Akalé Wubé : « L’éthio-jazz était dans nos cordes ! »

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Musique - Interview

Après un coup de foudre pour la musique éthiopienne, Akalé Wubé décide de consacrer son répertoire aux titres de l’âge d’or éthiopien des années 1970. Pari réussi pour le groupe français d’ethio-jazz qui sera le 19 juillet aux Heures d’Eté de Nantes…

Akalé Wubé : « L’éthio-jazz était dans nos cordes ! »

Akalé Wubé, signifie « Quelle jolie fille ! » ou « Ma Jolie » en amharique, langue éthiopienne.  Mais ce n’est pas d’une demoiselle que le groupe français est tombé amoureux mais de la collection Ethiopiques, réalisée par Francis Falcetto. Le coup de foudre pour cette musique les mène à consacrer leur répertoire aux titres de l’âge d’or d’Addis Abeba des années 1970. Entretien avec Etienne de la Sayette, saxophoniste et flûtiste d’Akalé Wubé, qui nous parle de leur découverte des sons éthiopiens, de la scène musicale d’Addis Abeba d’aujourd’hui et de leurs propres compositions…

 
Est-ce Francis Falcetto, l’inlassable défricheur de la série des Ethiopiques, que l’on doit remercier pour l’apparition d’Akalé Wubé ? 
 
Etienne de la Sayette : Oui, tout à fait. Je pense que sans lui, on n’en serait pas là en ce qui concerne les musiques éthiopiennes de l’âge d’or. C’est grâce à lui qu’on a tous découvert ça. Il n’est pas évident de résumer ce qui nous a frappé. C’était une musique nouvelle qui nous rappelait des choses qu’on connaissait comme l’afro beat, ou les mélanges de musiques africaines qui se sont métissées dans les années 1970 avec des sons venus d’occident, mais avec des couleurs, des voix, des rythmes, des gammes et des sonorités qu’on ne connaissait pas. C’est d’une énorme richesse. La série Ethiopiques a maintenant au moins 25 volumes. C’est une série qui appelle à continuer. Il y a un corpus incroyable d’enregistrements, de chansons et de chanteurs de ces années-là. On en découvre tous les jours. C’était un phénomène énorme. 
 
 

Metche, d'Akalé Wubé
 
 
Pourquoi s’attaquer à un répertoire qui vous était complètement étranger au départ ? 
 
Etienne de la Sayette : Tout simplement parce qu’on aime cette musique. Et avec nos parcours de musiciens, on se sentait capable de la jouer. Pas telle quelle, car ça n’a pas grand intérêt de la jouer exactement comme elle était. C’est une musique qui nous parlait, qui nous semblait accessible pour des gens qui ont l’habitude de jouer du jazz, du funk, de l’afro beat et des musiques des Balkans, aussi bizarre que ça puisse paraître ! Nous sommes une génération de musiciens qui a l’habitude de faire valser les étiquettes et de jouer des musiques assez différentes. Ça ne semblait donc pas absurde comme idée quand on a décidé de jouer cette musique-là. Ce n’est pas comme si on se mettait à jouer de la musique traditionnelle japonaise ! Elle nous semblait accessible et dans nos cordes. La musique moderne de l’Ethiopie des années 1970, c’est beaucoup de funk et de jazz, un vocabulaire que l’on connaît. 
 
 
Ne vous intéressez-vous qu’à l’âge d’or éthiopien, antérieur à la chute du l’empereur Hailé Sélassié  en 1974 ? Ou le son actuel d’Addis Abeba vous intéresse-t-il aussi ?
 
Etienne de la Sayette : Il y a des choses qui nous intéressent beaucoup dans ce qu’il se passe aujourd’hui, mais c’est très éloigné de ce qu’il se passait dans les années 1970. Il y a eu cette dictature terrible, un « no man’s land » musical et cultural pendant plus de quinze ans. Les Ethiopiens sont donc partis sur d’autres choses et cette musique des  années 1970, qu’on aime tellement, on ne l’entend plus en Ethiopie. En tous cas, il n’y a plus de musiciens qui la jouent, ou très peu. Maintenant,  on s’intéresse à la musique azmari, musique des bardes urbains qu’on entend dans les grandes villes, une musique traditionnelle urbaine. Il y a de très belles choses qui se passent en ce moment en Ethiopie et qui nourrit notre création.
 
