13 juillet 2000
Ce matin, heureuse surprise en lisant les journaux : Libération et le Monde, les deux grands quotidiens français, ont chacun publié un long article sur Francis Bebey à l'occasion de sa venue à Arles alors qu'il y a bien longtemps que les médias ont oublié de publier quoi que ce soit sur ce grand monsieur. Serait ce un effet du aux Suds ?
Côté concert, la journée s'ouvre à 11 heures avec La Talvera. Cette formation née dans la mouvance de la renaissance de la culture occitane est avant tout un groupe pour faire danser. Qu'on se le dise, bonnes gens.
Dans une rue, nous croisons les Fatche d'Eux (Arles est tout petit) qui se prépare à une réunion avec les détenus de la prison centrale. Ils y animaient un atelier chanson qui a été déserté brutalement alors qu'un Cd était en préparation. Et cette après midi, doit avoir lieu l'explication qui éclairera cette situation incompréhensible.
A 15h 19, nous sommes à la gare, attendant de pied ferme Francis Bebey qui arrive par le train de Paris. Toujours aussi charmant il est ravi d'être là et très sensible à l'hommage que lui rend le Festival à travers différentes manifestations. Toujours aussi fin, il enchaîne jeu de mots sur blagues. Pince sans rire, Avec un air faussement naïf, il demande aux interlocuteurs qui le flatte " Vous assisterez au concert, ce soir ? Oui ? ah… alors je viendrai aussi… " ou encore " Vous voulez une interview ? Ma foi, je ne sais pas ce que le festival a prévu pour moi ( à mi voix) J'ai cru voir une grande marmite sur la place, j'espère qu'elle ne m'est pas destinée….. "
En fin d'après midi, tout en buvant du thé à la menthe, les femmes du quartier de Barriol reçoivent des artistes programmé lors du festival. Cette association, baptisée " Paroles de Femmes " accueille aujourd'hui Guylaine Renaud et Maryam Chemirani. Le débat intimiste entre ces femmes atteint très vite une parole simple, d'une grande lucidité et pleine d'espoir. Des mères de famille sont venues assister à la discussion avec leurs enfants, ont préparé des pâtisseries..
A 19h 30, Francis Bebey monte sur la scène de l'archevêché. Nous savons que nous allons avoir droit à un moment de bonheur. Son air gourmand et malicieux laisse présager le meilleur. Musicalement, il est dans une forme extraordinaire ; son fils Toups l'accompagne et la grande complicité qui les lie rajoute encore en force. Très en verve, il nous régale de petits monologues entre les chansons, voire quelques dialogues avec son fils. Mais le plus souvent Toups est tellement plié, qu'il a du mal à répondre. Le public est emporté, charmé et réservera une standing ovation à cet éminent musicien et poète camerounais.
A cet homme du verbe, succédait une soirée toute instrumentale. Au Théâtre Antique, les battements des Tambours de Tokyo emplissaient l'espace. Très visuel et très spectaculaire, leur show intègre cependant une dimension spirituelle importante. On sent que le respect du rituel est sincère. Et le spectacle est magnifique.
A 23 heures, Doudou N' Diaye Rose et le Bagad Men Ha Tan (plus de 20 musiciens) sont entrés en scène. A l'heure où beaucoup se gargarise avec la connection celtico-berbère, le grand maître tambour sénégalais dévie l'axe au sud pour mieux le faire voler en éclats. Entre les binious bretons et les percussions sénégalaise l'accord est parfait, on est proche du traditionnel bagad mais augmenté d'un soupçon de chaleur qui rend l'histoire passionnante. Un peu cabotin en début de concert, prenant la pose de temps à autre, il se reprend vite en main plaisantant avec le public (notamment à travers une diatribe hilarante demandant d'aller acheter son CD).
Après plusieurs rappels les musiciens ont entonné le final, une chanson sur la paix où Doudou fait chanter le public. Tous les ingrédients sont réunis pour susciter des réticences. Et pourtant rien de factice dans ce final car Doudou a su amener les gens à chanter avec tant d'humour et d'humanité que lorsque les musiciens japonais sont montés sur scène, l'émotion est montée d'un cran.
Alors que beaucoup de musiciens célèbres sombrent souvent dans une attitude show biz, Doudou semble être parvenu à rester simple. A peine le concert fini, alors que les musiciens regagnaient les coulisses, il s'est gentiment assis sur le bord de la scène pour une scéance de dédicace. Comme ça, sans façon, en costume de scène.
Si l'on devait trouver le fil directeur de cette journée, c'est une éblouissante démonstration de simplicité de la part de deux monuments de la musique. Une fois encore, une leçon de sagesse africaine.
Magali Bergès

Le festival d'Arles est fait bien entendu
de belles découvertes, mais aussi
d'heureuses retrouvailles

Après la sieste musicale, l'heure est à la
rencontre féminine - aujourd'hui le
salon du collectif Paroles de Femmes
accueille Guylaine Renaud et Maryam
Chemirani et leur vision de la femme
méditérranéenne

Toute la sensualité et la chaleur
africaine se nîche dans la voix de
Valérie Gnahoré, la chanteuse
d'
Ano-Neko et
Ba
La Talvera s'est installé sur la place
Paul Doumergue pour nous faire
danser avec les chèvres

Un instant délicieux de poésie,
d'humour et de voyage où l'immense
Francis Bebey, visiblement jubile d'être
là

D'une précision parfaite et d'une
esthétique soignée -
Les Tambours de
Tokyo est le reflet spectaculaire et
puissant de toute une culture

La scène du Théâtre Antique se remplit
d'une rencontre étonnante et bruyante
entre tambours sénégalais et sonneurs
bretons
Edition 1999 du festival
Les Suds à Arles
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