13 juillet 2001
On voit que le festival aborde sa dernière ligne droite et que les festivaliers commencent à accuser la fatigue : il n'y a presque plus personne lors des petits déjeuners. En l'absence de public, nous avons donc démarré notre émission sur Trans'Radio dans un cadre plus calme que d'habitude. Alain Arsac, des Fatche d'Eux, est d'abord venu nous raconter comment le groupe a vécu le concert qu'ils avaient donné la veille. Lui a succédé Corinne Falaschi (plus universellement connue sous le nom de Coco, qui s'occupe des relations presse du festival) avec qui nous avons discuté de la rapide montée en puissance de la réputation des Suds au fil des ans. Puis Mathieu Chanut (spécialiste des musiques portugaises) s'est installé derrière le micro pour nous livrer ses impressions de festivalier et parler du concert que Dona Rosa va donner le 20 juillet au Musée de l'Arles Antique. Tandis que Rabih Abou Khalil venait nous rejoindre, un bol de café au lait à la main, Mathieu a engagé la conversation avec lui, une conversation brillante et conviviale qui s'est poursuivit sur l'antenne. Nous avons conclu notre émission en compagnie d'Agnès, de l'association "Paroles de Femmes", venue annoncer les débats publics avec les artistes qui se tiennent à l'espace Van Gogh.
A 11heures, a débuté le conciliabule au Musée Arlaten, une déambulation avec la conservatrice du musée ponctuée d'interventions de Dan Jacobi et Jérôme Vion (qui ont improvisé un fort joli passage en soufflant dans des coquillages dans la salle consacrée aux navires) et de Tayeb Benarama surgissant là où on ne l'attend pas.
Ce principe muséographique et déambulatoire avait été inauguré l'an dernier avec Francis Bebey, qui nous avait offert un parcours poétique tout en égrenant sa sanza. L'esprit de notre ami disparu soufflait encore plus fort ce matin, tel un courant d'air espiègle passant de salle en salle.
A la même heure, le groupe Saraï commençait son concert à l'espace Van Gogh. Originaires de Montpellier, ils mixent les influences afro-tzigano-méditerranéennes.
Une demi-heure plus tard, Guy de Cavaco (groupe marseillais au cœur brésilien) investissait la place Paul Doumer. Dans le public, un spectateur enthousiaste frappait des mains en rythme : le bassiste des Pink Martini (sur qui toute l'équipe s'accorde pour leur décerner le trophée des "Artistes les plus gentils de l'édition 2001").
A l'heure de la sieste, les cigales se sont mues en carioca languides sous l'effet serein de la guitare brésilienne de Jean Philippe Crespin
A 18h, place Paul Doumer, la Roquette accueille un homme et ses tubas. Daniel Malavergne nous offre un One Man show burlesque, revisitant un répertoire classique et populaire dans lequel son encombrant instrument peut rentrer. Entre chaque changement de direction, il revêt un nouveau costume.
A 19h30, débutait le concert très attendu de Nena Venetsanou, grande chanteuse grecque qui se produira dimanche dans la petite église de Salin de Giraud. Un peu tendue au début, elle s'est peu à peu ouverte pour terminer en donnant toute l'ampleur de son talent. Une voix sublime, une musique épurée qui puise autant dans le patrimoine grec que dans des compositions actuelles et des textes issus, là encore, de recueils de poèmes antiques ou modernes… le tout dans le cadre magique de la cour de l'Archevêché. Un beau moment précieux, mais qui manquait de magie.
Le concert qui se donnait ce soir-là au Théâtre Antique était l'un de ceux que nous attendions le plus. A l'affiche : les frères Rizwan et Muazzam Ali Khan (neveux du grand Nusrat Ali Khan) suivi de Diego Carasco. Un voyage des qaawali au flamenco, du Pakistan à l'Andalousie, si éloignés géographiquement mais aux liens musicaux évidents.
Nous n'étions pas les seuls à attendre cette soirée avec impatience : dans le public, on pouvait croiser (entre autre) Pépé Linares ainsi que Bijan Chemirani et les Dupain, venus exprès de Marseille.
Dès les premières notes, le public est entré dans le qaawali, musique pourtant porteuse d'une tradition très rigoureuse héritée des chants soufi. Ceux qui ont vu Nusrat en concert ne peuvent manquer de souligner les faiblesses techniques de ses héritiers. Mais comment ceux-ci pourraient-ils soutenir une telle comparaison ? L'énergie des frères Ali Khan est ailleurs, dans quelque chose qui pourrait être comparé à ce que dégage le rock. D'ailleurs, dans le public, se côtoyaient une danseuse de flamenco et un rapper en pleine figures hip-hop tandis que quelques mètres plus loin un jeune maghrébin entrait quasiment en transe, emporté par sa propre danse. Chacun retranscrivait son ressenti dans son style.
Sagement assis au début du concert, les spectateurs se sont vite levés en frappant dans leurs mains pour terminer en une foule dansante et transportée.
Puis, Diego Carasco est monté sur scène. Venu de Jerez, il s'est attiré les foudres des puristes du flamenco à grand renfort d'expérimentations musicales. Mais Diego est avant tout un amoureux des textes et de la poésie. Tout son être s'inspire de la poésie. Sorte de Tom Waits du flamenco, il a déboulé sur scène sa guitare à la main, débutant le morceau avant même d'arriver devant les micros pour une chanson d'amour hallucinée. Puis il a quitté la scène illico, alors que la dernière note résonnait encore. Ses musiciens se sont alors installés derrière leurs instruments et il est revenu. Cette entrée en matière donnait bien la dimension du concert : hors norme, partant parfois dans du n'importe quoi musical pour vite revenir au fil conducteur, porté par ce personnage charismatique et généreux. Les gradins se sont vidés à une vitesse impressionnante. Mais le quarteron qui était collé contre la scène semblait scotché, communiant littéralement avec les artistes.
Le lendemain matin, les commentaires allaient bon train, la plupart des spectateurs ayant détesté le concert. Mais les rares qui le défendaient le faisaient avec une telle passion qu'en dépit de la fatigue festivalière générale, les controverses étaient animées.
Magali Bergès
Interview des Fatche d'Eux
Interview de Rabih Abou Khalil
Interview d'Agnès de "Paroles de femmes"
|  A l'apéro, on apprend le nom de l'héritier Fatche Matéo. | |  La sieste suave et brésilienne de Jean Philippe Crespin. |
|  Importé à Marseille par Guy do Cavaco la samba des favelas de Rio fait danser les grillons. | |  Nena Venetsancu et ses compagnons de magie. |
|  Les héritiers de Nusrat ont certes du chemin avant de rentrer dans le costume mythique de leur oncle. | |  Mais Rizwan et Muazzam n'en sont pas moins de grands fournisseurs de transes. |
|  La modernité du Flamenco de Diego Carrasco effarouche les puristes… | |  …et ravi les curieux. |
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