Paris / Divan du Monde
La Kumpania Zelwer s'est installée pour trois jours au Divan du Monde. Entrepreneurs de théâtre musical et de spectacle en tous genres, Zelwer et ses accolytes avaient transposé une partie de leur armada imaginaire en plein coeur de Pigalle.
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Jean-Marc Zelwer au Divan du Monde en 2000
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Jean-Marc Zelwer au Divan du Monde en 2000 (extrait 2)
Avril 2000
Le salon des mendiants au Divan du Monde
La Kumpania Zelwer s'est installée pour trois jours au Divan du Monde. Entrepreneurs de théâtre musical et de spectacle en tous genres, Jean-Marc Zelwer et ses accolytes avaient transposé une partie de leur armada imaginaire en plein coeur de Pigalle. L'essentiel seulement car la scène du Divan est trop petite pour accueillir l'univers de bric et de broc de ces poètes inspirés. Oubliés donc les wagonnets, la place du village, les façades de maisons, le lanceur de couteaux... Il restait cependant l'ossature du spectacle : la musique, les musiciens et quelques accessoires indispensables tels le bouteillophone, la scie musicale et ce je ne sais quoi de vaguement brechtien revu par un cirque de tziganes. Chaises dépareillées, tons bruns d'une fin de siècle ou d'un entre-deux-guerres oniriques, lueurs de bougies... même minimaliste, le décor installe d'emblée une ambiance que viennent renforcer les costumes des musiciens. On est entre "L'opéra de quat' sous" et une BD de Bilal. Le trompettiste porte un chapeau mou, la joueuse de Tuba semble sortir d'un magasin de poupées pour nurse anglaise, le violoniste a l'air de s'être échappé d'un film de Kusturica et le percussionniste d'une roulotte foraine. Epaulé par de solides musiciens, Jean-Marc Zelwer, l'instrumentiste fou, s'en donne à coeur joie. Il passe avec un égal bonheur du santour indien à l'accordéon, la clarinette ou au nickelharpa (vièle suédoise à douze cordes). Pierre Rigopoulos, son complice, délaisse parfois le zarb ou la derbouka au profit du bouteillophone ou de la planche à laver (sa grosse moustache semble alors en friser de plaisir) le tout avec des mines de lutteur de foire. Au rayon des instruments venus de nulle part, on notera également une trompette marine, un piano jouet, des tambours d'eau et une contrebasse-bidon. La scie musicale en parait presque classique... Dès le premier morceau, le public est conquis. Dans la salle, apparemment, il y a un fort pourcentage de fidèles, qui suivent Zelwer & co depuis un moment. Des murmures approbateurs accueillent les premières notes de "Terra Incognita", "Zirkus" ou "C'est pas tous les jours Shabbath". Trompette décalée, violon tzigane, accordéon halluciné, tuba aérien, zarb inspiré... même contrainte à sa plus simple expression, la Kumpania Zelwer entraîne irrémédiablement les badauds dans une promenade musicale et poétique. A l'arrivée, on se demande si l'on a vraiment rêvé de ces baraques de foire espiègles, situées aux confins des klezmers du nord (dixit la brochure de l'agence de voyage). Et on détache tristement ses cigarettes tout en éteignant sa ceinture avant de quitter le théâtre.