JB Moundélé
Saxophoniste français ayant régulièrement collaboré avec Tiken Jah Fakoly, Jean-Baptiste Dobiecki alias JB Moundélé ("le Blanc Noir” en lingala, langue du Congo), sillone les routes musicales du monde grâce à sa vision personnelle du jazz mandingue.
Rebelle tranquille, griot de circonstance, tribun fédérateur... nul doute, Tiken Jah Fakoly, né Moussa Doumbia le 23 juin 1968, à Odienné, ville à 99% musulmane, située au nord-ouest de la Côte d'Ivoire, est la nouvelle star du reggae africain et le successeur légitime d'Alpha Blondy. Un "grand frère" spirituel qui, même s'il a parfois flirté avec le pouvoir politique (notamment avec feu Houphouët Boigny), a largement contribué à adapter le reggae jamaïquain à la réalité africaine et à désinhiber des artistes, pour lesquels reggae ne pouvait auparavant rimer qu'avec anglais. Fan de Bob Marley, de Burning Spear ou encore de U-Roy, Tiken, à la grande différence de son aîné, ne chante jamais à la gloire des puissants. Au contraire, il leur demande des comptes et contribue ainsi à redorer le blason un peu terni des griots traditionnels africains.
Descendant de la famille des guerriers, titre hérité de l'Empire mandingue, qui englobait tous les pays du Sahel au XIIIème siècle, Tiken, à l'instar de son père et de ses soeurs, a adopté le griotisme certes pour survivre, mais surtout pour éviter que son pays ne sombre dans une véritable guerre civile. Conflits inter-ethniques ou religieux, corruption, excision, conséquences désastreuses de la colonisation... ce griot moderne au verbe tranchant, qui porte locks et barbiche, mène une croisade sans pitié contre toutes les formes d'inégalités qui sévissent en Côte d'Ivoire.
Respecté dans toute l'Afrique de l'ouest, ce grand et beau jeune-homme aux valeurs progressistes est devenu, au fil du temps, l'idole des "bramagos", jeunes laissés-pour-compte des ghettos abidjanais de Youpougon, Abobo ou Adjame, surtout depuis la sortie de l'explicite "Mangercratie", premier brûlot à vocation internationale (plus de 400 000 cassettes vendues) dans lequel le combattant réclame nourriture, justice et santé pour tous en malinké (sa langue maternelle), français et anglais. "Mon but n'est ni de faire du mal, ni d'être méchant, mais de réveiller les gens", s'exclame le porte-parole des sans-voix. Et force est de constater que son discours ne passe pas inaperçu. Aujourd'hui, à l'instar d'un Bob Marley ou d'un Femi Kuti, le degré de popularité de Tiken Jah Fakoly est tel qu'il est devenu quasi impossible de le faire taire sans provoquer immédiatement une émeute dans la rue. Une chose est sûre, le jeune chanteur mandingue, en dépit de la censure radiophonique et télévisuelle qui pèse sur ses chansons, est capable de faire vibrer des stades archibondés avec son discours militant et humaniste porté par une douce rythmique reggae.
Dans un pays gangrené par le concept d'ivoirité, odieuse doctrine xénophobe inventée par l'ancien président Henri Konan Bédié, Tiken, en témoin privilégié de son temps, relate dans "Cours d'histoire" (son deuxième véritable album paru en 2000) toutes les crises qui ont ensanglanté son continent après des tensions inter-ethniques et rectifie les travers de l'Histoire, restant ainsi fidèle à la maxime de Burning Spear, "un homme sans histoire est comme un arbre sans racines".
Musicalement, le révolutionnaire incorruptible prolonge le pont entre la musique rasta et le continent africain en s'entourant des meilleurs producteurs ou musiciens, de Clive Hunt, qui s'est vu confier le mixage de "Cours d'histoire" au légendaire studio Tuff Gong (Kingston-Jamaïque), à Tyron Downie (ex-clavier de Bob Marley installé en France) en passant par les inséparables
sur l'album "Françafrique" (2002). Malgré une rythmique jamaïquaine omniprésente sur cet opus-manifeste, le reggae offensif et précis de Tiken n'oublie jamais ses racines africaines. S'il y a bien une chose que cet artiste engagé au magnétisme incroyable revendique, c'est d'être le porte-parole de toute l'Afrique francophone. Malheureusement, constate le jeune prophète, "Plus le pays s'enfonce et plus je suis populaire". Avocat du peuple et visionnaire sans égal, Tiken Jah Fakoly, humain avant d'être africain, milite pour l'unité et la paix sans cesser d'informer ses concitoyens et de rappeler aux hommes politiques leurs engagements.
Jérôme Sandlarz


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