Danyel Waro
Forte tête, viscéralement anti-colonial et anti-fasciste, militant au franc parler... Danyel Waro est une figure emblématique de La Réunion dont les engagements politiques se retrouvent avant tout dans sa musique. Ce grand poète défend le Maloya (style musical de l'île de la Réunion) en version non édulcorée, à l'aide de mots à la fois simples et aiguisés.
Longtemps interdit, le Maloya (style musical aux origines africaines, malgache et indienne) a été récupéré dans les années 70 par les mouvements indépendantistes avant de renaître véritablement dans les années 80. Et Danyel Waro est l'un des principaux acteurs de cette renaissance. Par sa musique, il su faire prendre conscience à de nombreux Réunionnais (égarés dans les méandres du jazz, du zouk ou du reggae) de l'importance de leur patrimoine culturel. Le musicien René Lacaille, par exemple, explique volontiers dans ses interviews que c'est en entendant Danyel Waro en concert au festival du "Printemps de Bourges" qu'il a brutalement repris contact avec ses racines. A cinquante ans passés, il a laissé tomber le jazz pour renouer avec la musique qui a bercé son enfance. Et il n'est pas le seul à qui la musique de Danyel a rendu la fierté de ses origines.
Homme d'engagement et au caractère entier, Danyel Waro n'est pas soluble dans l'eau tiède. Il n'aime pas les choses galvaudées ("Le séga a été aménagé en musique de salon"), il leur préfère un essentiel à la limite du rugueux, enregistrant -rarement- la musique qu'il aime et cultivant ses champs. "Je ne veux pas de promotion, expliquait-il dans une interview accordée au journal Diagonales en octobre 1992. Promotion du Maloya, pourquoi pas, mais elle ne passe pas par moi. Les gens ici ne comprennent pas ma démarche. Ils pensent que je devrais gagner beaucoup d'argent en chantant mais ça ne m'intéresse pas : mon métier c'est de fabriquer des instruments". Il cisèle ses mots avec le même soin, le même amour des choses bien faites qu'il peaufine : ses kayams, ses roulérs ou ses pikérs (instruments traditionnels à percussions). Et la langue créole s'envole sur fond de tambours pour dénoncer les nouvelles formes de dépendances qui ligotent encore les îles à la métropole. Perpétuel insoumis (il a préféré faire deux ans de prison plutôt que de servir le drapeau français), Danyel Waro est un homme qui lutte contre les injustices sociales et pour la défense de sa culture. Un homme libre et en colère.


Commentaires
Poster un nouveau commentaire