12 juillet 2001
Comme chaque matin, l'émission d'Antoine Chao et de Mondomix diffusée sur Trans'Radio s'est encore faite à l'arraché. Alors que nous redoutions d'être bien seuls face à nos micros, nous nous sommes retrouvés avec une pléthore d'invités. Tout d'abord est arrivé Dan Jacobi qui, avec son complice Jérôme Vion, anime l'atelier de la Plasticofanfare. Chaque jour, ils amènent leurs stagiaires jouer dans un lieu public. Aujourd'hui, grand jour (ou plutôt grand soir, ils intervenaient au Théâtre Antique en transition entre les deux concerts. De surcroît, dans l'après-midi, Dan et Jérôme (sous l'identité du duo Sonobionik) émaillaient la sieste musicale d'interventions basées sur des chansons de Paolo Conte, Boris Vian, Bobby Lapointe.
Notre petit déjeuner radiophonique s'est poursuivi avec Tayeb Benarama (lui aussi maître de stage sur un atelier d'expression corporelle) vite venu rejoindre son ami Dan au micro . Aujourd'hui ils croiseront leurs ateliers, mini événement qui est symptomatique de ce que vit le festival cette année. Est-ce parce que les ateliers sont au cœur de la ville ? Parce que les Suds semblent avoir trouvé leur public à la fois chaleureux et attentif ? Pour cette édition 2001, tout se passe comme si les spectateurs entraient pleinement dans la dynamique que leur proposent les Suds depuis 6 ans, se coulant au rythme du programme et s'adaptant aux différentes plages. Les artistes ne recevront pas le même type d'écoute selon le cadre où il se produit : cool et ouverte aux découvertes lors des siestes musicales, festive pour les scènes en ville, exigeante tout au long des moments précieux.
Vers 10h 45, en fin d'émission, est passé Manu Théron, juste avant son premier concert de la journée, fixé à 11h 30. Arrivant à peine de Marseille en voiture, il a pris son petit déjeuner avec nous tout en nous parlant de son Lo Còr de la Plana. Ce "Chœur de la Plaine" est né d'une initiative du quartier où vit Manu, à la Plaine (Marseille). Les habitants lui ont demandé de monter un atelier de chant. S'est ainsi créé un chœur d'hommes ("Le Cor de la Plana") qui interprète en provençal des chants -pour la plupart marseillais- issus du répertoire traditionnel ou des chansons révolutionnaires du XIXème. C'est superbe.
Tout d'abord parce que ces grands gaillards, que l'on imagine facilement à la terrasse du bar de la Plaine ou jouant au baby-foot, n'ont pas besoin de tenir de grands discours sur l'Occitanie ou l'identité culturelle. Ils sont dedans, au quotidien et dans leur art. Ils ne trichent pas, n'ont rien à prouver à personne, essayant juste de faire de leur mieux . Humbles et sensibles, ils chantent avec tant de cœur et tant de tripes que leur sincérité ne peut qu'atteindre. Et en plus, ce qu'ils chantent est beau.
C'est là la force qu'apporte Manu Théron. Refusant les compromis ("mièvrerie" est un mot qui lui est inconnu), il va chercher l'essentiel avec un mélange d'exigence, de nonchalance feinte et de fragilité.
Autre moment fort de la journée, moins bouleversant mais plus attendu (des spectateurs étaient venus de St Etienne pour y assister) le concert de Rabih Abou Khalil. Ce grand musicien libanais jouait ce soir à guichet fermé dans la cour de l'Archevêché. Maître de oud, cet expérimentateur de fusion fait s'imbriquer jazz, musique traditionnelle ou contemporaine. Quoiqu'il s'en défende, sa musique peut parfois tourner à la démonstration de virtuoses car il s'est entouré de musiciens hors pairs. Musicalement, on est dans le haut de gamme, la haute qualité. Pas de fausse note, pas d'à peu près. Que des envolées impeccables.
