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IranMusique sous surveillanceAmendes, confiscation de ses instruments, de son matériel d’enregistrement et même prison dans certains cas : voilà la réalité à laquelle est confrontée la nouvelle génération de musiciens iraniens. Par Arnaud Cabanne PUBLICITÉ
Iran : musiques sous surveillance« Nous ne donnons plus de concerts. Ils nous l’interdisent. Il est également très difficile de répéter car il faut un lieu pour le faire sans se faire repérer… », Milad Tangshir, guitariste du groupe de métal Ahoora, semble désabusé. « Avant, il y avait beaucoup de groupes de rock et de métal à Téhéran. Aujourd’hui, ils disparaissent les uns après les autres à cause des innombrables problèmes qu’ils rencontrent ». Amendes, confiscation de ses instruments, de son matériel d’enregistrement et même prison dans certains cas : voilà la réalité à laquelle est confrontée la nouvelle génération de musiciens iraniens. Trente ans après le début de la Révolution islamique menée par l’ayatollah Khomeyni, la musique iranienne est coupée en deux. D’un côté les musiques autorisées (classique, religieuse ou folklorique), et de l’autre les formes trop occidentales ou « aux propos trop obscènes », dixit le ministre Mohammad Dashtgoli, (jazz, rock, hip hop, musiques électroniques ou contemporaines) interdites. Le pays avait pourtant connu une relative embellie culturelle sous l’ère du président Mohammad Khatami, des artistes de tout style avaient pu développer une expression ouverte de leur art, mais avec l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad et son obsession de l’invasion occidentale dans l’identité iranienne, la chape de plomb est retombée. Des écoles de musique classique dans tout le pays Le fait que les musiques autorisées soient justement « autorisées » n’enlève rien à leur qualité, leur finesse, leur intensité, ni ne les réduit à de vulgaires musiques de propagande. La musique classique iranienne est modale, en partie improvisée, reposant sur des systèmes complexes théorisés au Ve siècle qui forment ce que l’on appelle le répertoire « radif ». Elle a donné au monde des très grands chanteurs, par exemple, Mohammad Reza Shajarian
Ou Shahram Nazeri, qui est très connu pour interpréter des chants kurdes, populaires, et pour travailler à moderniser la tradition. Les instrumentistes d’exception sont aussi légion : Hossein Alizadeh, Dariush Talai, Lotfi, Kayhan Kalhor... Il existe des écoles de musique à travers tout le pays qui reçoivent des milliers d’élèves afin de leur enseigner ces traditions. Internet pour seul espoir Et puis il y a les autres, ceux qui n’ont pas le droit de cité, qui vivent leur passion cachés. Leur seul espoir est Internet. « C’est à peu près la seule façon pour nous d’être entendus et de faire savoir au monde que l’on existe », souligne Milad. Ahoora pour le métal, O-Hum et 127 pour le pop rock, Hich-Kas pour le rap, voici quelques noms parmi les clandestins les plus connus. Chacun a choisi son chemin, les uns chantent en anglais, c’est le cas de Ahoora et de 127. Les autres ont gardé le farsi (langue officielle en Iran), comme O-Hum et Hich-Kas. Des milliers d’artistes de tous les styles, des musiques contemporaines aux musiques électroniques, sont bâillonnés mais prêts à résister. Trois millions d'expatriés Il reste les expatriés. Ils sont plus de 3 millions dans le monde. Et là aussi, ils suivent de multiples voies. Djamchid Chemirani, maître de la percussion iranienne, est installé en France depuis de nombreuses années. Avec ses deux fils, Bijan et Keyvan, percussionnistes également, poursuivant des carrières solos, il a créé leTrio Chemirani. Cette entité fait éclater la beauté et la sophistication des rythmes perses qui traditionnellement suivent le rythme du chant. Saied Shanbehzadeh est, lui aussi, bien connu en France. Avec son ensemble, il joue les musiques du sud de l’Iran, région du Golfe persique, où Arabes, Juifs, Indiens et Africains ont su mêler leurs cultures. Aujourd’hui, sa musique trop dansante pour le gouvernement n’est officiellement plus autorisée. On trouve de nombreux groupes de rap en Europe : Reveal à Londres, DAAD à Berlin. La chanteuse Sussan Deyhim ou encore le groupe Niyaz, mélangeant poèmes soufis, électronique et traditions, sont eux basés aux Etats-Unis qui accueillent près d’un million d’Iraniens. Dans les années à venir, l’Iran va devoir faire face à deux problèmes : Le premier est le risque d’asphyxie des musiques classiques résultant d’un enfermement prolongé. De nombreux musiciens, comme le chanteur Shahram Nazeri, ont tiré plusieurs fois la sonnette d’alarme, mettant en garde les partisans d’un protectionnisme culturel extrémiste devant la disparition de la nouveauté dans la musique iranienne. Le second est la pression de la nouvelle génération, une population en décalage avec le pouvoir. La jeunesse de Téhéran s’accommode des lois et de la religion dans la sphère privée, les nouvelles technologies toujours plus difficiles à contrôler seront peut-être le cheval de Troie qui imposera l’ouverture au gouvernement. Espérons-le…
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// REACTIONSLuis 01/04/2009 Un bel article merci ! kris 03/04/2009 bel article, il faut faire circuler ce genre d'infos, c'est sur, souvent on ne se rend pas compte des conditions des musiciens dans ce genre de pays, où la politique est partout. Il devrait comprendre qu'au contraire c'est un plus pour le pays de montrer et d'exporter ses cultures musicales, artistiques. Sékou Touré l'avait bien compris, à Cuba aussi :), ...à suivre ! knobs caxur 04/04/2009 eh bien oui, heureusement que vous êtes là vous autre ! Esperons que cela ne durera pas. Esperons aussi que nous ne nous trouverons pas dans une situation similaire d'ici à quelques années, notamment vis à vis des difficultés qu'ont les radios libres pour se maintenir. Chez nous il n'y a pas de répression mais un outil de contrôle détourné: l'économie. On pourra toujours se rassurer en comparant les proportions, il n'empèche que nous pouvons sentir le poids de la culture officielle, celle qui a les moyens de l'être ! Sans moyen, on est libre de rien. Restons vigilants ! Pseudo * Votre réaction (2000 caractères maximum) * Code de sécurité >> En discuter sur le forum >> |
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