Brève histoire des rapports culturels entre juifs et arabes
Le sujet est d'apparence délicat en raison du récent conflit israélo-palestinien et l'impossible paix de ces deux peuples vivant sur une terre d'à peine 450 km de long et 135 km de large.
Néanmoins les relations judéo-arabes dépassent largement ce conflit et sont riches d'une histoire millénaire parfois harmonieuse et fraternelle, parfois conflictuelle et violente.
Etre arabe ou être juif se fonde en parti sur une forte appartenance religieuse. La religion musulmane pour les arabes et la religion hébraïque pour les juifs. Ces deux religions monothéistes apparues à deux moments très différents de l'histoire (~1500 av JC pour les hébreux, 622 ap JC pour les musulmans) repose sur le même père fondateur : Abraham, mais sur deux filiations différentes, l'une est portée par Ismaël l'autre est portée par Isaac qui donnera naissance à Jacob-Israël.
La Thora (Le livre sacré hébreu) raconte qu'Ismaël est bannie de la maison paternelle par Sarah, l'épouse légitime de son père. En effet, Ismaël est le fruit d'une relation sexuelle indésirable entre Abraham et sa servante, Agar. L'acte fondateur du monothéisme, l'abandon exclusif et absolu de soi à l'idée d'un Dieu unique est représenté par le sacrifice d'Isaac dans la Thora alors que dans le Coran (Le livre sacré musulman) il est représenté par le sacrifice d'Ismaël. Cette première différence radicale dans la lecture de l'histoire d'Abraham est le symbole d'une opposition religieuse entre juifs et musulmans qui empoisonnera pendant toute leur durée les relations judéo-arabes.
Les relations judéos-musulmanes démarrent à Médine (Arabie) où le prophète Mahomet est en exil et commence à diffuser sa doctrine. Les communautés juives refusent de s'y plier et sont expulsées de la ville. A la mort du prophète (634 ap JC) presque toute l'Arabie est mahométan. Débute alors une formidable conquête guerrière arabe qui mène en 750 ap JC à un Empire colossal construit sur les ruines Byzantines et Perses et qui s'étend d'un seul tenant du sud de la Gaule au nord-ouest de l'Inde.
Les communautés juives disséminés sur tout l'empire arabe islamisé, après la destruction de l'état souverain hébreu presque 700 ans plus tôt par les romains, vivront sous la domination arabe en tant que " dhimmi " [ ceux qui refusent la conversion à l'Islam].
Statut discriminatoire mettant en place dans la société islamique une sorte d'apartheid entre musulmans et infidèles (Chrétiens, Juifs et paiens). Ce ne sera que dans les périodes politiquement stables et économiquement fastes où l'Islam devient une source d'inspiration libre pour les arts et la philosophie que les juifs séfarades seront respectés et contribueront largement à l'essor culturel et économique de l'empire musulman.
Pendant plus de milles ans, au delà des considérations politiques et religieuses, arabes et juifs séfarades vont vivrent côte à côte partageant les mêmes langues, la même cuisine, la même musique…
A la chute de l'empire Ottoman et à la création de l'Etat d'Israël, le renouveau nationaliste et populiste arabe incarné par Nasser sera d'une violence sans limite envers les communautés juives encore présentent dans ces pays. Juste 20 ans après la Shoah en occident apparaîtront les premiers Pogroms massifs envers les juifs en pays arabes.
Cependant ce n'est pas 50 ans de violence qui peut effacer dans la mémoire des peuples une vie commune presque millénaire. Le projet musical Hallel en est le parfait exemple : Juifs et arabes peuvent chanter ensemble, unis par une culture commune riche et féconde.
Marc Benaïche
Historique la musique arabo andalouse
Musique classique du monde arabe, la musique arabo-andalouse ou andalou-maghrébine (tout dépend du sens dans lequel on regarde la boussole) a été inventée par un musicien génial dans la première moitié du IXème siècle de l'ère chrétienne.
Vers 822, chassé par son propre maître jaloux de son talent, le musicien Abdourrahman Ibnou Nafaâ Ziriab (que la postérité désigne plus simplement sous le nom de Ziriab) est obligé de fuir la cour d'Haroun Al Rachid. Il entreprend alors un long voyage qui le mènera de Bagdad jusqu'en Andalousie en passant par l'Afrique du Nord. Au passage, il fait une escale prolongée en Tunisie dont il étudie la musique. En Andalousie, le calife El Hakam l'accueille à bras ouverts et le comble de bienfaits. C'est dans ce contexte privilégié que Ziriab va réaliser des prodiges, ayant enfin les moyens d'épanouir ses talents. Il commence par fonder l'école de Cordoue, le 1er conservatoire de musique du monde islamique. Sur le même modèle, suivent l'école de Séville puis celle de Grenade. Puis il bouleverse la pratique instrumentale en ajoutant une 5ème corde au luth (corde qui porte désormais son nom) et en utilisant une plume d'aigle -et non plus un morceau de bois- pour faire vibrer les cordes. Cette technique est toujours en vogue aujourd'hui.
L'empreinte la plus forte que Ziriab ai laissé dans le patrimoine de l'humanité réside dans ces 24 noubas mythiques, qui allaient révolutionner la musique en créant un nouveau style : l'Arabo-andalou. Fondée sur les intervalles des gammes modales et monodiques, exploitant aussi bien les virtuosités instrumentales que vocales, cette musique savante est le creuset dans lequel sont nés les styles populaires tels que le chaâbi, l'hawzi ou l'aroubi Extrêmement codifié la musique arabo-andalouse est fondée sur le système des Noubas. Suite instrumentale et chantée, la Nouba se compose de neuf mouvements (qui peuvent inclure près de 40 pièces). A chacun de ces mouvements est associé un rythme spécifique, qui se décline lui-même en plusieurs modes. Ajoutez à cela les disparités géographico-culturelles et vous aurez une vague idée de la complexité, de la richesse de cette musique oh combien savante.
Si les noubas sont au nombre de 24, c'est parce qu'à chaque heure du jour est associée une musique appropriée, régie par des règles précises. Transmises par la tradition orale, la plupart des noubas ont disparu au gré des guerres, des génocides, des déplacements de populations et du temps qui passe. Selon l'école d'Alger, il n'en resterait aujourd'hui que douze; mais la Tunisie en recense treize, le Maroc douze et à Tlemcen (Algérie) on en compte quinze.
Mais les différences importantes que l'on peut souligner d'un pays à l'autre dépassent cette comptabilité pour toucher à l'ossature et à la substance musicale. Par exemple, en Algérie toutes les noubas débutent par un prélude nommé Istikhbar, une improvisation soit instrumentale soit vocale. En Tunisie (ou la musique arabo-andalouse est aussi appelée Maalouf) le prélude prend la forme d'une mélodie chantée à l'unisson par tous les membres de l'orchestre. C'est le istiftah, assez proche dans sa forme de la michaliya marocaine, prélude musical exécuté par l'ensemble de l'orchestre.
Les clivages ne sont pas seulement géographiques. Au sein d'un même pays, les influences se mélangent. La nouba de Constantine (Algérie) est révélatrice : sa composition rythmique suit les règles d'Alger et de Tlemcen mais elle se range aux côtés de la Lybie et de la Tunisie si l'on considère les modes employés. Et c'est en étudiant cette abondante mosaïque musicale que Pierre-Luc Ben Soussan a créé l'ensemble Naguila. Par delà leurs différences religieuses, les membres du groupe ramènent l'Arabo-andalou à ses origines, au carrefour des musiques arabes, andalouses et juives.