Malouma
Dix ans d’interdiction de chanter l’amour n’ont rien changé. La chanteuse mauritanienne n’a jamais cessé de jouer, de s’exprimer, de se rebeller. Fille de Moktar Ould Meidah, musicien traditionnel qui fait référence, elle a connu les hauts et les bas de la vie d’artiste étouffée par un régime autoritaire. Aujourd’hui, considérée comme une des plus grandes musiciennes de son pays, Malouma ne fait que commencer sa conquête des autres contrées. Elle est nommée sénateur au sein du gouvernement mauritanien en 2007.
On savait d'elle qu'elle était l'une des voix les plus populaires de la Mauritanie. Depuis la sortie de l'album Dunya, enregistré à Nouakchott en décembre 2002 sous la direction artistique de Camel Zekri, pour le label Marabi, on avait appris à connaître son histoire. Celle d'une chanteuse rebelle dont les chansons ont longtemps déplu à certains dans son pays. Évoquer les relations conjugales, des inégalités, militer pour la lutte contre le sida, contre les mariages arrangés, promouvoir la vaccination des enfants, l'alphabétisation ou la promotion de la femme y ont fait grincer quelques dents. Les spots qu'elle a tournés pour l'Unicef ont été censurés, son téléphone coupé. En 1998, dans un article sur la censure en Mauritanie, Reporters sans frontières évoquait l'ostracisme subi par Malouma. Depuis des années, y apprenait-on, la chanteuse, proche de l'opposition, était interdite d'antenne. Aucune de ses chansons n'était diffusée par les médias audiovisuels nationaux en Mauritanie.
Si elle dérangeait la classe dominante, Malouma gagnait en revanche l'estime de la jeunesse qui appréciait son franc-parler et sa manière de renouveler la musique du pays. Puisant dans le fond traditionnel, elle inventait son propre style, un monde musical à la lisière du passé et du présent. Elle utilisait l'ardin et le tidinît, les luths de la tradition, mais s'autorisait aussi des inventions franchement osées depuis le jour où elle avait trouvé des parentés entre la musique pentatonique traditionnelle mauritanienne et le blues américain, découvert à la radio et grâce aux disques de son père. Aujourd'hui, Malouma franchit un nouveau pas avec Nour (lumière), enregistré sous la direction éclairée de Philippe Tessier du Cros, un ingénieur du son à l'oreille affûtée qui a su se faire apprécier dans des univers aussi variés que ceux de Marcel Kanche, Smadj, Rokia Traoré, Vincent Segal ou Magic Malik. Entre electro-pop et blues décalé, impliquant de nombreux invités (Bojan Z, Smadj, Loy Ehrlich, Emile Biayenda…), Nour cultive l'ouverture, ouvre des pistes novatrices à la musique mauritanienne.
Née dans les années 1960 à Mederdra (Trarza), issue d'une famille de griots, fille de Moktar Ould Meidah, une référence dans le monde musical traditionnel, Malouma transgresse donc encore une fois des codes, sort des rails, joue la carte du hors cadre. Cet appétit pour la dissidence musicale ne date pas d'aujourd'hui. Dans un album sorti en 1998, son ouverture musicale s'exprimait à travers une reprise de "Fa Fa Fa", l'un des titres les plus célèbres d'Otis Redding.
Malouma est une artiste atypique en Mauritanie. Depuis le 21 janvier, date du second tour des élections sénatoriales dans le pays, elle y endosse un nouveau rôle, qui la rend encore plus singulière. Malouma est désormais artiste et sénateur. "C'est une lourde responsabilité, car il y a beaucoup de choses à faire pour la Mauritanie, déclare la chanteuse. Mais je suis née artiste avant tout, donc je ne vais pas pour autant laisser tomber ma carrière. En Mauritanie, je limiterai peut-être mes concerts à des actions caritatives, des manifestations humanitaires. Les tournées à l'étranger, je vais en revanche continuer." Elle se réjouit de voir Nour sortir en France le 8 mars, le jour même de la journée internationale des femmes. "Je dédie un titre aux femmes d'ailleurs, dans cet album. En Mauritanie, j'ai toujours participé à la célébration de cette journée particulière, à travers des manifestations alliant débats, musique, remises de prix à des femmes méritantes. Cette année, en revanche je ne pourrai pas, car je serai en France à cette période, pour la promotion de mon disque."
Malouma fait partie des déçus du retour de la Mauritanie à un ordre constitutionnel, avec, successivement, le référendum populaire de juin 2006, puis les élections législatives, municipales et sénatoriales, et l'élection présidentielle, annoncée le 11 mars. "Le climat a commencé encore à se détériorer. Il y a toujours autant de problèmes à régler chez nous : combattre la pauvreté, améliorer la situation des femmes, des enfants, de l'éducation, de la culture et des artistes dont les droits ne sont jamais respectés." Néanmoins, elle garde le sourire, indéfectible. "La vie, c'est un mélange de positif et de négatif. Il y a des choses mauvaises, mais moi je voudrais ne voir que le positif. Je suis plutôt du genre optimiste en fait."


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