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Villes des Musiques du MondeAubervilliers - La Courneuve / 30 septembre - 9 décembre 2000Entre le 30 septembre et le 9 décembre 2000 , les villes d'Aubervilliers et de La Courneuve ont proposé toutes une série de concerts et de manifestations culturelles autour des musiques du monde qui ont pris une résonance particulière dans ces communes où se côtoient diverses communautés. PUBLICITÉ
InterviewsInterview de Passio (Italie)
Rachida : Passio bonjour, vous venez de nous chanter un répertoire de chants religieux au sein de l'église Notre Dame des Vertus à Aubervilliers. Avez vous toujours chanté dans les églises ? Passio : pas forcément. On a déjà fait ce programme dans les bars, les théâtres ; dans des arènes, et puis aussi dans les églises. C'est une musique populaire de tradition orale, qui se transmet de génération en génération. En général c'est chanté exclusivement par des hommes ou des femmes, mais rarement les deux ensemble. Ce que nous chantons, c'est des chants d'hommes. La femme en général est là pour pleurer les morts, chanter des berceuses ou des chants de travail. Ces chants d'hommes sont des chants religieux, très sonores et réputés difficiles. On a commencé à travailler avec Giovanna Marini dans les années 94 et 95. C'est une femme italienne d'une soixantaine d'années qui est chanteuse et qui a un quatuor vocal avec d'autres femmes. Elle a fait un énorme travail d'ethnomusicologie dans plusieurs régions d'Italie du sud. Jusqu à cette année, elle avait un cours d'ethnomusicologie à la fac de St Denis. On s'est toutes rencontrées à ce cours et voilà… On est parties tous les ans, pour la semaine de pâques. Ceci depuis 6 ans, dans plusieurs régions d'Italie : Calabre, Sicile, Sardaigne etc… C'est une musique tellement riche… elle est malheureusement en voie d'extinction et est surtout connue par les vieux. Les jeunes ne s'y intéressent pas car elle n'est pas diffusée par les médias. On est en train d'inverser la situation, mais il y a des régions - notamment celles où il y a des autoroutes - ou cette musique s'éteint plus facilement. En effet, les gens peuvent sortir plus facilement et écouter d'autres choses.
Interview Gnawa Diffusion (France - Algérie)
Rachida : Amazigh bonjour, Gnawa : Bonjour R : On est à d'assister au l'Espace Rencontre dans le cadre du Festival des Musiques du Monde ; et on vient concert de Gnawa dont tu es le chanteur. Tout d'abord qu'est-ce que ça veut dire Gnawa ? G : Gnawa ça veut dire " Guinéen " en arabe, c'est le nom que l'on a donné aux esclaves. Pour dire les noirs on disait " gnawi " en soudani. Ils ont été appelés Gnawa parce qu'ils venaient de différentes tribus : les Bambara, les Peuls. On leur a donné cette appellation, qu'ils ont par la suite gardée pour accepter un nom, car quand ils sont arrivés, ils étaient islamisés, arabisés et ne pouvaient plus parler leur langue et pratiquer l'animisme. Ils ont reproduit une identité qui leur était propre, en pratiquant leurs rites, en adorant leur divinité du fait qu'ils ont accepté la culture des blancs ; mais leurs pratiques sont intégrés dans la culture du Maghreb, en fait Gnawa vient de l'Afrique noire, de l'Afrique de l'Ouest. R : Pourquoi te sens-tu si proche de cette appellation ? G : Je me sens proche parce que je trouve que dans l'évolution de l'identité des Gnawas il y a quelque chose qui ressemble a l'évolution des algériens ou des maghrébins en France, cette façon d'arriver à pénétrer dans le tissu culturel, social. Parce qu'en Algérie on nous prend la tête avec nos identités, on ne peut être algérien comme on a envie de l'être, soit on nous oblige à être Arabe, Kabyle, européanisé ou quoi que ce soit. Mais j'ai l'impression que ce qui peut vraiment fédérer les Algériens c'est d'abord de dire qu'ils sont africains, et aussi de reconnaître que dans notre histoire il y a eu de