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Pourquoi des Etats Généraux des musiques du monde à Sciences Po ?
04-02-2009, 11:35 PM
Message : #1
Pourquoi des Etats Généraux des musiques du monde à Sciences Po ?
Il n’y a pas de sciences politiques sans un lien étroit avec les productions artistiques. C’est pourquoi Sciences Po accueille avec un très grand intérêt les Etats Généraux des Musiques du monde qui se tiendront en septembre 2009. Ces manifestations représentent pour Sciences Po une chance de saisir de façon originale les grandes questions de la globalisation. Celle-ci n’est que partiellement économique. Elle est aussi culturelle. Ou plutôt, grâce à l’extension prodigieuse des techniques et au dynamisme des marchés, les musiques du monde brassent de façon nouvelle les sensibilités de tout un chacun sur la planète.

Or, la politique ne se définit pas simplement par les élections, mais aussi par ce que le philosophe Jacques Rancière a appelé le "partage du sensible". Il est donc du plus haut intérêt, d’explorer, avec les praticiens, les artistes, les musicologues, les critiques et les simples amateurs, comment se définissent, à travers des musiques aussi diverses, des façons également diverses d’appréhender la globalisation.

Avec des questions fondamentales comme celles de l’authenticité, de l’emprunt, de la modernisation, de l’hybridité, nous nous trouvons au cœur de problèmes traditionnels en sciences sociales. Les liens de la politique et de la musique ont toujours été très intimes, mais jamais plus qu’avec ces musiques qui explorent les voix, Ô combien dissonantes, de la globalisation.
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04-16-2009, 07:10 PM
Message : #2
RE: Pourquoi des Etats Généraux des musiques du monde à Sciences Po ?
Bien entendu la culture est politique.
Mais je ne vois pas d'intérêt à remuer de l'air chaud autour de la globalisation ou la diversité culturelle (qui ne vous ont pas attendus pour exister), sans mettre en cause la relation Nord/Sud, néo-coloniale, qui préside à l'exploitation des musiques populaire du monde.

Parlerez-vous des labels "musiques du monde" qui profitent de l'éloignement de leurs artistes pour ne pas les payer, ou de leur pauvreté pour leur faire signer des contrats honteux?
Réponse: non, ces labels sont vos amis.

Parlerez-vous des sociétés civiles qui escamotent les droits des artistes du tiers-monde et achètent leurs avocats?
Réponse: non, vous tenez trop à leurs subventions.

Parlerez-vous des événements "musiques du monde" financés par le Nord et confiés systématiquement à des petits copains pleins d'ambition, mais n'ayant qu'une connaissance très approximative du terrain et gaspillent les crédits, au mépris des agents du Sud qui se bagarrent avec des bouts de ficelles pour faire vivre ces musiques?
Réponse: non, vous n'allez pas scier la branche sur laquelle vous êtes assis.

Mettrez-vous en cause le fait que le plus gros des subventions supposées aider les musiques du Sud est consacré pour la plus grande part à payer vos hôtels 5 étoiles et vos frais de voyage, ne laissant que des sommes ridicules pour les artistes ou événements locaux?
Non bien sûr. "Qui est fou?"

Expliquerez-vous pourquoi les rares artistes "world music" à avoir percé sont presque tous passés à des labels ou à des managers anglo-saxons?
Non, cela vous obligerait à expliquer pourquoi...

Messieurs, tant que ces questions ne seront pas soulevées, votre "forum" ne sera qu'un élément de plus dans la grande fresque des arnaques de la néo-colonisation, dont vous êtes, malgré tous vos beaux discours, un maillon efficace.
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04-18-2009, 12:55 AM
Message : #3
RE: Pourquoi des Etats Généraux des musiques du monde à Sciences Po ?
Je suis de l’avis d’Hélène, qu’il faut évoquer des mécanismes hypocrites dont nous, occidentaux profitons toujours actuellement.

Mais que faire ? Comment inventer une musique de label équitable ?

Comment garder un coeur et une oreille à l’écoute, lancés dans cette grande machine qui fait malgré tout tourner notre monde ?
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04-18-2009, 05:23 AM
Message : #4
RE: Pourquoi des Etats Généraux des musiques du monde à Sciences Po ?
"Chapeau Hélène",
pas beaucoup de choses à rajouter suite à ton écrit: la visée est juste!!!
Mais va savoir tout va étre remis en cause par de nouveaux palabres...
Jusqu'a maintenant nous avons vu et vécu des expériences qui me mettent un peu dans le doute.
Je ne pense pas que Dominique, la personne qui a écrit avant moi me contredira.
Actuellement la distribution n'est pas équitable à tous les niveaux pendant que les uns d'années en années mangent de la brioche les autres grattent la terre pour trouver quelques racines pour se nourir....Huh
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04-20-2009, 04:09 PM
Message : #5
Pourquoi des "Etats Généraux" ?
Une question me poursuivait depuis que j'ai été informée de la tenue des "Etats Généraux des musiques du monde".
Pourquoi ce terme, Etats Généraux ?

