Arles / 10-16 juillet 2000
Serait-ce l'été ? Si la météo permet de se le demander, la programmation des Suds balaie tous les doutes. Dans les milliers de petits prospectus qui annoncent le programme, il fait résolument beau.
Pour tous ceux qui connaissent les Suds, la soirée du 11 juillet était l'un des moments les plus attendus. On savait qu'à partir de 22h, la cour de l'Archevêché s'emplirait de ces résonances méditerranéennes sans concession, de ces mélopées dont la moindre notes milite contre la mièvrerie et qui savent nous porter si haut. Bravo les gars, mission accomplie. La journée avait très bien commencé (tôt mais bien) avec une visite au Musée de l'Arles antique où Guylaine Renaud (des Gacha Empega) et Maryam Chemirani (de la célèbre famille des joueurs de Zarb du Trio Chemirani) anime un atelier chant pour les enfants du quartier de Barriol. Sympathiques, intelligentes, passionnées, rigolotes et lucides… les deux chanteuses font un travail remarquable. Puis nous avons foncé vers les fameux apéros dédicaces (sorte de baromètre de la journée festivalière) où les Dupain brillaient par leur absence mais où les percussions égyptiennes des Ganoub ont fait un carton. Pas de doute, cela augurait bien pour le soir. L'après midi se profilait, tranquille, rythmée par les interviews, les balances et le forum Fnac où Manu Théron (des Gacha Empega) fut excellent. De son accent marseillais traînant, il a fustigé les producteurs de world qui exploitent " la viande à festival… Quand je vois de pauvres groupes erythréens, que l'on oblige à se balader en costume folklorique et que l'on ne paye qu'à moitié parce qu'ils sont érythréens, moi ça me met en colère " (bon, il a été un peu plus grossier sur la fin, mais dans l'esprit c'est ça). Tout en approuvant, l'équipe des Suds se rongeait les ongles : le joueur de zarb Bijane Chemirani, qui devait jouer le soir même dans le trio de Manu, semblait être perdu/retenu en Angleterre. Allait il pouvoir venir ou jouerait il les arlésiennes ? Tout au long de la journée le suspense montait et il ne se dénoua que vers 20h 50. Ouf. A l'heure de l'apéritif (enfin l'heure où les autres prennent l'apéritif) Les Ginkobiloba investissent la scène du jardin d'été. Seule à la guitare, l'une de leur chanteuse se met à imiter …la trompette. A 19h 30, Les chants du riz (création autour de chants du Piemont, de la Catalogne et de la Camargue) se mirent à pousser sur la scène de l'archevêché. Parsemés de jolis moments, ils se terminèrent en une farandole partie de la scène pour descendre vers le public. C'est sur ce joyeux final que se refermèrent temporairement les lourdes portes car cette cour ancienne s'apprêtait à recevoir l'une des avant-gardes de la Méditerranée. Au programme Manu Théron trio, les Dupain et Ganoub un groupe égyptien qui oscille du plus pur traditionnel aux musiques électroniques. Le trio qui a ouvert le feu n'a encore rien enregistré. Aux côtés de Manu, célèbre polyphoniste marseillais, on trouve Bijane Chemirani -jeune virtuose du Zarb iranien- et Hakim Hammadouche génie algérien du Oud). Leur aisance, la cohérence et l'harmonie de l'ensemble peut laisser croire que la formation est rodée alors qu'ils ne travaillent ensemble que depuis peu de temps. Au-delà des frontières culturelles et géographiques, la connivence entre les musiciens paraît immédiate aux spectateurs. Puis leur ont succédé les Dupain. Pour eux, les Suds ont une dimension particulière puisque ce festival et sa directrice ont particulièrement œuvré pour contribuer à la renommée actuelle du groupe. Grosse charge d'émotion, donc, qui a su se transformer en énergie brute. L'un des morceaux a été si fort qu'ils ont dû sortir de scène quelques secondes. Nous avions des frissons. Et ce n'était pas du au froid… Un grand concert des Dupain. La barre était pourtant placée haut. Mais les Ganoub ont réussi non seulement à tirer leur épingle du jeu mais encore à entraîner le public aux rives d'un orient où souffle une brise électronique. Au sein de Ganoub cohabitent le dernier virtuose d'arghoul (double flûte vieille de 7000 ans) et des samples. Encore une découverte que le public français devra au festival des Suds. Saluons l'intuition de leur directrice avant d'aller nous coucher car il est 5 heures du matin et que demain s'annonce dense.