Musiciens et producteurs de génie, les Jamaïcains Sly and Robbie sont reconnus dans le monde entier. Aujourd'hui ils reviennent aux côtés du soulman Amp Fiddler et la diva Grace Jones. Retour sur 30 ans de carrière. Photo : Wonder Knack
La saga Sly and Robbie
Amp Fiddler et Grace Jones
Cette fin d'année 2008 est marquée par deux événements importants pour Sly and Robbie : leur signature de l'album "Inspiration Information 1" du soulman de Détroit, Amp Fiddler et la participation au retour de Grace Jones avec "Hurricane".
Cette fin d'année 2008 est marquée par deux événements importants pour Sly and Robbie. En octobre, ils co-signent l'album Inspiration Information 1 (Strut/Pias) du soulman de Détroit, Amp Fiddler. L'album, enregistré en 3 jours à Kingston, comporte 12 titres au groove décontracté et décontractant. Sans être l'album de l'année, "Inspiration information" demeure un disque agréable et livre une petite perle, "Blackhouse" (Paint The White House Black), reprise bienvenue d'un titre phare de Georges Clinton. Après Amp Filder, c'est au tour de Grace Jones d'inviter le duo à travailler sur son nouvel album "Hurricane" produit entre autres par Brian Eno et édité par le label indé Wall of sound. Après 18 ans d silence discographique, la diva signe un album sensuel et inaugure d'heureuses retrouvailles avec Sly et Robbie. Chronique.
Grace Jones, Hurricane (Wall of Sound/ Pias)
Du disco à la new wave, en passant par le reggae, le hip hop ou l’électro naissants, Grace Jones réussit à embrasser avec une élégance inégalable les tendances fortes des années 80, tout en leur inculquant un élan futuriste des plus personnels. Les graves sans fonds de sa voix, un sens du rythme et un goût certain, alliés à une plastique spectaculaire mise en scène par un mari visionnaire (Jean-Paul Goude), l'ont rendu indissociable de cet air du temps là. Elle endossait les atours iconiques de cette ère de la désillusion comme Juliette Greco portait ceux remplis d’espoir du Saint-Germain-des-Prés d'après-guerre.
Reine venue réclamée sa couronne, la chanteuse jamaïcaine réapparait à l'heure où les symboles esthétiques des 80s sont plus que jamais prisés, ressuscités ou copiés. Cette guerrière auto-proclamée, la première phrase prononcée sur cet album affirmant « My voice is a weapon of choice » (ma voix est une arme de choix), s’est entourée d’un commando surentraîné. On retrouve les gardiens de la flamme reggae Sly and Robbie, déjà compagnons de ses plus brillantes passes d’armes (« Warm leatherette » (80), « Night Clubbing » (81)).
Le pape de la pop intelligente, Brian Eno, apporte sa caution, Tricky, le diablotin trip-hop, son génie trouble. Le maître du rythme afro beat, Tony Allen, lui fait bénéficier de sa science exacte du tempo, Ivor Guest, cofondateur de Bomb the bass (duo pionnier de l’électro anglaise), partage avec elle son expérience de producteur. Wendy et Lisa, l’ancienne garde rapprochée de Prince, s’est fendue d’un morceau, et Bruce Wooley, déjà responsable avec Trevorn Horn du son de Slave to the rythm en 1985, en signe deux. Sa famille est aussi de la partie, d’une voix limpide sa mère entonne un émouvant Amazing Grace à la fin de « William Blood », et son fils Paulo Goude co-signe un des titres colorés par Eno. Comme on le déduit à la lecture de ce casting imposant, la figure d’attaque d’Hurricane est imparable. Son carnet d’adresse n’a subi aucune dévaluation et s’est même enrichi et la diva a conservé son aisance et son sens de l’à propos. Si le disque auto-parodie par moments les gimmicks de ses succès passés (voix d’outre-tombe sur basse claire de reggae racé, comme dans « Libertango », plongées de cordes et déflagrations synthétiques comme dans « Slave to the rythm) », il est le plus souvent fidèle à l’esprit singulier et novateur de la chanteuse. Produit de haute couture technologique, cet « ouragan » ravive avec vigueur les frissons provoqués par cette voix indispensable de la culture populaire des vingt dernières années.
Benjamin MiNiMuM
Grace Jones, Corporate cannibal, 2008, Wall of Sound :
Grace Jones "I've seen that face before" 1981, Island