concert le 27 mars au Trianon à Paris, le 24 mars à St Raphaël, et le 30 mars à Grasse, l’ensemble Al Kindi donne des nouvelles de la musique savante d’Alep, en Syrie, et de ses liens avec la transe soufie. Rencontre avec le qanouniste français Julien Jalal Eddine Weiss, fondateur du groupe.
Avec trois concerts en France et la réédition de cinq doubles albums, l’ensemble Al Kindi donne des nouvelles de la musique savante d’Alep, en Syrie, et de ses liens avec la transe soufie. Rencontre avec le qanouniste français Julien Jalal Eddine Weiss, fondateur du groupe.
Vos concerts ont pour titre «Transe soufie d’alep », et c’est aussi celui d’un des albums réédités. Y-aurait-il une spécificité alépine ?
Julien Jalal Eddine Weiss : Cette musique est multiple. Lors d’un premier séjour à Alep en 1985, j’ai acheté un qanoun à un luthier également grand maître, Ali Waiz, dont j’ai suivi l’enseignement. J’ai ainsi pu mesurer le degré d’exigence des musiciens de cette ville, l’attention portée à la fine définition des micro-intervalles. Alep a été et reste le conservatoire vivant d’une tradition savante orientale unique au monde. C’est une ville de culture où ont vécu d’extraordinaires compositeurs dont les œuvres constituent un répertoire riche et varié.
Qu’en est-il du soufisme alépin ?
J.J.E.W. : A damas, avec le Sheikh Hamza Shakkur, aujourd’hui disparu, ou ailleurs, les confréries soufies, lieux d’art musical et de littérature poétique, m’ont toujours intéressé. Il y a une dizaine d’années à Alep, j’ai découvert dans le quartier de Bab el Haddid une confrérie qaderi, c’est à dire vraiment traditionnelle, qui attache une grande importance au savoir. elle est dirigée par le Sheikh Habboush, un chanteur exceptionnel, charismatique et particulièrement volubile. Avec ses choristes, les mounshidin, outre le rituel collectif de transe, le zikr du mercredi soir, il intervient lors des maouleds, les fêtes religieuses de l’islam, pour les mariages, les enterrements, les circoncisions et les différents rites liés au Ramadan. Le zikr alépin, à la différence de damas ou d’Istanbul, suit un implacable mouvement d’accélération. Une montée et une sorte d’explosion quasi-orgasmique, cataclysmique. Ma longue collaboration avec le Sheikh Habboush a conduit à l’introduction dans le rituel des instruments de musique, en dehors des percussions, là où ils étaient haram, strictement interdits.
L'ensemble Al Kindi au Théâtre de la Ville, décembre 2002
Comment se déroule ce rituel ?
J.J.E.W. : Dans la confrérie du Sheikh Habboush, c’est une réunion tous les mercredis, où viennent des dizaines de personnes, du quartier le plus souvent, initiées de génération en génération, exerçant une activité dans le souk ou ayant une fonction sociale. Ces gens se retrouvent pour chanter. dans une première partie ce sont des qaçidah, poèmes monorimes en arabe classique, soit poésies d’amour soufi, soit chants mystiques. Assis sur des tapis, chacun peut intervenir à son tour, ce qui donne l’occasion d’improvisations vocales très virtuoses. ensuite tout le monde se lève et exécute des mouvements d’avant en arrière en psalmodiant le nom d’Allah tandis que se déroulent ce qu’on appelle des suites vocales et instrumentales, avec une technique d’hyper ventilation, de respirations différentes plus ou moins saccadées sur des tempis variables qui vont en s’accélérant. Le zikr prend fin quand le Sheikh le décide, quand il juge que l’auditoire est suffisamment imprégné d’émotions favorables à l’émergence de ce fameux état mystique qui va rapprocher chacun de dieu.
Propos recueillis par Jean-Louis Mingalon.
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- AL KINDI rééditions de 5 albums
(Chant du Monde/Harmonia Mundi)
- En concert : le 24 mars à St Raphaël, le 27 mars au Trianon à Paris , le 30 mars à Grasse.
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