Bob Marley

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artiste - Musique
Bob Marley

Star planétaire et intemporelle, Bob Marley est une légende dont l'aura dépasse largement le monde de la musique. Prophète pour certains, emblème du tiers monde pour les autres, il a rendu à beaucoup d'humains leur fierté d'être noirs. Fait de mots simples, son message était un mélange d'amour et de défense de la justice.

Portrait

 

 

Robert Nesta Marley naît en 1945 en Jamaïque, une colonie anglaise située dans les Antilles, proche de Cuba et d'Haïti. Son père, le capitaine Norval Marley, est un homme de race blanche âgé d'une cinquantaine d'années ; sa mère, Cedella Booker, est une adolescente noire qui devra très vite élever seule son fils (le père leur apportant surtout un soutien financier). Dès l'enfance, Bob se lie d'amitié avec Neville O'Rilley Livingstone (dit "Bunny") et à l'adolescence (1959) tous deux suivent l'enseignement de Joe Higgs, un des premiers artistes jamaïcains à avoir enregistré. Joe Higgs est particulièrement vigilant tant dans la rigueur musicale (surtout du chant) que dans l'aspect moral de son enseignement. Il insiste pour que ses élèves écrivent des textes ayant du sens, sur le rôle éducatif et politique des chansons. Ses apprentis retiendront efficacement la leçon et sauront faire passer des messages clairs. C'est chez Joe Higgs que Bob Marley et Bunny Livingstone rencontreront Peter McIntosh.

 

En 1962, année de l'indépendance de la Jamaïque, Bob Marley sort son premier single, "Judge not". Pas franchement un succès discographique mais une étape importante. L'année d'après, Bob, Bunny, Peter -devenu Peter Tosh- montent un premier groupe en compagnie de Junior Braithwaite, Beverly Kelso et Cherry Smith : les "Teenagers", qui deviendront vite les "Rudeboys Wailers" (nous sommes en pleine période ska) puis les "Wailling Wailers". Mais Braithwaite, Kelso et Smith quittent le groupe et les Wailers enregistrent "Simmer Down" avec les Skatalites sous la direction du producteur Sir Coxsone Dodd (avec qui les Wailers enregistreront plus de 70 morceaux). Le titre devient n°1 en Jamaïque en février 1964.

 

1966 est l'année des bouleversements : le 10 février Bob épouse Rita Anderson, se sépare de Coxsone, puis part travailler aux Etats-Unis (où vit sa mère). Là, il gagne suffisamment d'argent pour monter son propre label lorsqu'il revient en Jamaïque et reforme les Wailers (avec Tosh et Livingstone). C'est à cette époque que Marley commence à s'intéresser au Rastafarisme. Le groupe travaille beaucoup, se forge un public et un répertoire, mais il faut attendre 1970 et la rencontre avec Lee "Scratch" Perry pour que se crée vraiment le son Wailers grâce à la section rythmique. Mais les radios les boudent.Tandis que les Wailers végètent un peu, Bob Marley travaille avec le chanteur soul nord-américain Johnny Nash. En 1971, Nash interprète une chanson que Marley lui a écrite, "I can see clearly now", qui devient un tube. Pourtant ils ne parviennent pas à faire marcher "Reggae on Broadway" interprété par le jamaïcain et, déçu, Marley décide de revenir sur son île.

 

En 1972, Bob Marley profite d'un concert des Wailers en Angleterre pour rencontrer Chris Blackwell, le célèbre fondateur de Island, l'un des labels les plus importants d'Angleterre aux débuts des années 70 (Spencer Davis Group,Traffic, Jethro Tull, Fairport Convention, Cat Stevens...). Né en Jamaïque, Blackwell craque tout de suite et leur donne 4 000 livres (en dépit des conseils de tous ses proches, qui pensent qu'il ne reverra jamais son argent) pour enregistrer sur place un disque à leur manière. C'est ainsi que naîtra "Catch a fire", le premier album de reggae (marché auparavant dominé par des singles). Lors de la tournée américaine qui suit la sortie du disque, Bunny Wailers quitte le groupe (il ne supporte ni de prendre l'avion, ni le rythme de vie des tournées). Mais la formidable machine est lancée. L'année suivante (1974) sort "Burnin", joyaux incandescent qui contient notamment "I Shot the Sheriff", dont la reprise relancera la carrière d'Eric Clapton. Après Bunny, Peter Tosh quitte le groupe à son tour et Bob remplace ses deux compères par les I-Threes, trio de chanteuses composé par Rita Marley, Marcia Griffiths et Judy Mowatt. Les Wailers jouent alors dans le monde entier. En 1975, l'album "Natty Dread" leur apporte la consécration : le single "No woman no cry" entre au Top 40 (prestigieux palmarès britannique). Une consécration que vient couronner le fabuleux "Live !" (At the London Lyceum), sorti également en 1975.

Mais l'incroyable popularité internationale qu'a acquise Bob Marley lui attire de sérieux ennuis : le 3 décembre 1976, il est victime d'une tentative d'assassinat à Kingston à la veille d'un grand concert de réconciliation nationale. Le chanteur s'installe alors à Londres et poursuit un succès mondial que rien ne semble plus pouvoir entraver. En 1977 sort "Exodus" (Jamming, Waiting in vain…) ; en 1978, "Kaya" (Is this love ?), en 1979 le live "Babylon by Bus"… Parallèlement, le rôle social et politique de Bob Marley s'impose presque naturellement. Il reçoit une médaille de la Paix aux Nations Unies, fait monter sur scène les deux grands ennemis politiques jamaïcains et les force à se serrer la main lors du "One Love Peace Concert" de Kingston, et il donne des concerts en Afrique au Kenya, au Zimbabwe et dans la mythique Ethiopie). En 1980, suite à une blessure au pied au cours d'un match de foot, on découvre que Bob Marley a un cancer au cerveau, aux poumons, à l'estomac et qu'il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Un traitement réussira à lui donner un sursis; il meurt le 11 mai 1981 à Miami sans avoir pu regagner la Jamaïque.

 

En quelques années à peine, Bob Marley est devenu une légende. Les dix albums qu'il a enregistrés pour Island sont des merveilles qui recèlent de purs joyaux. Et Chris Blackwell a eu le génie d'appliquer à ce groupe jamaïcain les techniques de marketing et de distribution réservées aux superstars du rock. Pourtant, Bob Marley n'a jamais eu le mode de vie d'une superstar : même au plus fort de sa popularité, il continuait à être rejeté par l'élite de son pays, allergique à son allure marginale, ses cônes de ganja fumants, son esprit de liberté et la horde de pauvres gens qu'il aidait financièrement. Et aujourd'hui, ses chansons résonnent avec la même acuité qu'il y a 30, 25 ou 20 ans, de l'incendiaire "Get Up Stand Up" au résolument naïf " Is this Love ? " ou encore au constat désespéré de "Too much troubles in the World ", plein de douceur, de colère et de compassion.

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