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Reportage au Sziget 2008


En plein mois d'août, Budapest accueille le plus gros festival européen, le Sziget. Au programme de cet événement riche en émotions : Deti Picasso, Kaliakra et Kultur Shock !


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Sziget 2008


"C'est ça aussi Sziget !" par Elsa Dahmani


Reportage en Hongrie au coeur du plus grand et du plus déjanté festival européen, le Sziget. Rires, larmes, émotions, une petite capsule de bonheur réalisée par Elsa Dahmani, accompagnée de notre envoyée très spéciale Laurence Haziza !


Le carnet de route de Laurence Haziza

Mardi 12 août 2008

Vue d’avion, Budapest pourrait bien être une ville de France, avec plus de forêts aux alentours et moins de champs cultivés. Une fois à terre, la ville est imposante et simple, avec ses fragments baroques, Art Nouveau, soviétique. Des boulevards comme des voies rapides, le Danube qu’on appelle ici Duna...

Il y a quelque chose de fin de siècle dans cette ville, ou se côtoie le flamboyant et la pauvreté. Pas de doute, nous sommes à l’est. Arrivées à Budapest, au cœur de la Hongrie, on est très excitées de découvrir ce qui nous attend : 400 000 personnes se cognent s’embrassent et s’amassent partout sur l’île d’Obuda, où s’étend le festival Sziget.

Jo Napot ! We want to go to Sziget !

C’est l’évènement du moment. The place to be! Partout, la ville s’organise pour recevoir les 400 000 personnes attendues. Plus d’hôtel, les trains pleins... Des petits bonhommes en jaune, surtout des filles, depuis l’aéroport jalonnent le parcours. Et une tonne de français partout, la seconde nationalité présente sur le festival après les hongrois.

Hier soir, pour l’ouverture: IRON MAIDEN!! Truc de dingue, énergie macabre à la puissance 60 000 personnes; on est soufflées ! Nous suivons les T-shirts Iron Maiden qui par millier nous amènent à la plus grande scène du festival. Nous découvrons là, un show à l’américaine mis en scène par des anglais de 25 ans de carrière (la moitié du public n’était pas née à leur début): A chaque titre tout change, les costumes, les décors, les thèmes (Au fait, ils racontent quoi dans leurs chansons?). La foule est en délire, des guitares jaillissent du public telles des drapeaux...

C’est sûr, on n’aurait jamais assisté à un concert d’Iron Maiden si la scène world et la scène tsigane ne nous avait pas attiré sur les lieux. C’est aussi ça Sziget, tu peux y voir Iron Maiden et... Koçani Orkestar !
 

Mercredi 13 août 2008

C'est autour des scènes world et tsiganes que le public français a depuis longtemps établi ses quartiers. Devant la scène world, des filles en maillot de bain et tout le monde pieds nus pour écouter Kalman Baloghl l’un des plus grands interprètes du cymbalum au monde, un hongrois. Un show époustouflant avec plein d’invites... magique !

Autre Grosse découverte : Kultur Shock sur la scène programmé par A38, une des haut lieux de la culture alternative de Budapest. Gino, le fondateur du groupe, chanteur au charisme décoiffant, est bosniaque. Il a trouvé refuge aux Etats-Unis pendant la guerre. Un des guitaristes (façon bouzouki) est aussi bosniaque, l’autre guitariste (facon rock), le batteur et la violoniste sont américains, le bassiste est japonais... le tout navigue entre mélodies balkaniques-orientales et poussées d’adrénaline death metal.

Sortie de la, rien de mieux a faire, pour nous remettre de nos émotions, qu’un shot de l’alcool local la Palinka, celle a la poire et au miel.

L’info du jour : Jack lang, notre ex ministre de la culture, a entendu sur France Infos une interview de Robert Lacombe, le programmateur français du festival : ça lui a donne envie de passer. La rumeur parle de sa venue demain.


Jeudi 14 août 2008

Le réveil est difficile ce matin, les astres peut-être ?

Nous arrivons sur le site. Juste le temps de nous diriger vers la scène Rom pour y rencontrer en avant première Kaliakra. Une sorte d’équipe nationale roumaine composée des meilleurs virtuoses, sélectionnés par « l’entertainer » Paul Tanicui, Cristinel Turturica au cymbalum (ex Taraf de Haïdouks), Ionica Minune (photo), Le Plus Grand Accordéoniste Du Monde, dixit Paul (il a joué pour Alain Delon, Catherine Deneuve et même Zinédine Zidane ! La classe internationale). C’est vrai qu’il est grand. Et dans son cœur aussi en nous offrant un récital privé, à 8 dans un algéco, et quelques gouttes d’une eau de vie faite maison. A en chialer d’émotion…
L’interview qui devait durer une demi-heure se transforme en deux heures de pur bonheur.
 
