Ablaye Cissoko

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artiste - Musique
Ablaye Cissoko

Issu d'une lignée griote, Ablaye Cissoko est l'un des artistes les plus fameux de la nouvelle scène sénégalaise. Son art cherche à incarner la rencontre entre les traditions du peuple Mandingue et la création musicale de son pays.

Portrait

 

Saint-Louis du Sénégal est la cité des songes. Songes évanouis de l’ancienne capitale coloniale aujourd’hui assoupie. Songes de l’histoire qui partout a laissé ses traces, majestueux édifices, à côté de celles du temps, et la ruine qui l’accompagne souvent. Dans les rues de l’île historique, tirées au cordeau, bordées de maisons en teintes douces, ambiance alanguie et échos de mbalax, on voit parfois déambuler une longue silhouette toujours élégante, qu’elle porte un boubou ou un jeans. On sait aussitôt qu’Ablaye Cissoko, le grand griot saint-louisien, est en ville. On s’en réjouit, car il est plus souvent en tournée, en Europe ou en Afrique, que chez lui.

 

En dépit des avis de ses conseillers européens, il prend plaisir à jouer dans divers lieux amis de la ville, bars, restaurants, pour le plaisir, seul ou avec son groupe de musiciens locaux. Scandaleusement beau gosse, portant sur scène des boubous faramineux, Ablaye Cissoko est griot jusqu’au bout des cils. Où qu’il exerce son art, il ne se soucie pas du bruit qui l’entoure – au Sénégal, un concert est un événement mondain, on vient se montrer, saluer les amis, retrouver ses proches, ce qui donne lieu à d’interminables salutations, souvent plus bruyantes que la kora du maestro. Pour qui l’a suivi ces dernières années, chaque rencontre avec Ablaye Cissoko éveille un flot de souvenirs, de concerts passés, avec leurs beaux et leurs moins beaux moments. 

 

Ce concert en solo chez Aldiana, l’un des grands lieux de rencontre et de mixité de Saint-Louis. Le courage de son discours d’introduction à une chanson sur les talibés (les hordes d’enfants élèves ou pseudo-élèves des écoles coraniques, qui mendient dans les rues pour le compte de leur marabout) : « Un marabout qui a dix talibés, vous ne les verrez jamais mendier : le marabout a de quoi les nourrir. Un marabout qui a quarante talibés, il les envoie mendier parce qu’il ne peut pas faire autrement. Un marabout qui a cent talibés, c’est un businessman qui roule en Mercedes et ne pense qu’à gagner de l’argent. » Peu de gens oseraient tenir un tel langage en privé, mais en public, c’est de la pure témérité. L’extrême sérénité du griot contraste avec la vigueur de son discours, le rendant d’autant plus efficace. 

 

Ce soir de solstice au bar du Flamingo, lieu idyllique, sur le grand bras du fleuve, en toile de fond le pont Faidherbe et un bouquet de cocotiers. Beaucoup d’eau, beaucoup de ciel. De mémoire de saint-louisien, on avait rarement vu Ablaye Cissoko aussi en forme que ce soir-là, cette puissance et cette sérénité émanant de lui, ses musiciens locaux moins à la traîne qu’à l’accoutumée. Ambiance de concert africain, les gens qui se promènent, se saluent, se parlent, les espontáneos, comme on dit en Espagne de ceux qui se jettent dans l’arène pour affronter le toro, venant profiter du micro que leur offre le maître avec toute la bonhomie dont il est capable, qui n’est pas mince. Une jeune aspirante chanteuse n’arrive pas à se lancer, il l’encourage avec une gentillesse confondante. 

 

Et puis un vieux s’approche du micro, djellaba blanche à fines rayures verticales noires, fez vissé sur le crâne rasé, babouches crème, lunettes noires, peut-être soixante-cinq ou soixante-dix ans. Il commence à grioter l’histoire de Bakele, de sa fiancée, d’un soldat français, de je ne sais plus qui encore, dans un français précieux de vieux lettré africain. Élocution parfaite, sens du rythme, du phrasé, de la pause, du silence. Ablaye tisse seul à la kora un habillement aussi exquis que discret au conte du vieil homme. « Alors Bakele fit chanter la kora », dit celui-ci, et le maestro envoie un solo ébouriffant avant que le vieux reprenne. 

 

Vingt rencontres, cent histoires, mille souvenirs, et une constante : la musique toujours présente. La voix d’Ablaye Cissoko, comme du miel, qui reflète à merveille sa profonde sérénité intérieure, aussi bien lorsqu’il interprète des chansons traditionnelles que ses propres compositions. Son jeu de kora, précis, en place, toujours juste, qui sait se faire virtuose, mais seulement lorsque c’est nécessaire – il ne s’agit pas juste d’épater la galerie. On sent derrière lui les générations de Cissoko qui l’ont précédé, dont la science de griots coule dans ses veines. 

 

On aimerait maintenant le voir entouré de musiciens à sa hauteur – on parle encore à Saint-Louis de ce bœuf mémorable avec Randy Weston lors d’une édition passée du Festival de jazz –, des instrumentistes capables de tirer parti des nappes magnifiques qu’il trame à la kora, si riches de rythmes, d’harmonies, de mélodies, qu’elles sont on ne peut plus propices à l’improvisation. On attend donc d’entendre le griot de Saint-Louis avec des maîtres de son acabit plutôt qu’avec des disciples plus ou moins doués.

Ablaye Cissoko
Chronique
11/16/2012 - 17:37
En partant jouer au festival de jazz de Saint-Louis, au Sénégal, en 2009, Simon Goubert, batteur à la carrière et aux bagages déjà bien remplis, ne pensait pas s’engager dans un processus qui l’am&e...
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