Alpha Blondy
Alpha Blondy reste avec ses célèbres brûlots Brigadier Sabari, Jérusalem ou Travailler c'est trop dur, le véritable pionnier du reggae africain.
Le Rastafoulosophe
Né en 1953 à Dimboroko, dans le nord de la Côte d’Ivoire, Seydou Koné, mieux connu sous le nom d’Alpha Blondy, est l’aîné d’une famille de neuf enfants. Il est élevé par sa grand-mère et apprend, auprès d’elle, la culture dioula (malinké) avant de rejoindre sa mère, en 1962, à Odienné puis Korogho. Là, il forme un petit groupe de musique avec ses amis, les Atomics Vibrations, avec lequel il s’essaie au rock. La tentative ne le satisfait pas. En 1973, il part au Libéria apprendre l’anglais, langue qu’il perfectionne en s’envolant, quelques temps après, pour New York et la prestigieuse Columbia University. Il s’imagine professeur d’anglais en Côte d’Ivoire, sûr que son père, administrateur dans sa région natale, verrait d’un bon œil ce choix. Mais le virus de la musique le rattrape.
En 1976, il assiste au concert des Burning Spear à Central Park. Il comprend que sa place est dans la chanson, qui plus est reggae. Il quitte l’université américaine et assure la première partie des Sylvesters, groupe de rock-reggae dominicain que lui a présenté le producteur Clive Hunt. De cafés concerts en shows confidentiels, l’artiste ivoirien est vite déçu de présenter ses premières compositions devant un maigre public. Il reprend espoir lorsque Clive Hunt lui fait enregistrer huit titres dans ses studios de Brooklyn. Mais l’album ne verra jamais le jour. Faute d’argent, Clive Hunt se désengage et, celui qui décide alors de se faire appeler Alpha Blondy pour symboliser ce nouveau départ, rentre en Côte d’Ivoire. Il y joue dans les quartiers précaires d’Adjamé, à Abidjan, avec des musiciens ghanéens.
En 1981, alors qu’il n’y croit plus, l’un de ses ami d’enfance devenu présentateur à la RTI (télévision nationale ivoirienne) lui propose de passer à l’antenne dans l’émission « Première chance », sorte de télé-crochet. Alpha accepte. Le succès est tel qu’il trouve immédiatement un producteur. Ainsi sort en 1983 en Côte d’Ivoire son premier album, Jah Glory où le titre Brigadier Sabari (soldat pitié) fustige les pratiques frauduleuses des policiers. Ses concitoyens adorent, Alpha Blondy est porté aux nues.
Il réitère ce succès l’année suivante avec le label EMI en enregistrant à Kingston (Jamaïque) avec les Wailers Cocody Rock, un album qui fait la part belle au mélange de langues africaines (dioula, baoulé) et de français. Désormais, il enchaîne les enregistrements studios et les prestations publiques. De l’Afrique francophone à la France son succès grandissant donne au reggae africain une visibilité internationale et un dynamisme nouveau qui permet aux artistes du continent d’égaler les Jamaïcains.
Fort d’une quinzaine d’albums, dont un disque d’or pour le fameux Masada, Alpha Blondy a engrangé les tubes, avec des textes tantôt subversifs, tantôt mystiques, suivant les rythmes métissés de son groupe Solar Sytem.
Engagé contre la récente guerre fratricide qui a mis à mal son pays, l’ONU l’a nommé en 2005 « chevalier de la paix ». Aujourd’hui, celui qui aime s’appeler « le rastafoulosophe » et que les Ivoiriens nomment affectueusement « le koró » (le vieux père) tente de favoriser l’émergence de musiciens panafricains en leur permettant de se produire dans son Café de Versailles, à Abidjan.


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