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Racines électroniques


"L'ethno-techno" ou les "Racines Electroniques" démarrent avec Terry Riley, Steve Reich ou Philip Glass qui, pour créer leurs musiques savantes, s'inspiraient du raga indien ou des rythmiques africaines.


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Racines électroniques


Finalement, au cours du XXe siècle, rarement l'écart entre les musiques traditionnelles et celles des avant-gardes populaires n'aura été si étroit. Entre la plainte de l'esclave noir ramassant le coton dans le delta du Mississipi et celle du chômeur " black " errant dans les ghettos des banlieues des grandes métropoles occidentales, la différence tient dans l'instrument qui les accompagne. Le ghetto-blaster du rapper ne paraît pas plus sophistiqué que la guitare du bluesman, il y a 100 ans. Si ces deux musiques d'expression noire se rejoignent au cours du même siècle, il en va tout autrement du parallèle que l'on peut tracer entre la musique techno et les traditions musicales dont elle découle. Bien évidemment la techno et les autres genres qui s'y rapportent sous-entendent l'utilisation d'une armada d'instruments électroniques dont la genèse remonte à l'invention par le scientifique russe Leon Theremin, au début des années 20 du premier dispositif musical électronique, le theremin. Mais l'on peut noter que les caractéristiques structurelles de la grande majorité des musiques électroniques, rythmiques répétitives évoluant par lentes variations, trouvent une évidente analogie avec les musiques tribales percussives d'Afrique ou d'ailleurs. Les raves ressemblent beaucoup à une version modernisée des cérémonies initiatiques ou religieuses qui depuis l'aube de l'humanité mènent leurs participants à l'état de transe.

 

La techno est née dans la communauté noire de Detroit où de jeunes musiciens se sont mis à mélanger les techniques naissantes du Hip-Hop avec celles héritées des musiciens de la vague électronique Allemande des 70s ou des recherches sonores sur la musique Ambient de Brian Eno.
Ce qui nous intéresse aujourd'hui, "l'ethno-techno" ou les "Racines Electroniques" démarre sans doute encore plus tôt avec les aînés des pionniers des 70's Terry Riley, Steve Reich ou Philip Glass qui pour créer leurs musiques savantes s'inspiraient du raga indien ou des rythmiques africaines.
La technique du sample date du début des année 80 avec l'album My Life In The Bush Of Ghosts de l'incontournable Brian Eno et de David Byrne en vacances de Talking Heads. Cet album est fondateur car autour de grooves electro funk, les deux musiciens ont inséré en lieu et place des habituels parties vocales des enregistrements de Musulmans algériens récitant des extraits du Coran, des chants de montagnards Libanais ou les prières d'un exorciste. Quelques années plus tard c'est toute une génération d'allumés du sampleur qui aux rythmes tribaux de leurs loops de techno transe, rajoutent des couches de chants pygmés, de didgeridoo aborigène ou d'incantations tibétaines pour le plus grand profit des ravers, ravis de superposer les voyages. La démarche tient du procédé colonialiste et la valeur ajouté ne dépasse guère la touche d'exotisme.

 

Aujourd'hui la tendance est différente. On remarque que, suite à la chute du prix du matériel et aux facilités accrues des moyens de communication les musiciens du monde entier s'approprient les techniques numériques ou collaborent avec de jeunes sorciers de studio. Et l'on assiste à la création d'une musique électronique basée sur des sons et des logiques de traditions musicales ancestrales.
En Angleterre la communauté Indo-pakistanaise s'est rapidement emparée des outils et des techniques des musiques électroniques de danse donnant naissance à un mouvement distinct, l'Asian Vibes. Ce mouvement possède ses groupes phares et ses classiques. Les premiers à s'être fait connaître sont Transglobal Underground, groupe d'où est issue Natacha Atlas. Fundamental mené par Aki Nawaz (surnommé Propa-Ghandi), propose une musique plus radicale tant par son propos très politisé que sa forme proche du hardcore. Asian Dub Foundation sont aussi des militants, mais leur musique, mélangeant tous les courants actuels (rap, ragga, techno), séduit un plus large public. Talvin Singh a travaillé avec des musiciens aussi divers que Sun Ra, Björk ou des grands maîtres de la musique classique Indienne, et son album O.K. et la compilation Anokha, Soundz of the Asian underground qu'il a initié, sont de véritables chefs d'ouvres de la Drum N'Bass asiatique. En France on ne trouve pas de courant aussi reconnaissable que l'Asian Vibes. A cela on peut avancer deux causes. D'une part la musique populaire française ne possède pas d'identité globale aussi forte que celle venue d'outre manche et les communautés étrangères dominantes ont, soit leur propre forme d'expression hybride, "le raï" Algérien, où leurs artistes sont mieux diffusés, la musique africaine est largement présente en France.

