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Festival Living TreasuresAfrique du Sud : 15-19 décembre 1999A Durban, en Afrique du sud, une programmation éclectique fait le partage entre artistes locaux et étrangers. Le public est séduit. Living Treasures 1999Pour se rendre en Afrique du Sud de nos jours, mieux vaut mettre de côté tout à priori et débarquer avec peu de bagages et un esprit bien ouvert. L'une des plus jeunes démocraties du vieux continent porte une histoire lourde et douloureuse mais fixe son regard vaillamment sur l'avenir, ses yeux pleins d'espoir. Cet optimisme, fondée sur le principe du pardon et l'envie d'une cohabitation harmonieuse se ressent pleinement à Durban, situé sur la côte est du pays. Comptant parmi les ports les plus importants d'Afrique, Durban se distingue par sa communauté d'origine indienne (la plus conséquente du pays) et une ambiance étonnamment décontractée. Située dans la région du KwaZulu Natal, la ville fait penser à la Californie avec ses larges plages de sable fin, ses surfeurs et sa promenade à l'ombre des palmiers. Et c'est là où la première édition du festival "Awesome Africa", organisé par l'équipe de Living Treasures, a eu lieu en décembre 1999. Mondomix y fut invité... Avant même d'arriver sur le sol sud africain, après presque 10 heures de vol et 9000 km vers l'hémisphère-sud, le voyage s'avère coloré. Les habitués du trajet Amsterdam - Johannesburg, se laissent profiter d'un moment de détente grâce aux musiciens réunionnais se rendant au festival Living Treasures, menés par le flamboyant René Lacaille et le multi-instrumentiste américain Bob Brozman. Pendant les cinq jours de festivités qui suivent, les bœufs des musiciens du "Projet des Océans atlantique, pacifique et indien", réunissant Hawaï, la Réunion et la Guinée dans la voix et le kora de Djeli Moussa Diawara, animeront les déplacements des artistes et les moments de repos arrosés de bière et de casse-croûtes épicés. Premières impressions et premières rencontres - les vestiges d'une histoire colonialiste devenue dictature s'affichent partout. Une végétation on ne peut plus britannique - chênes solitaires et gazons parfaits - partage le paysage avec des manguiers et d'autres arbres tropicaux dont les branches hébergent des oiseaux étranges et vocifèrant. Dans un monastère, fier de son "tea garden" bien entretenu, un chœur "all black" nous chantent la bienvenue. Dans le répertoire alliant les chants sacrés empruntés à une culture judéo-chrétienne d'adoption aux chansons zouloues, se retrouvent toutes les contradictions de cette cohabitation toujours fragile. Le public se compose d'invités prestigieux, soit style smoking ou talons aiguilles et strass, soit arborant des chemises africaines richement brodées. Dans une région si ravagée de conflits inter communautaires (on se souvient des bras de fer Mandela - Buthelezi), on comprend le besoin qu'a ce festival de se placer sous la protection d'un pouvoir plus fort que la raison, afin de rassembler les divers habitants du KwaZulu Natal.
Toute la difficulté du rassemblement espéré par le festival Living Treasures se manifeste à St Lucia, un site d'une beauté de carte postale sur un estuaire vomissant des eaux infestées de crocodiles et hippopotames dans une mer dangereuse. Les quelques zoulous présents se limitent à ceux qui sont sans travail mais qui ont tout de même les moyens de s'offrir l'entrée. Pendant ce temps, des blancs du coin (plutôt intégristes) manifestent contre une différenciation des tarifs en faveur des zoulous et boycottent l'événement. Joli début ! Une scène impressionnante érigée sur fond marin cuit sous un soleil d'été et les premiers artistes doivent s'adresser à un public assis au frais à l'ombre des arbres lointains. Petit erreur logistique qui s'oubliera grâce aux troupes de danses traditionnelles zouloues et leurs démonstrations de prouesses athlétiques aux rythmes des tambours et leurs chants guerriers.
La suite du festival a lieu dans le parc naturel de Shongweni et connaît un plus grand succès. Encore une fois, les trois scènes, l'Umgeni Water Stage, l'Awesome Africa Stage et la Chemical Mixing Stage, profitent de fonds de décors naturels qui coupent le souffle fournis par le barrage et la falaise magistrales du parc. L'accueil souriant et plein de courtoisie des villageois rentre dans la logique d'intégration des populations locales au sein de cette initiative venue de Durban. Même chose pour les ateliers de musique organisés dans les communautés rurales avec des musiciens étrangers tels que Bob Brozman ou les membres de Drums Across Denmark - une formation surprenante de percussionnistes blonds amateurs de djembés. Dans une programmation éclectique partagée entre artistes locaux et étrangers, le public sud africain se fait un plaisir de se laisser séduire par la voix de la tibétaine Yungchen Lhamo, de danser sur la rumba congolaise des Young Ba Cuba et de choper le blues malien de Lobi Traoré et Vincent Bucher. Côté local, le festival Living Treasures se targue d'un rassemblement de musiciens Maskanda (d'une ampleur rarement vue), dignement représentée par Shiyani Ngcobo, Vusi Ximba, Mfiliseni Magubane et Phuzekhemisi. Pour le peuple zoulou, la Maskanda fut longtemps la musique de résistance par excellence. Ses stars, avec leurs costumes traditionnels ornés de peaux de lion et leurs messages fortement sociaux, constituaient un élément essentiel de toute manifestation politique pendant les années de lutte contre le régime de l'Apartheid. Autre figure de proue des années sombres est Ray Phiri, leader et chanteur du groupe légendaire Stimela. C'est leur premier passage sur scène depuis plusieurs années et une foule aux anges se rend au festival pour fêter l'événement. La grande finale est assurée par The Soul Brothers, la formation la plus groove d'Afrique du Sud, au son de l'orgue Hammond et aux rythmes Mbqanga. Avec leur chorégraphies inimitables et leurs cuivres de bataille, ils arrivent même à mettre le feu à une scène prise sous un déluge tropical.
Le festival Living Treasures 99 releva un défi pas évident pour sa première année et n'y arriva qu'en partie. L'absence de la jeune scène du Kwaito a été particulièrement ressentie et a sans aucun doute contribué à la faible participation de la population zouloue locale. Pourtant l'implantation de l'événement dans la région fut réussie. Sa deuxième édition, prévue du 22 au 24 septembre 2000, s'annonce très intéressante avec une programmation d'artistes majeurs africains et étrangers. Et les groupes phares de la scène Kwaito figurent aussi à l'affiche. Ils seront accompagnés aux platines par Aki Nawaz de "Nation", fameux label anglais d'asian vibe, ce qui devrait constituer une belle fusion. Rendez-vous sur Mondomix au courant du mois d'octobre pour le compte-rendu du festival "Awesome Africa 2000".
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