L'inspiration d'Omar Sosa vient d'en haut, de ses ancêtres et des Orishas. Ah oui ! Orishas, on a entendu parler d'eux. Ils font du rap, non ? Pas vraiment. Ou plutôt, pas seulement. Un constat : la culture afro-cubaine s'exporte de plus en plus. De la récupération théâtrale à la Jérôme Savary aux cours de danse traditionnelle et fêtes religieuses dans les restos parisiens, les occasions de s'y frotter ne manquent pas. Reste à savoir jusqu'où. Quand on entend la musique d'Omar Sosa, l'envie de découvrir, de comprendre, de creuser, d'en savoir plus nous prend. Sur Mondomix, nous souhaitons vous apporter quelques clés afin de mieux rentrer dans l'univers de la population afro-cubaine, à travers leur histoire, leurs coutumes et leurs croyances. Bon voyage Ache !
Eleggua Il est le propriétaire des chemins et des portes de ce monde. Reflétant sa nature contradictoire, ses couleurs sont le rouge et le noir. Un enfant messager entre l'humain et le divin, il se trouve au carrefour des deux mondes. Il reconnaît les chiffres 3 et 21.
Eleggua par Omar Sosa
Omar Sosa
Les dieux s'éclatent pour le pianiste cubain Omar Sosa. Doté d'une humilité rare, il explique que son inspiration vient d'en haut. Il n'est que le messager d'une force supérieure. Si les dieux ne parlent pas, lui, il ne joue pas. On peut en déduire que les dieux d'Omar sont plutôt bavards. Le musicien a déjà sorti quatre albums au cours des trois dernières années et prépare la sortie du cinquième qui s'intitulerait " Colores Sagrados " (Couleurs Sacrées) au son plus folklorique avec en particulier la participation de musiciens Gnawas. On dit qu'il a assez de matériel pour faire encore vingt disques. Ecouter son œuvre c'est embarquer sur un voyage musical, accostant dans de nombreux ports de la Diaspora africaine, de Cuba à Equateur en passant par les Etats Unis. Jazz, Afro-Cubain, Afro-Equatorien, le rap et le soul. Toucher léger et cœur généreux, rencontre avec le grand Omar aux lunettes rondes et habits blancs sur le chemin de nos Racines...
L'Orisha du fer, de la guerre et du travail. Il est le maître de la technologie, souvent celle de la guérilla. Après qu'Eleggua ait ouvert le chemin, Ogun le nettoie avec sa machette. Ses couleurs sont le vert et le noir et il reconnaît le chiffre 7.
Ogun par Omar Sosa
Les origines de la population Afro-Cubaine
L'un des chapitres les plus tragiques et honteux de l'histoire de l'humanité est celui de l'esclavage. 100 millions d'Africains déplacés de leurs pays, ou morts pendant le voyage en mer ou dans les guerres liées à ce trafic d'hommes, de femmes et d'enfants innocents.
L'esclavage démarre au début du 15ème siècle avec des milliers d'Africains déportés vers l'Europe, en priorité, l'Espagne et le Portugal. Au moment où ces pays se lancent à la découverte des Amériques, y résident des Africains connus sous le nom de Ladinos. Ils sont emmenés à Cuba dès 1511-1514, en tant qu'esclaves ou esclaves affranchis. Mais ceci pose un problème aux colonisateur, car la familiarité des Ladinos avec la culture et la langue espagnole facilitent leur fuite. Les colons décident de rapidement importer les esclaves 'frais' d'Afrique. Profitant de leur implantation précoce sur le continent africain, ce sont les Britanniques, les Français et les Hollandais qui gèrent le plus gros du marché.
