Idir
Grande figure de la chanson kabyle, chanteur phare de l'Algérie militante depuis les années 70, Idir vit aujourd'hui en exil en France. A l'abri des modes, ce grand poète poursuit son chemin.
Sa chanson "A vava inouva" (hymne aux neiges éternelles des montagnes kabyles) a fait le tour du monde et a été traduite en français, en grec, en espagnol.... Et pourtant, Idir est devenu célèbre par accident. S'il existe un Dieu, des fées, ou un destin, ils ont tissé là une belle histoire digne de ce poète. Un beau jour de 1973, Hamid Cheriet (étudiant en géologie et gratteur de guitare) traîne dans les studios de la radio algérienne. Nouara, une chanteuse pour qui il vient de composer une magnifique chanson, est invitée dans une émission. Mais la belle n'arrive pas. Alors le présentateur colle le jeune compositeur devant le micro et lui demande d'interpréter sa chanson. En un quart de seconde, le jeune Hamid s'invente un pseudonyme, par respect pour sa famille car il est très mal vu d'être chanteur en Kabylie. Désormais, il s'appellera Idir qui signifie "il vivra" en kabyle (nom donné aux nouveaux-nés fragiles pour braver le destin). Pendant neuf ans, il cache la vérité à sa mère, n'osant pas lui dire que ce chanteur qu'elle apprécie à la radio, c'est lui-même. Car "Ersed a Yidès", cette ballade qu'il a entonnée au débotté à la radio est devenue immédiatement un succès. Mais ce n'est rien à côté de ce que va susciter le titre enregistré sur la face B du même 45 tours. "A Vava inouva", chanté en kabyle, devient rapidement un hymne. On l'entend partout. Même le FLN (parti politique alors au pouvoir en Algérie, qui impose l'usage de la langue arabe) ne peut s'opposer à ce ras de marée. A l'époque, Idir effectuait son service militaire et il raconte "Moi, j'étais dans ma caserne à Blida et j'entendais ma chanson sur Radio France. C'était bizarre". Parallèlement au succès grandissant d'Idir, la culture kabyle subit de plus en plus de pression. En 1974, l'unique chaire de berbère est supprimée et les chanteurs kabyles les plus populaires se voient refuser les autorisations de donner des spectacles. L'intelligentsia algérienne se voit poussée à l'exil. Idir s'installe alors en France où, à l'écart des paillettes du Show Biz, il enregistre quelques disques. Loin de sa patrie, ce grand défenseur de la culture berbère continue son combat magnifique dont les armes sont la poésie et la musique.


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