1978-83 - Le voyage d'Abidjan Après avoir quitté le Rail Band, Mory Kanté s'installe à Abidjan en 1978. C'est là qu'il développe ce qui va constituer la grande originalité de sa musique, l'une des clés de sa célébrité. " J'ai opté pour les recherches sur le son des instruments traditionnels africains : le balafon, le violon, le bolon et surtout la cora, dit-il. Alors que tous les orchestres s'équipaient d'instruments modernes (guitares, claviers…), je pensais qu'il était dommage de laisser cette richesse de côté. "Entouré d'une petite formation traditionnelle (balafon, djembé, bolon à cinq cordes), Mory Kanté (cora et chant) assure l'animation du Climbier, alors célèbre club d'Abidjan où viennent se divertir les vedettes internationales de passage comme Barry White et Johnny Pacheco. Ses arrangements acoustiques de succès internationaux étonnent et séduisent Gérard Chess, directeur du label américain Ebony Records, qui décide de produire "Courougnégné", premier disque de Mory Kanté, en 1981. La renommée de l'artiste commence à résonner dans toute l'Afrique. Elle s'amplifie grâce au ballet mandingue réunissant 75 artistes traditionnels et modernes qu'il dirige sur la scène du Centre culturel français d'Abidjan en 1982. Une version réduite de cette création forme l'un des volets du fabuleux spectacle que Jacques Higelin présente à Bercy à l'automne 1985. Auparavant, Mory Kanté fait un premier voyage à Paris pour l'enregistrement de l'album "N'Diarabi", récompensé par un Maracas d'Or qu'il recevra des mains de Gilles Sala d'Africa n°1.
1984-89 -Paris : tremplin vers l'international Mory Kanté s'installe en France en 1984. Dans la ville lumière, trouver sa place au soleil n'est pas simple, surtout sans carte de séjour… Sur son album "Mory Kante à Paris", enregistré "façon façon", figure une version quasi traditionnelle de "Yéké Yéké" . En l'espace de deux ans, alors qu'il est reparti quasiment de zéro, Mory Kanté s'impose par la seule force de son talent. Les concerts qu'il donne avec sa cora électrifiée font l'unanimité de la critique. En 1985, il est parmi les 30 artistes africains de Paris qui contribuent à l'aventure "Tam Tam pour l'Ethiopie" orchestrée par Manu Dibango. C'est à cette occasion qu'il rencontre Philippe Constantin, alors l'un des meilleurs découvreurs de talents de la jeune scène française. Convaincu du potentiel de Mory Kanté, Philippe lui propose un contrat de disque en 1986, lorsque lui sont confiées les rênes des productions Barclay. L'album "10 cola nuts", coproduit par le pianiste américain David Sancious, est accueilli par une critique élogieuse et nominé pour les Victoires de la musique 1986. Le rythme des tournées s'accentue : Europe, Afrique du Nord, Mali, Sénégal, USA… Non seulement Mory Kanté à su trouver un équilibre idéal dans le métissage, mais le public occidental est prêt à recevoir cette musique qui lui ouvre de nouveaux horizons. Le fulgurant succès de "Yéké Yéké" , réenregistré dans une version plus concise, rapide, électrique et dansante pour l'album "Akwaba Beach" (1987), prend tout le monde par surprise. Les ventes s'envolent (plusieurs millions de singles et d'albums jusqu'aujourd'hui), les classements dans les hit-parades se multiplient tout autour de la terre. Quand en juillet 1988 "Yéké Yéké" atteint la première place du classement paneuropéen du Billboard (revue de référence du show-business américain), le griot de Kissidougou a réussi son défi : donner à la musique africaine la place qui lui revient de droit. Ce que confirment les Victoires de la Musique 88 en couronnant "Akwaba Beach "Meilleur album francophone".