A Cuba, le trafic des esclaves commence plus tôt (1513) et se termine plus tard (1886) que dans tous les autres pays des Amériques et des Caraïbes. Après le massacre des indiens par Christophe Colombe, Diego de Velazquez et bien d'autres 'aventuriers intrépides', les colons espagnols se trouvent en manque de bras forts à exploiter et se tournent vers les esclaves africains. Au début le flux est plutôt faible mais ne tarde pas à prendre de l'ampleur. En 1762, au cours des dix mois de contrôle britannique sur La Havane, Cuba connaît une augmentation importante du trafic, avec 10,000 esclaves ramenés dans la ville. Le recensement de 1774 démontre une répartition de la population cubaine (avec un total de 172,620 habitants) entre 96,440 blancs, 31,847 noirs libres et 44,333 esclaves noirs. L'Espagne autorise le trafic d'esclaves à Cuba en 1789. Mais pas très loin, sur l'île de Santo Domingo (maintenant Haïti et la République Dominicaine) les esclaves s'organisent. La révolte de 1791 annonce le début de la fin de l'esclavage dans la colonie française. Ce qui entraîne une émigration des propriétaires français et leurs esclaves haïtiens vers les provinces à l'Est de Cuba. De nos jours en Oriente la langue et les traditions créoles restent très présentes.
Au début du 19ème siècle, la population noire de Cuba s'organise en associations basées sur les identités africaines, à la fois religieuses et nationales. Ces cabildos réussissent même à racheter la liberté de certains esclaves. En 1812 le leader noir libre Aponte prend la tête d'une révolte des esclaves et des noirs libres pour l'abolition de l'esclavage et la reprise du contrôle des mains des colons espagnols.
En 1817 la Grande Bretagne et l'Espagne signent un traité interdisant le trafic d'esclaves. La même année l'Espagne, sous la pression des Britanniques, cesse son trafic au Nord de l'équateur et s'engage à l'appliquer au sud dès 1820. La conséquence directe est une augmentation sauvage du nombre d'esclaves qui arrivent à Cuba, et ceci jusqu'en 1831.
En 1832 les colonies britanniques abolissent l'esclavage, exemple que les espagnols choisissent de ne pas suivre. Avec le démantèlement de l'Empire Oyo Yoruba par les Fulani Jihad, beaucoup de Yorubas sont vendus comme esclaves à Cuba. Soucieux de maintenir l'ordre sur l'île, l'Espagne instaure un consul en Jamaïque dont la mission consiste à se renseigner sur les activités abolitionnistes tandis que les Britanniques envoient à la Havane un Superintendant des Africains Libérés qui est chargé de faire respecter la cessation des trafics d'esclaves
Le bateau " Amistad " mutiné est capturé prés de Long Island et emmené à New London en 1839. Le gouvernement espagnol exige que les " assassins " et " mutins " soient rendus en Espagne. S'ensuit le procès bien connu qui confronte les défenseurs de l'esclavage et les abolitionnistes.
Les révoltes d'esclaves se multiplient. En 1843 une esclave, Carlota, prend la tête d'une rébellion à Matanzas et se fait tuer. Un an plus tard La Conspiration de l'Escalier est brutalement réprimée. Le poète Afro-Cubain, Placido, est exécuté pour sa participation présumée.
La diversité culturelle de la population cubaine ne vient pas seulement des mélanges entre hispaniques et noirs. En 1849 des Indiens Yucatean du Mexique sont ramenés en tant qu'esclaves. A la même époque des travailleurs Chinois arrivent en grand nombre. La population blanche tente d'instaurer un système de ségrégation afin de renforcer leur prétention à un position de supériorité.
Alors que l'Amérique fait pression sur l'Espagne pour acquérir Cuba, la libération des esclaves démarre en 1868 avec Le Cri de Yara (El Grito de Yara) de Carlos Manuel de Cespesdes qui est le premier à libérer ses esclaves. La même année, les Généraux Antonio Maceo et Maximo Gomez lancent la Guerre de Dix Ans contre l'Espagne. L'armée consiste en majorité d'Afro-cubains et compte 40,000 en 1870. Leur peur des soulèvements des classes populaires et leurr scepticisme envers la puissance de l'armée rebelle poussent les bourgeois créoles à capituler en 1878.