 

Toutefois, des rencontres musicales très fortes se sont produites entre musiciens électroniques et musiciens d'inspirations ethniques ou régionales.
Frédéric Galliano est sans doute le musicien qui a poussé l'expérience le plus loin. Son label Frikyiwa est né de l'accouplement du célèbre label World Cobalt et du non moins fameux label techno F.Com. Frikyiwa a pour vocation de proposer des versions remixés de morceaux d'artistes du label Cobalt. D'abord distribués en vinyle, un cd regroupant les remixes de Nahawa Doumbia, Neba Solo, Ibrahim Hamma Dicko ou Djigui par Galliano, Doctor L et quelques-autres devrait être disponible à l'automne 99.

Frédéric Galliano
Frédéric Galliano

Mais, au-delà de la manipulation de bandes, de vraies rencontres se sont produites qui ont mené Fred Galliano a donner des concerts exceptionnels avec Nahawa Doumbia et à suivre la tournée d'été de Néba Solo.

Frédéric Galliano et Néba Solo sont passés au festival " Musiques Métisses " d'Angoulême à cette occasion, ils nous ont parlé de leur collaboration et Fred nous a donné son point de vue sévère sur ce ce genre d'expériences.

Toups Bebey est le fils de Francis Bebey, l'artiste camerounais le plus célèbre à ce jour, mais loin de rester dans l'ombre de son père, Toups multiplie les expériences afrobeat avec Paris Africans, fanfare ludique avec le Spirit Pan African Brass, african ou techno avec Pact. Dans l'interview qu'il a donnée à Mondomix il précise son parcours et donne son point de vue sur l'influence des musiques africaines sur la techno.

Pact
Pact


 

JP et Skender se connaissent depuis leur enfance à Montargis. JP, après des cours de piano classique part en voyages aux USA, devient ami avec D'Arcy, la future bassiste des Smashink Pumpkins et, en rentrant, reprend le magasin de musique paternel. Skender, français d'origine tunisienne, a trimballé sa guitare dans quelques combos new wave avant de devenir prof de musique à Montargis. Après 11 années d'études de la musique classique andalouse à Constantine et un début de carrière tumultueux en Algérie, Imed Dine finit par suivre la femme de sa vie à Montargis. C'est fatalement dans le magasin-studio d'enregistrement de J.P. qu'Imed Dine trouve ses nouveaux collaborateurs. C'est la musique électronique qui sert de lien entre les parcours dissemblables de ces trois artistes.
Skender et Imed nous racontent la richesse des dissemblances et des points de rencontre des membres de DNK.

DNK
DNK


"!Ya Basta" est le label par lequel les producteurs électroniques Philippe Cohen Solal et Christophe Muller se mélangent avec des musiciens venus d'ailleurs pour proposer des mélanges inédits. Avec Orlando Faria du groupe brésilien les Etoiles, ils ont fondé The Boyz from Brasil, longtemps avant que la fine fleur des djs français n'envisagent de se réunir autour d'un concept similaire pour la compilation Trip do Brasil chez Sony. En été 99, les Boyz from Brasil sortent leur 3ème maxi vinyle et envisagent un premier cd pour cet automne.

Boyz from Brazil
The Boyz from Brazil

 

Les expressions régionales participent aussi de ce mouvement. Le breton Denez Prigent, poussé par sa femme dans une rave, en ressorti non pas convaincu, comme il le pensait, que les machines ne valaient rien, mais avec une forte intuition de cousinage entre Fest-Noz et fête techno. Il applique depuis la formule avec succès.
Mais le métissage hexagonal le plus prometteur nous vient d'Ocitanie. Dupain est un trio fondé autour du chanteur Samuel Karpiena, transfuge du groupe de polyphonie Marseillaise Gacha Empega. Sam de Agostini assure avec finesse les percussions et Pierre Laurent Bertolino use avec tact d'une vieille à roue et parcimonie du séquenceur. Leur répertoire est basé sur des chants ouvriers occitans du 19éme siècle et l'alchimie des musiciens est proprement hallucinante. En tentant d'analyser froidement la matière de leur musique on en distingue les ingrédients folkloriques/technoïdes, mais l'effet provoqué par l'un de leur concert où l'écoute de leur démo (ils cherchent une production) est une expérience inédite. La conduite ferme mais subtile des percussions se mélangent sans heurt avec les loops des machines. La vieille à roue crée des textures où tension et sérennité s'alternent en dessinant des paysages surplombés par une voix émouvante et puissante. Dupain navigue entre régionalisme et universalité, tradition et modernité. Sans calcul ni candeur ils inventent avec humilité une musique aussi convainquante qu'innovante.

Dupain
Dupain

 

Voici donc quelques exemples de rencontres sur deux axes, géographiques et temporels, qui soulignent l'importance d'une démarche prenant joyeusement en compte les diversités culturelles du globe, son passé et son devenir. A ce prix les racines électroniques promettent des arbres aux fruits juteux.




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