 

Akalé Wubé
 
 
Vous avez été en Ethiopie et à Addis Abeba ? Y avez-vous retrouvé ce qui vous faisait vibrer dans les disques de votre collection ?  
 
Etienne de la Sayette : Non, ça a vraiment changé. On a tous un fantasme : revenir 40 ou 50 ans en arrière et arriver à Addis Abeba à l’époque où ça faisait feu de tout bois, où il y avait des clubs partout, où ça jouait, où ça enregistrait, où il y avait des concours de groupes, où les groupes répétaient en cachette, où il y avait une émulation musicale incroyable, ... C’est effectivement complètement différent aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir. Ceci dit, c’est quand même l’Ethiopie. C’est la langue qu’on entend dans les chansons qu’on aime. C’est important d’aller là-bas, de travailler là-bas avec des Ethiopiens. 
 
 
Vous jouez à la flûte quelques parties vocales du répertoire. Est-ce une manière de se réapproprier le répertoire éthiopien sans l’abimer ou le dénaturer ? 
 
Etienne de la Sayette : On apprend la langue très lentement ! (rires) En plus, personne n’est chanteur donc on ne risque pas de se mettre à chanter en amharique ! Il y a ce processus très jazz de proposer des versions instrumentales de chansons. C’est le cas de tous les standards de jazz, qui sont au départ des reprises de comédies musicales. Ce n’est pas un processus particulièrement compliqué. Après, techniquement, vu que la flûte est un instrument aux inflexions assez vocales, on reprend ces parties de chant pour en faire des mélodies sur les reprises. Nous ne sommes pas chanteurs et ça nous intéresse de faire des parties instrumentales à partir de chansons. 
 

Sabye interprété par Akalé Wubé
 
 
Sur votre dernier album Mata, vous faites des reprises autant que des compositions. Les compositions sont-elles un exercice difficile ?  
 
Etienne de la Sayette : Il n’y a rien qui soit vraiment difficile dans la mesure où on prend du plaisir à faire du groove, à créer. Il n’y a rien qui se fasse vraiment dans la douleur. Avant de faire des compositions, on s’est posés pas mal de questions. Le répertoire est tellement énorme et beau que parfois on aurait envie de ne que faire revivre le répertoire. Ça nous suffirait largement. Et à quoi bon faire des compositions, si c’est pour faire des copies en moins bien ? Alors qu’en allant fouiller dans les compiles en Ethiopie, sur internet, on trouve plein de morceaux géniaux qu’on pourrait reprendre. C’est vrai que ce n’est pas évident. Parfois les compos qu’on faisait étaient des copies en moins bien de choses qui existent. Malgré tout, c’est venu naturellement de ramener des compositions en essayant de faire des choses un peu décalées. Maintenant on se retrouve avec la moitié de compositions et l’autre d’arrangements de morceaux originaux. On se sentirait très bien si on ne faisait que des reprises ! Ce n’est pas un objectif. Finalement, quelqu’un ramène une idée, on en fait une composition. Si ça sonne, c’est bien.  
 
 
Est-ce qu’on peut vous qualifier d’ethio-parisian-jazz ? 
 
Etienne de la Sayette : Je n’ai pas assez de recul. Je ne sais pas trop ce que « Parisien » veut dire finalement. On est tellement dedans que je n’ai pas le recul pour savoir s’il y a une scène parisienne. Ou un son parisien. Je ne sais pas. Quand on regarde les membres du groupe, personne n’est vraiment parisien. On a même un Maltais ! L’affreux n’est même pas français ! (rires) Encore moins parisien. Maintenant que tout se mélange, je me demande : est-ce qu’on sonnerait exactement pareil, même si on était allemands ou américains ?
 
 
Propos recueillis par Moriane Morellec
 
 
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