Oxmo Puccino
Abdoulaye Diarra aka Oxmo Puccino est un rappeur français issu du 19e arrondissement de Paris. Evoluant dans le milieu hip hop français depuis 1995, Oxmo Puccino s'illustre par une diction reconnaissable entre mille, une excellence dans la narration et le maniement de la métaphore et par sa curiosité pour les autres genres musicaux.
Il a pris de la hauteur, apporté au rap français une touche différente, à la fois très musicale et poétique, s’immergeant notamment dans l’univers du jazz avec Lipopette Bar et ses Jazzbastards, chez Blue Note... avant d’inviter, sur son dernier album L’Arme de Paix K’Naan, Sly Johnson et Olivia Ruiz, dans un axe plus « chanson ». Côté scènes, il sillonne les routes de France jusqu’à la fin de l’année, entouré de ses musiciens. En parallèle, sort, le 9 novembre, l’album du collectif Music’All, fondé par les deux jeunes producteurs Sidney Regal & Mickael Minacca. Signé sur le tout nouveau Black Stamp Music, cet opus constitue un hommage aux grandes heures « soul » Pour l’occasion, il réunit des rappeurs dont Feniksi et Sir Samuel (ex-Saïan Supa Crew), ou Busta Flex…L’occasion d’une conversation avec Oxmo Puccino sur la France d’aujourd’hui, le hip-hop, ses origines africaines, ses parents ou son enfance à Paris. Magnéto.
Y’a-t-il une dimension identitaire dans Black Stamp et le projet Music’All ?
Oxmo Puccino : Non, pas vraiment. Pour moi, c’est plutôt une référence à la grande époque des labels Stax et Motown. Une période dont les saveurs inégalées résonnent encore aujourd’hui. Un son chaud, qui vient des Amériques, auquel nous avons ajouté notre « french touch ». Black Stamp n’a rien à voir avec l’identité. A l’heure où l’on parle de métissage, je pense qu’on ne peut plus résumer les choses à une couleur.
Votre démarche musicale est-elle liée à une démarche citoyenne ?
OP : Involontairement, oui. Je suis plutôt dans le souci de faire une musique distrayante, aimée. Parfois, ajouter des messages sociaux ou des problèmes quotidiens, sans vraie teneur poétique, peut contribuer à l’alourdir. J’ai donc toujours évité d’être engagé trop directement. D’un autre côté, comme dit l’un de mes potes, dès que l’on prend le micro, c’est un acte engagé, militant, quoi qu’on fasse. n Vous êtes issu de la diversité culturelle et ethnique de la France.
Pensez-vous que les différentes communautés sont bien acceptées aujourd’hui ?
OP : On sait très bien que non. C’est un sujet dont j’entends parler depuis tout petit... Les choses changent parce que nous grandissons mais, au fond, je n’attends rien de spécial. On éduque nos enfants, et puis on essaie d’avancer. On est là, et il n’y a pas tellement de questions à se poser. Les gens pensent, pensent, pensent…mais le monde appartient à ceux qui font.
La politique très dure au détriment des immigrés, des réfugiés, c’est quelque chose qui vous touche ?
OP : J’ai connu la période Pasqua, alors que voulez-vous que j’en pense ? C’est la France. Ca fait partie de la France. J’ai appris à faire avec, je n’en suis plus à me révolter ou à être offusqué. Les choses ne changent pas tant que ça, en fait. Regardez le bruit qu’il y a eu récemment autour des propos d’un ministre : ça n’a choqué personne, au fond. On sait bien que beaucoup pensent la même chose que lui. Voilà la réalité.
Vous n’avez pas grandi en banlieue mais à Paris...
OP : Je laisse souvent dire et écrire que j’ai grandi en banlieue, parce que ça m’amuse. Ca colle tellement aux clichés ! Lorsque l’on appartient à une certaine catégorie ethnique, on vient forcément de banlieue. Mais j’ai grandi dans le 19ème arrondissement, à Paris qui a été mon unique quotidien jusqu’à mes 25 ans…
Comment était-ce de vivre à Paris, en tant qu’enfant africain, dans les années 1970 et 1980 ?
OP : Ce que je retiens des familles noires ici, c’est essentiellement les parents, qui faisaient tout pour qu’on soit bien, pour qu’on rentre dans le rang et dans le moule, pour ne pas faire de bruit, pour ne déranger personne, quitte à se taire. On garde ça en mémoire. Puis, en grandissant, on commence à rentrer en contact avec le monde extérieur. Et quand on voit la manière dont on peut être reçus, perçus, on s’imagine ce qu’ont vécu les parents... Ca ne devait pas être facile, comme aujourd’hui ça ne l’est pas.
Musicalement vous avez suivi une direction qui dénote dans le rap français. Que pensez vous du mouvement aujourd’hui ?
OP : Il ne s’en tire pas mal. Qu’on en parle encore, c’est déjà beaucoup. Il y a des artistes de la nouvelle génération qui se portent bien, des artistes d’avenir. A l’époque où j’ai commencé, l’avenir était hors de question... Donc, malgré tout ce qu’on peut entendre, ce qu’on peut reprocher ou constater, je suis assez optimiste. Aujourd’hui, nous avons nos anciens, nos nostalgiques, les nouveaux... Il s’est passé quelque chose qui n’a pas été vain. Même si des choses ont perdu en intensité, qu’il y a beaucoup de rappeurs, qu’ils sont trop ceci ou trop cela, je suis quand même content, parce que je n’aurais jamais pensé qu’on puisse en arriver là... Ce week-end par exemple, j’étais à Saint-Etienne au festival des Potos Carrés. Dans le même train et sur la même scène, il y avait Bustaflex, Youssoupha, Sefyu, Dany Dan, DJ Sek et DJ Mars, Rocca, Cutkiller... Vingt ans de hip-hop réunis.
Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?
OP : D’abord j’écris une chanson sur l’enfance qui sortira le 20 novembre pour l’Unicef, dont je suis parrain. J’écris aussi des titres pour des chanteuses, un inédit pour la réédition de l’album... Et puis je repars en tournée jusqu’à la fin de l’année. Du pain sur la planche, beaucoup de pain.
Jean Berry
Oxmo Puccino L’Arme de Paix, (label Cinq sept Music’All, label Black Stamp Music)
En concert La tournée française d’Oxmo Puccino passera par l’Olympia le 7/12
video d'Oxmo Puccino sur http://oxmo-puccino.mondomix.com/fr/artiste.htm ">mondomix http://oxmo-puccino.mondomix.com/fr/artiste.htm


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