Arles / 10-16 juillet 2000
Serait-ce l'été ? Si la météo permet de se le demander, la programmation des Suds balaie tous les doutes. Dans les milliers de petits prospectus qui annoncent le programme, il fait résolument beau.
Les Suds est résolument un festival de femmes, et cette dernière journée l'a prouvé avec éclat. Sonia M'Barek a ouvert les festivités et Natacha Atlas a fermé le bal. Dans cette trajectoire qui est partie de l'académique arabo andalou pour se finir en egypto-fusion brille au-dessus des autres une nouvelle étoile. Cristina Branco, resplendissante et bouleversante. Cette dernière journée avait commencé avec les derniers petits déjeuners (préparés par les femmes d'une association de quartier) pris en commun tous les matins dans le cloître qui sert de bureau du festival. En réponse au feu d'artifice de la veille, elle se présentait comme un bouquet final d'authenticité et de moments vrais. A 11 heures, nous courrions simultanément dans tous les sens. Sur le marché, Guylaine Renaud et ses compères polyphonistes (dont des chanteurs italiens) donnaient des aubades. Se promenant en chantant au milieu des badauds, des melons et des tomates ils entraînaient les passants dans des joutes vocales. Un peu plus loin Martin (des I Muvrini) et Cristina Branco débattaient au cours d'un forum Fnac où la belle chanteuse nous offrit un mini concert, en avant-goût de celui du soir. Pendant ce temps, la parade des percussionnistes défilait dans Arles. Et un peu partout dans la ville, on pouvait entendre de la musique Puis, comme le veut la tradition des Suds, nous avons foncé vers l'apéro-dédicace pour y retrouver nos donneurs d'aubades, Christina Branco et une batucada arlésienne. Très simplement, là, en pleine rue et sans micro, Christina nous a interprété un chant a-cappela, faisant couler de premières larmes d'émotion dans le public. Tout en essuyant nos yeux, nous nous sommes précipité vers le repas de quartier de la Roquette. Une autre tradition sympathique au cours de laquelle tout le monde amène à manger et s'assoit autour de tables dressées sur une placette. Francis Bebey était déjà attablé, sans se douter de la surprise qui lui avait été préparée. C'était aujourd'hui son anniversaire et nous l'avons fêté de manière impromptue avec les habitants du quartier qui ont ovationné le poète tandis que les Fatche d'Eux (pas une fête des Suds ne peut se passer d'Eux) nous donnaient un concert. A 17 heures Francis était l'invité de " Paroles de femmes ", une association de femmes d'un quartier arlésien qui a organisé de chaleureuses rencontres avec les artistes tout au long du festival. Une heure plus tard, tandis que monsieur Bebey partait dédicacer quelques ouvrages, les aubades reprenaient. A 19h 30, Faytinga gravissait les 3 marches de bois qui mènent à la scène de l'archevêché. Sa grâce et son groove erythréen ont conquis les spectateurs en quelques secondes. L'un des grands atouts du public d'Arles est sa qualité d'écoute et son aptitude à être toujours friand de découvertes. Les musiques un peu radicales ou atypiques ne l'effraient pas, bien au contraire. Faytinga eu du mal à sortir de scène, tant les gens se précipitaient pour la féliciter, la prendre en photo ou simplement l'embrasser. Pendant ce temps, Cristina Branco terminait sa balance tandis que dans un coin derrière la scène, Paco El Lobo jouait superbement de la guitare, tranquille, tout seul dans un coin, pour saluer la semaine qui venait de s'écouler. Tout ceci au milieu des ruines antiques avec la voix de Cristina en fond sonore. Inoubliable et éphémère. La nuit tombait et un froid d'hiver s'installait sur la ville. C'est une Cristina Branco un peu frigorifiée qui est entrée sur scène. Parler de son talent, de sa voix ne suffit pas. Elle va bien au delà. La jeune portugaise a l'étoffe d'une très grande. Pourtant timide, elle parle avec le public, sourit et fait verser des larmes, dues non pas tant à la tristesse du fado qu'à l'émotion. Cristina Branco, si belle et si simple. Aux antipodes du style épuré de la jeune chanteuse de fado, a succédé l'égypto-fusion efficace de Natacha Atlas. Moulée dans une tenue transparente, noire et à paillette, Natacha danse sans compter, épaulée par d'excellents musiciens. Le mélange entre instruments traditionnels acoustiques et samples est fait très intelligemment et fonctionne admirablement. Le public danse joyeusement et si les gradins se vident, c'est à cause du froid qui devient insupportable. Natacha Atlas est même obligée de couvrir d'un châle son généreux décolleté. Pour le dernier morceau, elle finit en beauté en laissant des spectateurs (surtout des enfants qui iront l'embrasser) monter sur scène pour danser avec eux. " Tu vois, me souffle une marseillaise, c'est une cagole ( =fille un peu vulgaire en argot marseillais ) mais c'est une bonne cagole ".
Le re "pas de quartier" des Fatche d'Eux sur la place de la roquette d'Arles
Joyeux anniversaire ! Les habitants d'Arles font une ovation à Francis Bebey pour célèbrer ses 20 ans ( c'est lui qui l'affirme) de manière totalement improvisée
Faytinga. Grâce et groove
Les saveurs technologiques de l'orient pour clore un festival enchanteur