Angoulême / 9-12 juin 2000
Le soleil qui s'est couché sur les 25ème Musiques Métisses avait les couleurs de l'Océan Indien, rougeoyant et chatoyant. La fête des saveurs tropicales, le concert du grand chapiteau plusieurs fois s'est envolé vers les sommets pour s'achever en une apothéose, à la fois totalement improvisée et attendue avec impatience.
L'après-midi avait débuté sous les meilleurs auspices à l'espace mandingue avec Energy Crew, jeune groupe de Guyane qui porte particulièrement bien son nom (Energy Crew, pas la Guyane…). Mixant Hip hop, Reggae et Dub, ils débordent d'énergie (c'est pour cela qu'ici, nous pensons qu'ils portent bien leur nom…) et leur prestation scénique est excellente. Ils bougent, arpentent la scène, jouent avec le public. Bon esprit. Après le concert des Zooto Boys (désolés, on n'a pas pu voir…), Ballaké Sissoko s'est posément installé sur scène, redonnant tout son sens au nom " espace mandingue " (c'est un peu comme pour les Energy Crew qui portaient bien leur nom quelques lignes plus haut..). Ballade au son de la kora, du balafon, du n'gnoni dans un paysage malien tout en nuances musicales. A 20h 30, Baster -jeune groupe réunionnais- ouvrait le bal sous le chapiteau. Gros son, guitare électrique, ils ont chauffé une salle qui se remplissait au fur et à mesure, attirée surtout par la suite des festivités. Dans l'après midi déjà,nombreux sont ceux qui abordaient Danyel Waro sur le trajet entre le lieu du concert et la salle de presse (très sollicité par les journalistes, Danyel a notamment accordé une interview télévisée bouleversante à France 3 en compagnie du patron de la buvette réunionnaise). Dans l'intervalle précédant son concert, le public chantait déjà à pleins poumons, rendant la balance difficile. Et lorsque Danyel et ses musiciens sont entrés en scène, ils ont été salués par une ovation : la communauté réunionnaise -très présente à Angoulême- se régalait d'avance. Avec Danyel Waro en maître de cérémonie, l'affiche annonçait également Firmin Viry et Granmoun Lélé. Le concert fut superbe et le boeuf final éblouissant. Galvanisés par le fait de se retrouver tous 3 sur une grande scène de la Métropole, ils ont trouvé d'emblée une communion où les différences d'âges se gommaient, où les musiciens passaient d'un instrument à l'autre tout en dansant et où les chansons des uns s'enchaînaient naturellement aux compositions des autres. Lorsque les 3 héros et leurs acolytes sont sortis de scène, une partie des spectateurs (les métropolitains essentiellement) ont quitté les lieux. Quelle erreur ! Comme si la soirée était terminée ! A l'espace mandingue, les Faadah Kawtal (qui ont signé la musique du film " Le maître des éléphants " de Patrick Grandperret) chaloupaient au rythme d'un gourma balewa -musique traditionnelle du nord Cameroun- doucement mâtiné de pop occidentale. Pendant ce temps, l'ambiance devenait de plus en plus incroyable sous le grand chapiteau. Le malgache Jaojoby entretenait le feu qu'avaient laissé ses prédécesseurs. Les danseuses et les danseurs se déhanchaient de plus en plus. N'y tenant plus, une petite fille est venue rejoindre les adultes sur scène, provoquant les applaudissements appuyés du public à chacune de ses figures. Firmin Viry, Gramoun Lélé, Danyel Waro et leurs musiciens étaient venus rejoindre les spectateurs pour danser dans la salle. La fête semblait à son comble mais Jaojoby a soudain invité ses cousins des îles à monter sur les planches avec lui. Le co-producteur de Danyel Waro a couru le chercher par le col au milieu des danseurs anonymes. Et ce final là était véritablement étonnant, totalement fort et spontané, réservé au quarteron de spectateurs fidèles qui dansaient sans relâche depuis des heures. Sorte de bal échevelé, les danses de l'Océan Indien sont devenues de plus en plus africaines. Firmin Viry semblait transfiguré, véritable jeune homme faisant du charme aux filles. Espiègle, Danyel Waro lui volait régulièrement son chapeau pour s'en coiffer. Une vingtaine de personnes -au moins- avaient investi la scène. Une fin de festival réjouissante. Voilà ce que c'est de partir avant la vraie fin des concerts…
Granmoun Lélé [Réunion] On pouvait compter sur Granmoun Lélé, le grand sage, pour ne pas rater le rendez-vous de cette fête réunionnaise chaude et inédite comme un piment bien mariné
Danyel Waro [Réunion] Waro le héros, champion de la "batarcité" et du métissage, est l'un de ceux qui ont fait du maloya une arme de défense
Firmin Viry [Réunion] Chapeau vissé sur la tête, Firmin Viry, le 3ème grand larron de la Réunion
Balake Sissoko [Mali] Ses doigts légers courent sur les cordes de sa kora, digne et à l'aise sur la scène Mandingue
Baster [Réunion] L'Océan Indien de Baster chauffe un chapiteau qui se remplit doucement
Kawtal [Cameroun] Entre pop progressive et musique mandingue de circonstance
Energy Crew [Guyane] Pour leur premier concert français Energy Crew, maniant habillement leur explosif Reggae, Ragga Hip Hop fruité se sont comportés comme une authentique découverte
Jaojoby [Madagascar] Musiques Métisses s'achève mémorablement par une performance sensuelle et spectaculaire