Nantes / 4-8 juillet 2000
Situé un peu à l'écart du centre ville en bordure de la Loire, le site du festival nantais Musiques sur l'Île est un no man's land qui chaque été depuis deux ans devient une terre d'accueil pour les cultures du monde.
Comadre Florzinha au festival Musiques sur l'Ile 2000
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Repentistas au festival Musiques sur l'Ile 2000
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Lenine au festival Musiques sur l'Ile 2000
Brésil
Forcément majoritaires dans ce festival placé sous le signe de la lusophonie, les artistes venus du Brésil représentaient les courants principaux des musiques de ce pays riche en traditions rythmiques et mélodiques. L'originalité de la programmation brésilienne du festival tient au fait qu'elle fut concoctée avec l'aide d'un musicologue de Recife Carlos Sandroni qui présenta à Bertrand de Laporte de nombreux musiciens Nordestins.
Bien sûr le festival ouvrit ses portes à l'école de Samba de Nantes Coração do Brasil qui, tamborim, pandeiro ganza et agogo en avant, paradèrent chaque jour apportant leur vision européenne du carnaval. Plus brésiliens les membres du Maracatu Estrela Brilhante viennent d'une favela de Recife. C'est au rythme d'une vingtaine de gros tambours que leur rituel coloré égaya les allées du festival. Inévitablement les capoiristes nantais étaient de la fête et chaque jour ils donnaient de dynamiques démonstrations de leur art sur l'herbe du village. Avant de recevoir lors de la soirée de clôture une rencontre internationale où des maîtres venus du monde entier coupèrent le souffle aux spectateurs de la cale.
Moins attendus mais tout aussi essentiels à recréer une ambiance brésilienne les Repentistas est un duo armé de guitares qui pratique les " repentes " des joutes rimées et chantées qui s'improvisent en direct. Chaque chanteur exécute un couplet avant que l'autre ne lui réponde sur la même base de rimes et de mélodie. Un après-midi ils narrèrent la rencontre de Cesaria Evora et Dona Rosa, décrivant la star quasi gênée de se retrouver, face à une femme dont la voix est la seule richesse et qui devait lui rappeler de lointains et désagréables souvenirs.
Princesa Do Agreste est un banda de pifanos, soit un ensemble traditionnel de flûtes et tambours. Ces messieurs d'un âge certains donnèrent plusieurs représentations sympathiques et l'on pouvait s'amuser de l'uniformité de leurs vêtements lors de celles ci comme hors de scène.
Le Trio Matulão fait partie de ces jeunes groupes qui fleurirent à la suite du succès rencontré par Chico Science en s'appropriant et en modernisant des musiques traditionnelles du Nordeste. Le trio Matulão s'est spécialisé dans le forró, terme désignant initialement les bals régionaux et qui aujourd'hui donne son nom à la musique qui s'y joue. Musique dansante et ancienne que le trio enrichit d'une énergie propre à leur jeunesse sans pour autant renier les instruments classiques du forró : tambours, triangle et accordéon.
Chão e Chinelo est également un jeune groupe, eux allient avec le même entrain coco, forró et rythmiques proches du rock'n'roll. Ils eurent la charge d'ouvrir la première soirée de l'édition 2000 de Musiques sur l'île et s'acquittèrent avec bonheur de cette lourde tâche. Leur musique, où se mêlent tambours, voix guitares classiques ou électrique et le violon rustique rabeca, se rapproche de celle jouée par leurs jeunes aînés Mestre Ambrosio.
De toutes ces formations qui réveillent le passé Comadre Florzinha est sans doute la plus attachante. Ce groupe de femmes où, au trio de base composé de trois chanteuses percussionnistes vient s'ajouter, au gré des évènements, deux autres invitées -à Nantes une saxophoniste et une quatrième chanteuse percussionniste. Leur entrain semble infini, jouant la journée en animation, improvisant le soir dans les allées du village avec leurs potes de Chão e Chinelo et dansant la nuit durant au Magic Mirror. Elle donnèrent leur pleine mesure en première partie de Cristina Branco. Leurs compositions originales, leurs reprises de chansons populaires ou de morceaux de Chico Science et de Tom Zé sonnent comme une espèce de musique punk acoustique ou la colère aurait était remplacée par la gaieté. Etonnantes jeunes filles qui manient avec dextérité des tambours aussi grands qu'elles, tout en chantant à gorges déployées leurs hymnes poétiques.
João Bosco était la tête d'affiche du premier soir et ses chansons riches en harmonies flirtant peut-être un peu trop avec un jazz rock F.M d'un autre âge, les années 70-80 ne me laissèrent pas un grand souvenir.
Lenine est sans conteste le Brésilien de l'année. Fatigué, mais heureux de jouer dans une ville qu'il déclara proche de Recife, sa ville natale, il s'adapta à son état. Il donna à Nantes un concert un peu moins explosif que d'habitude mais chaloupé et onctueux, tendre et sensuel. Au premier rang Les Comadre Florzinha dansaient et chantaient à tue tête partageant leurs joies avec un public nantais pas aussi vaste qu'escompté mais visiblement enchanté par sa soirée.