Comme chaque jour, nous débutons la journée devant les micros de Trans Radio avec Antoine Chao et nos invités. Saluons cette émission quotidienne qui a permis aujourd'hui encore : 1) à un des membres du duo Mondomix de se réveiller tout à fait (ce qui n'est pas une mince affaire) 2) de rencontrer un grand bonhomme en la personne d'Okay Temiz. A vrai dire, avant de commencer, nous étions quelque peu inquiets de l'absence totale de traducteur turc. Mais l'émission s'est faite dans un joyeux mélange de français et d'anglais, dans lequel Okay nous a expliqué, avec photos à l'appui (ce qui n'est pas des plus pratiques à la radio...), tout le travail qu'il accomplissait depuis des années -via des ateliers de percussions- auprès de jeunes spasmophiles ou de quidams ordinaires. Puis il nous a raconté comment, dès le lendemain du tremblement de terre en Turquie, il avait mis en place un orchestre improvisé de 400 enfants pour les aider à évacuer le choc psychologique grâce à la musique. Lui ont succédé Bassekou Kouyaté et la journaliste Hélène Lee. Le jeune virtuose de ngoni nous a confié que son admiration pour John Lee Hooker l'avait conduit à envisager un projet discographique, évidemment stoppé par la mort du bluesman. Après un apéro dédicace qui nous a notamment permis d'écouter Christina Rosmini (chanteuse espagno-italiano-corso-marseillaise), nous nous sommes doucement acheminés vers la fin d'après-midi et le musée de l'Arles Antique où Okay Temiz faisait une merveilleuse performance solo. Musicien exceptionnel, il sait tirer des sons inouïs de sa batterie ou de percussions traditionnelles. Dans l'attiédissement de fin d'après-midi, nous avons rendez-vous avec Zaragraf à l'espace Van Gogh. Ce jeune groupe semble tout droit sorti du film d'Emir Kusturica "Le Temps des Gitans" : même instrumentation, même cache de plastique sur les lunettes. La chanteuse interprète la même chanson " Ederlezi " avec une voix de jeune garçon. Une jolie surprise nous attendait à l'archevêché, où le groupe Samaguera distillait de purs moments de poésie mandingue. Ces musiciens remarquables, menés par Bassekou Kouyaté, créent une atmosphère totalement acoustique et traditionnelle empreinte d'une grande modernité. Essentiellement grâce aux inventions de Bassekou (qui amène les cordes de son ngnoni vers des horizons nouveaux), mais aussi par le vécu même de Kassé Mady Diabaté (légende vivante au Mali). De part son refus des compromis, les apparitions de ce grand chanteur sont devenues rares et le public international ne l'a entendu ces dernières années qu'au travers d'un duo avec le groupe flamenco Ketama et surtout sur "Kulanjan", le lumineux album de Taj Mahal et de Toumani Diabaté. Logiquement à sa place dans les "Moments précieux", le concert se déroulait avec toute la délicatesse que l'on attendait lorsque a déboulé Soriba Kouyaté. Le grand joueur de kora vit à Montpellier et, lorsqu'il a vu les affiches annonçant le concert placardées dans la région, il a pris sa voiture et est venu jusqu'à Arles rencontrer ces fameux musiciens. Sa kora sous le bras, il est monté sur scène, et nous avons assisté à une belle joute entre Soriba et Bassekou, où kora et n'goni partaient vers des franges de musiques expérimentales improvisées. Le concert achevé, la cour de l'archevêché se vidait comme à regret. Vite, les techniciens y installaient l'écran pour la projection de "Vengo" de Tony Gatlif. Eminemment flamenco, cette histoire de vendetta, de soleil, de musique et de passion, terminait cette deuxième soirée du Festival des Suds.