Vendredi 25 septembre 20h30 Théâtre de la Ville Roumanie
LE TARAF DE BUCAREST : LUMIERES TZIGANES AU THEATRE DE LA VILLE
Originaires de Bucarest, les membres de ce taraf (une petite formation) s’adonnent à la « muzica lautareasca tiganeasca », un genre propre aux musiciens professionnels tziganes. Née dans les quartiers populaires de la capitale ou dans les villages avoisinants, cette musique connut un âge d’or au début du XXe siècle ; elle n’avait pas encore subi l’influence de courants extérieurs ni les dérives de la modernité. Son répertoire nous est aujourd’hui proposé dans la plus pure tradition « des restaurants d’autrefois et des fastueuses fêtes organisées par les musiciens tziganes. »
Le taraf de Bucarest s’est constitué autour du violoniste Vasile Nasturica. Comme souvent chez les musiciens tziganes, sa technique instrumentale s’adapte judicieusement aux émotions ressenties et partagées. Ainsi, les cordes de son instrument sont tout juste effleurées durant les complaintes, mais elles vibrent pleinement sur les airs de fêtes. A ses cotés, l’accordéoniste Stefanionel Ionita élabore quelques solos inventifs avant de rejoindre la section rythmique constituée de Gheorghe Petrescu à la contrebasse et Gheorghe Raducanu au cymbalum. Ce dernier joue un rôle central, tant dans les improvisations que dans l’accompagnement. L’assise qu’il apporte libère les musiciens des contraintes rythmiques, comme en témoignent les nombreuses parties en rubato de l’accordéoniste.
Tout comme la musique populaire ou classique, la « muzica lautareasca tiganeasca » possède ses propres spécificités. Celles-ci se manifestent d’abord à travers les inflexions et les ornementations. "Cette musique vient du cœur, nous confie George Petrache, le chanteur principal du groupe. Pour exprimer la douleur ou la souffrance humaine, il faudra par exemple introduire des sanglots et des lamentations dans le chant. " Si la plupart des morceaux datent des années 40 à 70, le groupe a tout de même souhaité présenter des pièces accessibles et variées auxquelles le public peut s’identifier. Le répertoire alterne ainsi des chansons lautaresti (dans le style des lautari tsiganes) ayant pour thème l’amour ou la famille, avec des chansons de tables ou des chants de noces d’origine paysanne. Il comporte également plusieurs pièces instrumentales d’une grande virtuosité.
Tout au long du spectacle, des cris enthousiastes s’échappent au dessus des parties instrumentales et procurent une formidable impression de spontanéité. Bien que les musiciens interprètent les thèmes et les mélodies populaires le plus fidèlement possible, l’improvisation y est toujours présente. D’après le directeur artistique de l’ensemble, ces morceaux ne sont jamais interprétés à l’identique et révèlent d’infinies variations à chacun de leurs concerts.
Pour qui se souvient du blues ravageur de la bosniaque Ljiljana Buttler, l’annonce du Taraf de Bucarest a quelque chose d’alléchant. Placé sous la direction du violoniste Vasile Nasturica, cet ensemble nous propose une authentique muzica lautareasca tiganeasca, entendons par là cette musique que les Roms pratiquent pour eux-même — et ça n’est pas peu ! — pour partager les joies et les peines. Depuis les années quatre-vingts, tant de fanfares et tarafs ont déboulé sur nos scènes et platines… Peut-on s’y retrouver ? Taraf… le mot, aujourd’hui roumain, serait d’origine arabe, introduit en Europe orientale par les Turcs, qui désigne ces ensembles musicaux, plutôt ruraux et que les communautés roms ont fait leurs. Celui de Vasile Nasturica a l’accent des faubourgs mais, pas moins virtuose, véhicule la même émotion.
Jérôme Samuel
Air lautaresc [Trad. arrt. V. Nasturica] Enregistrement public au Centre Culturel Jean-Houdremont (La Courneuve, avril 2009)
/// Revivez les précédentes saisons "Musiques du Monde" au Théâtre de la Ville grâce aux Reportages Mondomix (vidéos, photos, textes) :