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Soul Power

Documentaire de Jeffrey Levy-Hinte
Le combat de boxe entre Mohammed Ali et George Foreman en 1974 au Zaïre appartient à la légende de la boxe. On sait moins qu'un festival de musique se déroula en amont du combat.




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// Soul Power, le documentaire de Jeffrey Levy-Hinte

Le combat de boxe entre Mohammed Ali et George Foreman en 1974 au Zaïre appartient à la légende de la boxe. On sait moins qu'un festival de musique se déroula en amont du combat.

Ce Soul Power du réalisateur Jeffrey Levy-Hinte devrait singulièrement tirer cet événement de l'oubli. Il en restitue la dimension épique, symbolique, ainsi que sa prodigieuse qualité musicale. Fondé sur les images filmées à l'époque, Soul Power commence par superposer l'angoisse des organisateurs face aux embûches logistiques et l'insouciance des musiciens ; dans l'avion qui les amène à Kinshasa, Celia Cruz et ses musiciens déclenchent une joyeuse foire, dansant et chantant à tue-tête, tandis que B.B. King tente de les accompagner à la guitare acoustique. Le film montre aussi l'enjeu de l'événement. Pour les musiciens afro-américains, ce concert en Afrique a une résonance bien particulière, et les voir prendre le pouls de cette société si proche et si lointaine est l’un des intérêts majeurs du film.

 

La figure de proue de cette conscience politique afro-américaine n'est toutefois pas un musicien mais Mohammed Ali, qui crève l'écran à chacune de ses apparitions. Au sommet de son art oratoire, il délivre des rimes aussi percutantes que ses crochets, véritable rappeur avant l'heure. Une succession de scènes savoureuses mènent au concert : Manu Dibango jouant du saxophone dans la rue parmi une troupe de gamins complices ; un groupe congolais esquissant un morceau de rumba au coin d'une rue ; le chanteur des Spinners s'essayant à un combat contre Mohammed Ali lui-même !

S'il prend le temps de mettre en place le décor, le film réserve sa plus large partie aux performances musicales, absolument ébouriffantes. Stars américaines et africaines se succèdent sur la scène, une première qui ne se renouvellera guère. Les Spinners ouvrent le concert, puis défilent Celia Cruz, Franco et Tabu Ley Rochereau, les stars locales, Miriam Makeba, The Crusaders, Bill Withers, B.B. King. Et tous sont au sommet de leur art ! Le film s’achève en apothéose avec la vedette du festival, James Brown, adulé jusqu'au Zaïre, qui délivre un The Payback tonitruant, avant que le générique ne défile (avec un étonnant à-propos) au son de Say it Loud - I'm black and I'm Proud.

Un seul regret : que cette immersion dans cet événement unique ne dure qu'1h33. On guettera la sortie Dvd, que l’on espère riche en bonus. En attendant, les fans de musiques noires, qu'elles soient américaines ou africaines, savent où aller à partir du mois de juin : dans les salles.

Bertrand Bouard




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