Finalement, le 7 octobre 1886 l'esclavage est aboli à Cuba. Pour des raisons économiques, il est plus rentable de libérer les esclaves et de les embaucher à la journée plutôt que de les entretenir toute l'année. Entre 1513 et 1886, 1.3 millions esclaves débarquent sur le sol cubain. Une histoire tragique qui va ironiquement donner la couleur culturelle à Cuba qui aujourd'hui constitue une grande part de sa richesse.
Obatala
Père de tous les Orishas et de l'humanité, il règne également sur l'esprit. La source de la pureté, de la sagesse, de la paix et de la compassion. Il utilise son côté guerrier afin de rendre justice dans le monde. Sa couleur est le blanc. C'est le seul Orisha avec des chemins masculin et féminin.
Obatala par Omar Sosa
La Santeria et les autres cultes Afro-cubains
Palo Monte, Briyumba Congo, Santos, Ifa, Regla de Ocha, La Table d'Orula, et les sectes comme l'Abakua, constituent la chaîne spirituelle de la culture afro-cubaine.
En trois siècles et demi, 1.3 millions d' esclaves ont été emmenés de l'Afrique à Cuba. La population Afro-cubaine comporte quatre groupes ethniques majeurs : Bantou, Yoruba, Ibo/Ibibio/Ijaw et Ewe/Fon. L'ethnie la plus importante est celle des Bantous, originaires du sud de l'équateur (Angola, Zaïre et l'ancien Congo). Ils se subdivisent ensuite en Bakongo, Abudu et Makua. Le peuple Bantou est à l'origine de la religion Palo Monte, toujours très présente à Cuba. Les trois groupes du sud-est du Nigeria Ibo, Ibibio et Ijaw sont arrivés à Cuba à partir de 1762. Une sous-ethnie des Ibibio, les Efik y ont importé la société Abakua, la seule société secrète qui ait résisté au déracinement. Le peuple Ewe/Fon est originaire du Royaume Dahomey. Suite à l'attaque du Royaume Yoruba sur le Dahomey, de nombreux Ewe/Fon arrivent à Cuba entre 1750 et 1800. Le peuple Ewe/Fon est à l'origine de la religion Regla Arara que l'on retrouve principalement à Matanzas. Venu du sud-ouest de Nigeria, le peuple Yoruba arrive sur l'île entre 1820 et 1860. C'est le second groupe ethnique africain à Cuba. Parallèlement, beaucoup d'esclaves du peuple Yoruba vont jusqu'à Bahia, au Brésil. Les pratiques religieuses des Yoruba deviennent la Santeria, la Regla Lucumi ou la Regla de Ocha à Cuba.
La Santeria est une religion de syncrétisme entre les pratiques religieuses animistes africaines et le catholicisme hispanique. En terme de politique de management des différents peuples souvent ennemis, les propriétaires d'esclaves africains pratiquent la bonne vieille politique du "diviser pour mieux régner". En permettant aux esclaves d'une même ethnie de se rassembler, ils renforcent ainsi leur identité régionale.
De cette façon, les Africains peuvent continuer en secret la pratique de leurs religions. Face au monopole de l'église catholique, les Africains finissent par assimiler leurs dieux (Orishas) aux saints catholiques. Ainsi est née la Santeria. Eleggua prend la forme de Saint Anthony, Ogun de Saint Pierre et Chango de Sainte Barbara. La Santeria devient la pratique religieuse prédominante de la population Afro-cubaine, même après l'abolition de l'esclavage. Guidés par les babalawos (les prêtres de l'Orisha Orula), les adeptes se réunissent dans les maisons particulières, à l'abri des regards peu approbateurs des catholiques et des athées. Près de 70% de la population cubaine possède des ancêtres africains et c'est une majorité qui pratique, de nos jours, une forme ou l'autre de la Santeria. Malgré l'interdiction de ces pratiques religieuses par la Révolution castriste, on dit que Fidel lui-même aurait fait un voyage d'initiation au Nigeria. La Santeria donne sa couleur et son rythme à une bonne partie de la musique cubaine contemporaine. Omar Sosa, fils d'Obatala et grand jazzman, nous invite à découvrir cet univers spirituel ancestral et universel.
