En ce premier jour, les Suds pointent doucement le bout de leur nez. Dans la cour de l'école maternelle, transformée en QG du festival durant toute cette semaine, règne un mélange d'effervescence et d'efficacité sereine. "Tranquille", comme on dit ici avec l'accent et une nonchalance crâne. Tandis que la réception des stagiaires s'organise sans heurt, dans un autre coin de la cour, Antoine Chao et l'équipe de "Trans Radio" (station éphémère mise en place pour la durée du festival) installent les micros qui nous serviront pour nos émissions quotidiennes. En effet, chaque jour, à l'heure du petit déjeuner (de 10h à 11h), l'équipe de Mondomix et Antoine Chao reçoivent des artistes et des acteurs culturels qui gravitent dans cette édition 2001 des Suds à Arles. Donc, tous les jours, nous ouvrons l'antenne de cette Trans Radio au programme chargé. Points forts de cette grille, les interventions des détenus de la Centrale d'Arles (qui fait écho aux ateliers de danse capoeira et d'écriture que le festival des Suds mène toute l'année avec les prisonniers) qui ont créé un abécédaire et livreront leurs impressions du festival, qu'ils suivent assidûment via Trans Radio. Dans la grille de programme, on trouve aussi une chronique quotidienne d'Yvan Audouard (grande figure de la culture provençale) qui précède Radio Fatch' (16h30/ 17h) animée par les ignobles Fatche d'Eux. Le duo arlésiens a notamment lancé un grand concours d'accents et prépare un gros dossier sur les orteils des interviewés. Depuis ce matin, la ville est sillonnée de représentants associatifs, d'intervieweurs professionnels ou de journalistes en herbe transformés en reporters par Trans Radio. Et, à peine les micros fermés, nous recueillons les commentaires à chaud des auditeurs qui arrivent au QG : "Je vous ai écouté sur la route, en venant et…" ou "J'ai pas bien suivi ce que vous avez dit dans la deuxième partie de l'émission parce que je suis allé prendre ma douche". Dès le premier jour, les répercussions de cette station éphémère sont palpables car, immédiatement, la radio a créé un ciment supplémentaire entre les gens et est venu renforcer la dynamique du festival. A 12h 30, tous les festivaliers se rejoignent aux incontournables apéros-dédicaces, qui font partie de la tradition des Suds. Dans cette petite rue piétonne, devant la boutique du disquaire qui, cette année, a investi dans une fontaine à pastis, ce sont des retrouvailles chaleureuses entre habitués. Dan Jacobi et Jérôme Vion (musiciens arlésiens qui conduisent les stages de la Plasticofanfare, se muent en un duo délirant nommé Sonobionik ou en Viagem Samba, groupe percussif) improvisent un rap occitan, tandis que Tayeb Benamara -spécialiste de l'expression corporelle- se met à danser. Créatif et bon enfant, cet apéro augure bien de la semaine. Si l'on jauge ce qui nous attend à l'aune de cette première journée, nous devrions vivre des moments exceptionnels car le spectacle d'ouverture nous a transporté vers la grâce. A 22 heures, la Compagnie Accrorap présentait "Anokha", un ballet où se mêlent danse traditionnelle indienne et hip hop. Menée par le chorégraphe Kader Attou, la troupe -composée d'indiens et de français- a vu le jour en 1994, épaulée par le travail du plasticien/ photographe Gilles Rondo. Leur travail innove dans toutes les directions puisqu'"Anokha" entrecroise danse urbaine et styles traditionnels de l'Inde du sud (le Bharatanatyam) et du nord (le Kathak) présentant un "Passage de la rue à la scène, de la scène au Temple" (dixit le texte du programme). De cette "Danse des Dieux et des Hommes" (sous-titre du spectacle), il se dégage une force et une poésie impressionnantes. La virtuosité des danseurs, la qualité des acrobaties ou la justesse des figures ne se remarquent presque plus, tant on est emporté par la Beauté et la Spiritualité.