Vite, nous sommes en retard pour le prochain concert. Evidemment on se perd en chemin. On demande aux « petits bonhommes en jaune du Sziget », des filles, mais elles sont aussi perdues que nous. On se tourne vers deux types aux torses tatoués « I’m a Loser ». Ils sont picards. « Les Touffes Krétiennes ? Nous aussi on y va ». On se suit. C’est là ? La foule est en délire mais personne ne sait qui joue (typiquement Sziget). « Bouge ton corps public ! » C’est bien eux.
Sur scène, une énergie démoniaque et festive. Il faut absolument qu’on aille rencontrer ce collectif issu de plusieurs groupes (Fils de Tepus, Les Chevals, Les Hurlements de Léo, Rageous Gratoons…) qui sort son premier album. Nous nous faufilons vers les coulisses pour interviewer le Grand Pope  Pépito.
Là, Grand Dieu, en pleine interview, quelle surprise ! On ne l’attendait que demain, il est là ce soir : au dessus de nos têtes apparaît en plan serré un Jack Lang rayonnant et fier d’assister au show d’un groupe Made In France . Sacré Jack Lang. Attiré par les sons fanfaresques, il s’enchante de leur diversité musicale et nous aussi. Les Touffes, c’est un grand bal populaire remixé à coup de rock et de disco.
 
Mais au fait, le bal musette ou populaire, ne serait-ce pas le son de nos racines, notre folklore ? Et ces cuivres qui fusionnent, notre World à nous ?
Je pose la question à Jack qui ne sait que me répondre.
 
A demain
  

Vendredi 15 août 2008

Vers 23h, Selim Sesler, « La force d’Istanbul », le plus grand clarinettiste turc, s’installait sous la tante tzigane pour 2h d’émerveillement pendant lesquelles tout vibrait de ses sonorités profondes et langoureuses, sensuelles et festives. Il fait partie des artistes turcs que Fatih Akin a filmé dans son documentaire « Crossing the Bridge » (2005) et choisit pour la bande son de son film « Head On » (2003). La foule était en délire…


Samedi 16 août


Ah ces Russes !

Je vous aurais prévenu ! Si jamais vous entendez quelque part qu’une formation du nom de Deti Picasso passe prés de chez vous, courrez réserver des places ! Ils ne sont pas bavards, il est vrai, mais qu’importe puisque c’est sur scène qu’ils donnent toute leur dimension. 

D’origine arménienne, ils sont russes avant tout (dixit Bogdan, le batteur). Visuellement, ils sont beaux, colorés, souriants, un peu fous. Musicalement c’est un mélange de rock extatique et de folklore arménien. Un petit côté Police des premiers jours. Le public de la scène World est hypnotisé par leur son et par la superbe chanteuse, Gaya. Elle est magique de vivacité, court d’un bout à l’autre de la scène, danse et chante, tourne et fascine…

Je vous conseille d’aller voir la pochette de leur dernier album "Turbo Mairik" : une véritable œuvre d’art. A ne manquer sous aucun prétexte !

Un saut de puce vers la tente Rom (la scène world et la tente Rom se touchent presque).

C’est au tour des gitans du sud de l’Italie Aquaragia Drom et leur tarentelle endiablée. La jeune femme dans le public qui est montée sur scène pour rejoindre les musiciens aurait-elle rejoué la scène de désenvoûtement à l’origine de la danse, dont le nom vient de la fameuse affreuse araignée la Tarentule ? On ne saura jamais, mais ce fût impressionnant… et gai!

Dimanche 17 août 2008

Nous nous dirigeons vers la tente Rom où l'émotion est toujours au rendez-vous. La musique ici est un concentré d’humanité où l’on rit et l’on pleure. Nous entrons dans la danse avec Parno Graszt. Un groupe hongrois de musique folklorique traditionnelle issu d’un petit village de l’est du pays, 300 âmes à peine. Ils bouleversent le public (larme à l’oeil, véridique) qui fredonne presque toutes leurs chansons. Parno Graszt est composé des membres d’une même famille, tous musiciens, chanteurs ou danseurs. Lorsqu’ils se produisent en Hongrie, il leur arrive d’être jusqu’à 60 sur scène. Même la petite dernière, âgée de 6 ans, déjà douée pour la danse et le chant y participe. Lorsqu’on les écoute, une fraîche odeur de terre nous parvient… The Smell of the Ground ! Des Rroms, dans la tradition d’une époque qui n’est visiblement pas révolue.

J’entends dire que Karolina Made in Israel est à Sziget (voir dernier numéro de Mondomix). Je l’ai découverte il y a 4 ans avec son album Funset. Un petit détour par la scène A32 dédiée au dancefloor s’impose. Elle est accompagnée de ses amis Kutiman et Sabo pour un show électrifiant. Et ça bouge grave !

Le temps de regarder la lune et nous rejoignons la tente Rom pour un ultime concert (le petit cliché de l’éclipse a été réalisé par un généreux photographe J.J.J rencontré au hasard d'une allée. Merci Janos!). Ce n’est pas parce qu’ils seront cet automne les invitées du Théâtre de la ville que nous devons nous priver de Koçani Orkestar, la fanfare macédonienne dont la musique « Rromska Orientalna Musika » musique orientale Rom, est garante de la tradition des fanfares balkaniques. Ils allument tout sur leur passage. Et ici, chez les Roms, pas de contrainte de temps. Là ou ailleurs les concerts durent une heure, ici c’est plutôt deux.

C’est ainsi que ce Sziget se conclut pour nous, en fanfare !! Ce festival est d’une telle richesse, il faudrait encore bien des chroniques pour vous conter toutes les atmosphères traversées à chaque instant. Cinq jours d’une densité rare. Nous rentrons épuisées mais ravies…. La bohème quoi ! A très bientôt j’espère,

Laurence Haziza
 




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