l'esclavage, car nous aussi on a été un peuple dominant à une époque. On sera toujours à la recherche d'une identité (propos d'une tierce personne) G : Oui, c'est comme si tu grandis avec une fille de colon qui vit en Algérie, qui t'accepte comme tu es mais qui te disent que ces parents ont eu raison de faire ce qu'ils ont fait. Si tu évolue avec les gens sans reconnaître les erreurs du passé, c'est comme si tu n'avais pas évolué. Pour moi, je ne peux pas vivre avec le fils d'un " pied noir " qui ne me soutient pas et qui me dit que l'Algérie est le pays des " pieds noirs ", à moins de vivre dans le respect mutuel de nos identités. R : Tu as une expression qui est " ragga-chaabi-gnawa ". G : Cette expression n'est pas de moi, se sont les journalistes qui ont du mal avec ça. R : Tu n'es pas d'accord avec ça ? G : C'est parce qu'ils n'arrivent pas à cataloguer la musique qu'on fait, alors au lieu de dire " Gnawa Diffusion ", ils disent gnawi, chaabi, truc,… ils mélangent tout. R : Et toi, tu la catalogue ta musique ou tu ne préfère pas ? G : Déjà, j'essaye de la jouer et c'est déjà pas mal. Non j'ai du mal à la cataloguer, mais je sais bien qu'on est cataloguable, je sais qu'il y a des moments ou l'on est obligé d'être cataloguer. R : Pourtant je vous ai écouté et je n'ai pas réussi à vous cataloguer. G : Oui, peut-être que tu n'as pas l'habitude de le faire, c'est pas dans ta logique des choses. Il y a des gens qui catalogue, ils savent tout de suite, combien ils vont rapporter, dans quelle région ils vont te mettre, tu vois ce que je veux dire. R : Mais on peut se faire une idée en globalité, même si c'est vrai qu'après on peut t'affiner en fonction de ce que l'on connaît de la personne. G : Je suis d'accord, je pense qu'on se fait des idées au début et après on se fait une autre idée. Et si on ne comprend pas les textes on se fait une idée et vice versa si on les comprend. D'ailleurs, c'est ce que j'aime bien dans les rencontres que je fais par rapport à ce groupe : quand c'est un algérien d'Algérie qui écoute la musique c'est un certain type de réaction qui est très proche du texte, quand c'est un algérien d'ici qui parle mal la langue c'est une approche beaucoup plus musicale, et quand c'est un français c'est une approche de l'Afrique. Je pense que toutes ces approches sont aussi forte les unes que les autres. D'ailleurs dans le groupe on est mélangé, on n'a pas tous grandi en France. On essaye chacun d'en parler un petit peu, avec les gens avec qui on a grandi ou d'autres et on arrive à leur dire la même chose. R : Et c'est pour cela que tu écris tes textes en arabe et en français ? G : Oui, il y a cela aussi en plus et puis parce que j'ai besoin de dire des choses spécialement aux arabes et des choses par rapport à nos origines. C'est vrai que très souvent qu'en j'écrit, je le fais pour quelqu'un. De toute façon, je pense que dans la musique il y a plein de choses que l'on ne peut pas dire, c'est un moment hyper intense : tu imagines en une minute le nombre de notes qui peuvent être jouée, le nombre de sons qui peuvent venir aux oreilles des gens, c'est intense, c'est un délire. La musique c'est quelque chose, c'est comme le théâtre, le cinéma, tu vois, moi la musique ça peut me faire pleurer, rire, me donner la nausée, tout ce que tu veux. R : C'est une approche personnelle, il y a des gens qui peuvent ressentir la même chose en regardant un film. G : Oui c'est vrai je ressens plein de choses quand je regarde un film, mais cela ne peut pas me faire fuir comme peut le faire une musique. R : Cela dépend à qui tu as à faire. En général quand tu vas voir un film, tu n'y vas pas par hasard, tu y vas en fonction de ta personnalité, en fonction de ce que tu aimes. C'est comme si tu avais une discussion avec le réalisateur, tu cherche à décortiquer et à comprendre ce qu'il veut te montrer, et il peut aussi arriver à te faire vomir ou pleurer…