A la fin du concert, une rumeur bruisse : "Jean-François est parti pour la maternité". En effet 2 grands sujets préoccupent les festivaliers : le bébé et les turcs. Ayant trop fait la fête après leur concert, les musiciens d'Okay Temiz n'ont pas pu se réveiller et ont raté le train qui devait les conduire vers leur avion. Puis ils ont raté le 2ème train qui aurait pu les ramener vers Paris. Ils sont donc restés bloqués à Arles, ce qui pose de sérieux problèmes puisque -par une mauvaise coïncidence- toutes les personnes parlant le turc ont quitté la ville (même le vendeur de Kebab). Après bien des déboires, ils sont enfin arrivés à Roissy. Mais à l'heure où j'écris ces lignes, ils seraient perdus dans l'aéroport…
Mais le vrai grand sujet autour duquel tourne la plupart des conversations est la paternité imminente de Jean-François Veran, membre du duo arlésien les Fatche d'Eux, qui sont programmés cette année au Théâtre Antique, en première partie de Pink Martini. Imaginez la pression pour les Fatche : jouer sur la grande scène, dans leur ville et dans un festival dont ils sont des piliers, en première partie de la tête d'affiche qui attirera le plus grand public. Et l'arrivée de ce bébé vient encore rajouter une dose d'affectif.
A 20h 30, je croise Jean-François qui part à la maternité. Il en revient à 21h15 et monte sur scène à 21h 40 avec son comparse Alain Arsac. Un tonnerre d'applaudissements les salue. Entre Mondomix et les Fatche, c'est une grande histoire d'amour depuis que nous les avons rencontrés en 1999, lors de nos premiers Suds à Arles. Depuis, nous suivons avec attention ce qu'ils font; mais là, ils nous ont surpris. En marge de l'accordéon et de la guitare (plus quelques instruments bizarres, genre "pouet-pouet" en plastique), ils ont intégré des samples qui meublent l'espace sonore. Ainsi, sur la chanson intitulée "L'OM", des cris de foule dans un stade sont diffusés en arrière plan. Et les nouvelles compositions sortent le duo du carcan "guinguette provençale" : interprété uniquement en voix/ bendir, le morceau "Objectif prunes" (chanson sur les contraventions) flirte avec l'électronique. Et puis, ils ont acquis une grande maîtrise scénique sans perdre leur fraîcheur. Il sont à l'aise, blaguent avec les gens, installent très vite leur univers poétique et rigolo.
Les Fatche d'Eux ont fait un tabac. Et comme le précise Alain, "même s'il y a avait toute la famille et les copains, ça ne fait pas 3 000 personnes ! Il y avait des gens qui ne nous connaissait pas du tout et qui ont aimé quand même". Difficile de résister à leur joie de vivre, leur enthousiasme.
Après la tornade Fatche, Pink Martini paraissait bien trop sage. Avant tout , il faut souligner que les membres de Pink Martini sont comme le titre de leur album : "Sympathiques". Depuis leur arrivée à Arles, ils essayent d'assister au plus de concerts et d'animations possibles, avec gentillesse et bonne humeur. Une simplicité à l'opposé de ce que l'on pourrait attendre d'un groupe mondialement célèbre. Mais, là où les choses se gâtent, c'est musicalement. Ce n'est pas tant le fait que leur répertoire soit majoritairement composé de reprises qui fait tiquer. Ce sont les orchestrations. Tout est bien calibré mais manque cruellement de sens (on est ici à l'opposé du " Cor de la Plana ", au répertoire également basé sur des reprises. Pas le même genre de reprises, mais des reprises tout de même). Pink Martini est un grosse machine qui tourne bien, de manière prévisible ; si prévisible que l'on peut presque anticiper chaque note. Mais le groupe jouit d'un atout maître : la chanteuse China Forbes. Elle a une belle présence et une voix superbe qui arrive parfois à faire oublier le reste.
Magali Bergès
Interview de Lo Còr de la Plana
Interview de Tayeb Benamara
Interview de Rabih Abou Khalil
|  Et sonne l'heure de l'apéro dédicace. | |  Le "Cordelaplana" enveloppe glorieusement la "roquette" arlésienne. |
|  La maestria colorée de Rabih Abou Khalil brille au crépuscule. | |  Haute technicité, vélocité et histoires drôles. |
|  Un papa Fatche phosphorescent. | |  Un parrain Fatche éblouissant. |
|  La séduisante chanteuse des Martini Roses n'a pas réussi à nous faire oublier le goût du pastis. | |  A "l'appartement", lors de l'after, le groupe Piaxo prolonge l'ambiance jazzy loundge. |
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