Nous avons eu les Assises des Musiques et Danses Traditionnelles.
Le terme était explicite : quand on fait des Assises, on compte bien, surtout...
Ne rien changer, .. Restons assis, quand même !!! Wink

Maintenant, pour les musiques du monde, ce sont des Etats Généraux.
C'est un terme très lourd de sens, puisque que les derniers véritables Etats Généraux ont eu lieu la veille de la révolution française.
Au moins, on note une véritable intention de changer les choses, une prise de risque, puisque nous savons tous ce qui est advenu du pouvoir en place de l'époque ...

Continuons cette petite analyse.
Les Etats Généraux étaient constitués des trois classes constituant la société d'alors. Tiers état, clergé, noblesse.
Quelle serait, actuellement, la répartition des acteurs de cette tranche sociale concernée par les musiques et danses du monde ?

En bas de l'échelle, les consommateurs, le public, la frange des musiciens amateurs, les musiciens : ce serait notre Tiers Etat, et c'est aussi ce que vient de dire Hélène.

Au-dessus, nous aurions les petits producteurs, gérants de salle, tourneurs de groupes, groupes de musique connus dégageant des volants d'argent substantiels.

Puis, en haut de l'échelle, les grosses "majors", les sociétés de stature internationale, les productions audio-visuelles...

Que vient-il de se passer dans ce post ? Huh
Hé bien, c'est le Tiers Etat - le "Tiers Monde" ?? - qui a visiblement pris la parole en premier !!!

J'attends avec impatience d'autres prises de position.
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06-22-2009, 05:11 AM
Message : #6
RE: Pourquoi des Etats Généraux des musiques du monde à Sciences Po ?
De la part de Mànu Théron
Bonjour à tous
Le message d'Hélène Lee dénonce des faits dont il est louable de rappeler le fondement et les mécanismes. Pour autant, il me semble qu'un des premiers efforts de prise en compte de ces réalités ne peut se priver, et priver par-là toute tentative d'explication, du luxe de la complexité. Et si les organisateurs de cette manifestation ne parviennent pas à masquer "l'arnaque néo-coloniale", en intégrant -de façon plus jésuite que missionnaire, il est vrai- la contestation de leur fonctionnement économique, éthique ou esthétique, peut-on leur opposer une analyse moins manichéenne, et surtout, chère Hélène, moins univoque ?
Ainsi, peut-on rappeler que le néo-colonialisme français, avant même de se constituer en réalité économique, est une composante "anthropologique" de l'histoire nationale française, et qu'il déploie ses logiques de domination sur son propre territoire, afin de mieux les exporter, en instituant l'universalité de sa vision comme seule "connaissance" ?
Que les sociétés civiles dont tu parles lèsent d'abord les artistes français en s'attribuant les droits du domaine public pour les redistribuer aux plus gros vendeurs de disques ? Et que ce procédé, symptomatiquement, produit une vision des musiques populaires, dont la signification est relativement effroyable, mais absolument française ?
Que les contrats des labels sont honteux par définition, qu'ils exploitent par définition l'ignorance juridique des contractants, qui est un éloignement aujourd'hui bien plus efficace que la distance géographique ?
Que l'esthétique actuelle de l'exotisme, qui n'a rien à envier à celle de nos anciennes expositions coloniales, expose surtout une vision de nous-même, et définit avec bien plus de pertinence notre conception de la culture qu'elle ne cherche à représenter quoi que ce soit "d'autre" ? Et que ce que tu appelles "de beaux discours", c'est d'abord une affaire de représentation, où l'autre n'existe que pour justifier le regard que nous portons sur nous-mêmes ?
Aussi, sans vouloir neutraliser la portée de tes arguments par l'élargissement à d'autres cibles, il me semble respectueux des artistes étrangers de les informer de la complexité du rapport de la France à leur production musicale, et que la nature perverse et profondément dominatrice de ce rapport a pour origine une conception névrotique de l'identité culturelle. Un mélange unique en occident de complexe de supériorité, de cynisme et de contrition judéo-chrétienne. Les acteurs de ce forum, quelque ambigüe ou blâmable que puisse te sembler leur ambition, ressortent de cette réalité très française, et toi aussi, Hélène, dans l'attaque indignée que tu leur mènes.
Pourquoi ne pas leur opposer tout simplement cette très jolie fable d'Esope, par exemple :
"Zeus, ayant façonné l'homme, mit aussitôt en lui les diverses inclinations. Mais il oublia d'y mettre la pudeur. Aussi, ne sachant par où l'introduire, il lui ordonna d'entrer par le trou du cul. Elle regimba tout d'abord contre cet ordre qui l'indignait ; enfin sur les instances pressantes de Zeus, elle dit : " eh bien ! j'entre ! mais je resterai près de l'entrée qu'on m'a assignée, afin de m'extirper chaque fois que ma dignité sera choquée". Zeus lui rétorqua : "le plus dur est pourtant déjà fait" !
A bientôt
Mànu
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07-27-2009, 06:23 PM
Message : #7
RE: Pourquoi des Etats Généraux des musiques du monde à Sciences Po ?
J'ai trouvé ce post extrêmement intéressant. Merci beaucoup!

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