Arles / 10-16 juillet 2000
Serait-ce l'été ? Si la météo permet de se le demander, la programmation des Suds balaie tous les doutes. Dans les milliers de petits prospectus qui annoncent le programme, il fait résolument beau.
Le Trio Chemirani au festival Les Suds à Arles 2000
VIDEO
Maryam Chemirani et Guylaine Renaud au festival Les Suds à Arles 2000
12 juillet 2000
Il fallait s'en douter après la soirée d'hier : la nuit fut longue pour certains festivaliers. Longue et mouvementée. Le lendemain, le festival regorge d'une suite d'anecdotes sur des gens restés bloqués dehors (un démontage de serrure, une tentative d'entrée dans un des hôtels les plus chics d'Arles via une échelle à 3 heures du matin…). Tous les gags de la nuit participent à une mise en forme de ce qui restera comme souvenirs marquants de l'édition 2000. Il est étrange de constater à quel point les correspondances heureuses et les rencontres foisonnent sur ce festival. Avec une série de personnes qui semblent en être au centre. On a un peu l'impression d'être dans un joyeux cyclone de musiques, de rires, d'émotions et d'énergie. A l'apéro dédicace, nous avons attendu très longtemps Manu Théron, Hakim Hammadouche et Bijan Chemirani dont la sœur Maryam Chemirani laissait régulièrement des appels sur toute messagerie susceptible d'être à proximité de son frère. Résultat des courses, avec sa comparse Guylaine Renaud, elles nous ont offert des a capella impromptus et touchants. Et quelques minutes après qu'elles aient terminé sont arrivés Hakim, Bijan et Manu, s'excusant d'un " Désolés mais on est bien… fatigués ". Alors nous sommes allés voir les gens fatigués qui se relaxent aux siestes musicales. Les transats d'aujourd'hui recelaient des voyages riches en émotions puisqu'on y naviguait guidé par Guylaine et Maryam. A 18 heures nous avons enfin pu voir Les Colombes " au grand complet ", leur joueur de ney ayant finalement réussi à obtenir son visa et à quitter la Tunisie. Grâce à ce musicien, la formation prend enfin son envol et justifie pleinement de son trophée obtenu lors des "Découvertes du festival d'El Jem ". Une heure et demie plus tard, le Trio Chemirani (le père et deux de ses fils) montait sur la scène du patio de l'archevêché. Il est fascinant de voir à quel point ils parviennent à transformer les percussions en instruments mélodiques. Ces virtuoses sont allés enrichir leur patrimoine iranien par des voyages en Inde, donnant ainsi une dimension artistique supplémentaire aux traditionnelles mélopées soufi. La vie est parfois truffée de coïncidences qui font croire à un agencement espiègle des hasards. Les Chemirani, qui remplaçaient un groupe kurde au pied levé, ont du intégrer quelques aléas durant leur prestation inspirée :des cloches toutes proches se sont mises à sonner en plein solo, un larsen fantôme hanta it un micro… Le théâtre antique affichait complet et plus aucun billet n'était disponible pour le concert du soir : la Familia Valera Miranda et Ketama. Toute la communauté gitane de la région se pressait sur les gradins pour voir Ketama, groupe mythique espagnol qui se produit rarement en France. En première partie, la Familia Miranda a donné un joli concert auquel le public a réservé un accueil chaleureux. Mais tout le monde attendait la suite avec impatience. Lorsque Ketama et ses 17 musiciens sont entrés en scène un frisson a parcouru la foule, vite calmé dès les premières notes. Une sorte de soupe faite de sons FM des années 80 a plongé une grande partie de l'assistance dans une consternation perplexe. Alors que je faisais part de ma déception à mon voisin, Sam Karpiena (des Dupain), celui-ci eu une réaction très révélatrice (et très " Dupain ") : " Ah bon ?… C'est un mauvais concert ? Je ne m'en rendais pas compte car je suis habitué à entendre les chansons de Ketama reprises par mes copains gitans et pour moi Ketama c'est une référence. Mais c'est vrai… Si c'était chanté en français, ça serait naze ". Le public désertait sérieusement les lieux lorsque les Gypsie Kings sont venus chanter en guests un morceau flamenco en acoustique. Et là tout a basculé. Le public a accroché. Du coup, Ketama s'est repris et a mis les bouchées double, finissant par faire danser l'assistance (sur du " Flamenco zouk ", dixit Hélène Lee du quotidien Libération). Ce qui nous a frappé aujourd'hui c'est aussi le chaleureux esprit de famille qui se dégage de ce festival. Et après avoir observé la joie de Mariam Chemirani lorsqu'elle guète les miracles qui s'échappent des mains de ses frères et de son père après avoir ressenti la tendresse qui émane du clan Valera Miranda lors qu'ils sont sur scène. On va faire un tour à l'after tout à fait caliente, mené ce soir par Antoine Chao, vous savez le frère de.