Shango (ou Chango)
L'Orisha qui règne sur la tonnerre, les éclairs, le feu, les tambours et la danse. Le symbole même de la virilité, il est un guerrier redoutable à la colère rapide. Marié à Obba, cela ne l'empêche pas d'entretenir des relations amoureuses avec Oya et Oshun. Amateur des plaisirs de la chair, ses couleurs sont le rouge et le blanc. Il reconnaît les chiffres 4 et 6.
Shango par Omar Sosa
Les Batas
Les tambours sacrés de la culture Yoruba sont les Batas. Une famille de trois tambours à deux têtes, taillés dans du bois massif, recouverts de peaux de cerf ou de bouc (non castré), ajustées à la note exacte. Entre les mains des initiés, les olubatá, les tambours récitent des prières, des messages et de la poésie en langue Yoruba. Dans les cérémonies religieuses, les rythmes des batas provoquent des états de transes chez les adeptes. Iyá, Itótele, Okónkolo (le grand, le moyen et le petit) ont invoqué les dieux africains depuis des siècles. Introduits sur les terres Yoruba (aujourd'hui le Nigeria et le Bénin) il y a plus de 500 ans par le roi et Orisha Shango (Chango à Cuba), on retrouve leur traces au Nord-Est de l'Afrique, au Moyen Orient et même en Inde. Leurs ancêtres les plus anciens se trouvaient probablement au Soudan ou en Egypte. Les tambours batas sont les porteurs de la tradition ancienne et sacrée du peuple Yoruba en Afrique comme dans toute la diaspora noire des Caraïbes, du Brésil et des Etats-Unis. Leurs rythmes 6/8 complexes et variés, ont la réputation de ne pouvoir être joués que par les hommes les plus droits.
Orula (Orunmila)
Orisha de la divination et de la sagesse. Le seul Orisha qui a eu le droit de témoigner de la création de l'univers par Olorun. Ses prêtres, les babalawos, doivent se dédier entièrement à la divination en se servant de la Table de Ifa. Ses couleurs sont le vert et le jaune, ce qui reflète ses liens très proches avec Osain (qui détient les secrets des plantes) et avec Oshun, l'Orisha de la connaissance.
Orula par Omar Sosa
La Rumba Cubaine
Qui peut résister, quel corps reste insensible à l'écoute des rythmes des percussions cubaines jouées dans une rumba ? Comme une fontaine de vibrations qui jaillit de la vie même, la rumba - la fête populaire à Cuba - explose. Originaire des solars, les immeubles collectifs des quartiers pauvres de La Havane, la rumba se forme là où il y a des congas, des mains pour taper la clave (le rythme 3-2 ou 2-3 à la base de cette musique) et des gens qui ont envie de s'amuser. A quoi se rajoute un chanteur qui s'inspire des faits de la vie quotidienne dans ses improvisations. On peut danser la rumba seul, mais le plus souvent on la danse en couple sur une chorégraphie codifiée dans laquelle l'homme se lance dans des mouvements acrobatiques afin de toucher le sexe de la femme qui l'esquive tout en taquinant son prétendant. La rumba est également très répandue dans les prisons où les prisonniers chantent leurs aventures et malheurs. Son rôle social est souvent comparé à celui du rap Afro-Américain. Grâce à la diffusion de la musique cubaine sur le continent africain pendant les années 70, par des groupes comme l'Orquesta Aragon, des musiciens africains ont eu l'idée d'incorporer les rythmes cubains dans leur musique. Ce qui a donné naissance à la rumba congolaise. En Europe, depuis que la fièvre latine enflamme les pistes de danse et les salles de concert aux sons de la salsa et du merengue, l'intérêt pour la musique traditionnelle cubaine prend également de l'ampleur. Fête populaire du dimanche à La Havane, le Guatèque est arrivé à Paris. Rendez-vous tous les derniers dimanches du mois pour le Guatèque et tous les soirs pour un repas créole fait maison par Pepe au CAVA CAVA au 9 rue Moret dans le 11ème arrondissement.