Langon / 27-30 juillet 2000
Alors que Les Nuits Atypiques commencent à peine, quiconque arrive sur le lieu du festival a l'étrange impression de prendre un joyeux train en marche. Les festivaliers semblent emmenés par une dynamique dont les Nuits seraient le bouquet final. Il faut dire que depuis le 6 juillet, la Caravane Atypique sillonne la Gironde.
René Lacaille et Bernard Lubat au festival Les Nuits Atypiques 2000
VIDEO
Silk Road au festival Les Nuits Atypiques 2000
30 juillet 2000
Dimanche, le festival touche à sa fin. Dès le matin, dernière vague de débats avec en ouverture " Des citoyens contre la mal bouffe " (Oh ! On est en Gascogne ici ! Et il y a de choses avec lesquelles on ne plaisante pas.). A 16 heures, le Silk Road Music s'installait sur la scène de l'Estanquet. Ce trio de musiciennes chinoises composé de Qui Xia He, Yan Fen Yuan et Zhi Min Yu, a conquis le public tout au long de ces 4 jours sous forme de faux concert solo où les 3 copines se retrouvaient sur scène dès le 2ème tiers du spectacle. Là encore, un émerveillement face à leur talent, leur modestie, leur finesse et leur sensibilité. De purs moments de sensualité et de grâce. Puis sont venus El Arabi et son groupe. On avait déjà pu entendre le chanteur violoniste marocain 2 jours auparavant, en compagnie du Viellistic Orchestra. Il était là beaucoup plus dans son élément puisque la majorité de son répertoire était fait de pur arabo-andalou avec quelques détours harmonieux par la chanson occitanne. A peine avaient ils terminé que montaient en scène les Djiguiya. Comme ils ont été très présents au cours de ce festival et de la Caravane Atypiques (festivités itinérantes dans la région, en prélude aux Nuits Atypiques), les organisateurs avaient tenu à les remercier de leur générosité en leur offrant ce concert impromptu, rajouté au dernier moment dans le programme. Le groupe burkinabé s'est donné comme rarement, tel un feu d'artifice avant la fermeture du rideau atypique. Ils ont été magnifiques, offrant aux spectateurs leurs plus belles acrobaties. Et en retour, le public (en majorité des français) s'est mis spontanément à danser en cercle. Et quand Adama (le meneur de Djiguiya) a bondi de scène pour se joindre à cette ondulante, il nous a donné une belle preuve d'humanité. Il y avait là quelques handicapés qui spontanément ont été englobés dans la ronde. Et Adama est parti danser avec eux, sans pathos ni ostentation, valorisant les dévalorisés avec une belle joie de vivre. Pour la grande soirée, se concoctait un grand final "Segasconne". La famille Lacaille était venue de la Réunion pour rencontrer la compagnie Lubat (quelques allumés à géographie variable, regroupés autour de Bernard Lubat) venue d'Uzeste (petit village d'irréductibles occitans qui résistent vaillament à plein de trucs). Les Lubats avaient amenés quelques uns de leurs instruments bizarres et néanmoins personnels. Plus des invités. A 22 heures a commencé sur la grande scène de la Mosquée une sorte de bazar acoustique étrange. Les spectateurs commençaient à quitter les lieux lorsque sur une chanson de René Lacaille (l'un des frères Lacaille qui lui vit en France) les musiciens ont commencé à trouver la vitesse de navigation, le sens du vent et l'âge du capitaine. Et le bazar est devenu une fête où chacun apportait son manger. Patrick Lavaud a même pris son accordéon (Le directeur du festival a été très présent sur la grande scène tout au long de ce festival, puisqu'il a été choriste pour Danyel Waro et a dansé la biguine avec Annie Flore devant une flopée de spectateurs jaloux). L'espace scénique affichait complet.Les Djiguiya et leurs percussions sont même venus rejoindre la troupe bigarée. Environ 40 personnes sur les planches escortées d'une tripotée d'instruments divers et de machineries étranges (feux d'artifices qui explosaient directement sur scène ou canons lanceurs de paillettes). Le tout était éminement festif, essentiellement pour les musiciens et les spectateurs des premiers rangs (enfin ce qui avait été des premiers rangs il y a bien longtemps...) qui dansaient comme des fous. La belle fête de la scène n'a peut être pas été partagée par l'ensemble du public. La preuve : à 2 heures et demi du matin, il ne restait plus qu'une poignée de gens debouts, ce qui n'est pas l'habitude des fins de festivals. Même les sempiternels joueurs de djembé étaient allés se coucher !
Zhimin Yu et Yan Fen Yuan du groupe Silk Road Music rient en voyant nos préparatifs d'interview
Le groupe burkinabé Djiguaiya construit un spectacle autour d'acrobaties de danses de masques. Mais avant de quitter le pays, ils ont demandé l'autorisation des anciens
Les anciens leur ont permis de montrer en Europe certaines acrobaties avec le balafon. Ici, un danseur soulève l'instrument avec les pieds tandis que monte la musique lancinante du rituel
Zhi Min Yu au erthu (violon chinois) : quiètude et sensualité
Qui-Xia He au pipa (luth chinois) mène le Silk Road Music. Le trio de jolies musiciennes nous a prouvé à quel point la musique traditionnelle chinoise est faite de grâce, de chair et de joie de vivre
Adama Sanou (du groupe burkinabé Djiguiya) venu se joindre à la fête Ségasconne
Un René Lacaille inspiré, heureux et en état de grâce lors du final "Ségascogne"
Quelques centimètres carrés plus loin, Bernard Lubat en meneur de jeu, instrumentiste varié et néanmoins accordéoniste
En Gascogne, on ne rigole pas avec l'accordéon. Mais alors vraiment pas...
Patrick Lavaud (directeur du festival) a été très présent sur la grande scène cette année : choriste de Danyel Waro, danseur de biguine avec Annie Flore et accordéoniste appliqué lors du Ségascogne. Sans ostentation mais emporté par la bonne humeur
Percussions de la Réunion, accordéons, saxophone plus un certain nombre d'instruments mal identifiés... sur scène, un joyeux bazar
Ils étaient près de 40 sur scène où ils faisaient éclater des feux d'artifices. Ils sont fous ces ségascons !