Interview Adel Salameh (soirée Palestine) Musicien d'origine palestinienne mais vivant en Angleterre, Adel Salameh est un virtuose du oud. Il jouait ce soir là à l'espace Renaudie en compagnie de son épouse (au chant) et d'un violoniste. En première partie de son concert pour la paix, la chorale des enfants de Bobigny nous a gratifié de trois créations originales, écrites par les enfants eux mêmes. Rachida : Nous venons d'assister au concert de Adel Salameh dans le cadre du festival villes des musiques du monde. Adel Salameh, nous aimerions en savoir un peu plus sur votre parcours et votre musique. Vous êtes nés en Palestine, qu'est ce qui vous a fait venir en Europe dans les années 90 ? A.Salameh : Tout d'abord, je suis né en Palestine et je suis arrivé en Europe en 1998. En 1990, il y avait des conflits entre l'Irak et le reste du monde. J'étais encore étudiant en Irak à cette époque. Après cela, j'ai décidé de venir en Europe pour avoir un peu de stabilité et de paix. Rachida : C'est une bonne raison… A.Salameh : Après ce départ, j'ai rencontré un bon nombre d'artistes du monde entier avec qui j'ai travaillé, dont des israéliens. Rachida : En Europe ? A.Salameh : En Europe , en Palestine et en Irak, ceci pour créer plus de compréhension et de communication entre les deux peuples, les deux cultures. Je continue à travailler ainsi. J'ai réalisé un album en France qui s'appelle Nuzhan. En Arabe, cela veut dire promenade ; promenade de paix. Pour moi, en tant qu'artiste, la musique doit avoir un but, un objectif. Sinon cela ne voudrait rien dire. En tant qu'artiste, je dois essayer de créer des échanges, des relations entre les enfants palestiniens et les enfants israéliens. Rachida : pourquoi tout particulièrement les enfants ? A.Salameh : Parce qu'ils sont les éléments qui construisent la société. Quand on éduque les enfants très jeunes, ils grandissent avec une attitude de paix sans toujours penser guerre, guerre, guerre ! Donc, nous avons fait plusieurs scènes au pays de galles, royaume uni et d'autres endroits en Europe. On essaie de le faire en Palestine et en Israël, mais c'est extrêmement difficile. Non pas à cause des autres artistes ou des enfants mais à cause de la constitution. Que ce soit les autorités palestiniennes ou les autorités israéliennes, elles sont très compliquées toutes les deux, même avec les autres artistes. En fin de compte, on est handicapés. Cependant, on fait de notre mieux pour continuer avec cette machine infernale, car nous n'avons pas d'autres solution. Nous devons apprendre à vivre ensemble, à respecter les autres, que ce soit économiquement ou culturellement… l'agriculture, la musique, car on doit progresser ensemble dans la vie. On ne peut pas se contenter de continuer a dire, ce sont nos ennemis ! Rachida : la façon dont vous parlez est très moderne. Et pourtant, votre musique reste traditionnelle, au vu de votre instrument : le Oud. A.Salameh : oui effectivement, c'est de la grande musique traditionnelle arabe. Cela dit, je n'y pense pas plus que ça . j'écris ma musique intérieure… Mais en même temps, je vis dans cette partie du monde ou je sens très bien que je dois m'adapter. Quand je travaille, je pense essentiellement à l'avenir et aux enfants. On ne peut pas être égoïste et ne penser qu'a soi, vouloir tout contrôler artistiquement et ne pas penser au enfants. Voyez-vous lorsqu'une bombe tombe, elle est aveugle. Elle détruit sans savoir si c'est un vieux ou un jeune. Nous sommes tous des êtres humains. On doit respecter l'enfance, c'est mon avis. Israël est présent, nous devons l'accepter, mais il doit nous reconnaître également et nous respecter. Dans nos chansons, on ne parle pas d'amour mais uniquement de paix. Ma musique est très passionnée et très expressive, mais chacun y trouve le message qui lui convient.
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