Marseille / 19-31 octobre 2000
A deux pas des docks industriels, on fête la culture méditerranéenne depuis déjà huit ans. Des concerts et des soirées, mais aussi des expositions, de la danse et, l'art du bon vivre oblige, nombreux bars et lieux de ravitaillement culinaire.
Maurice el Médioni au festival Fiesta des Suds 2000
VIDEO
Lili Boniche au festival Fiesta des Suds 2000
28 octobre 2000
Samedi 28 octobre
Le dernier soir de ce dernier week-end lorgnait indéniablement de l'autre côté de la Méditerranée. Organisée comme un voyage dans le temps, la soirée débutait avec la vieille garde de la musique judéo-algérienne à laquelle succédait Rachid Taha avant de s'évaporer dans les expérimentales volutes électronico-traditionnelles de Marseille XP.
Un public inhabituel pour la Fiesta, plus âgé et plus sage, emplissait doucement la salle tandis que le journaliste Rabah Mezouane présentait la première partie de la nuit, consacrée à la musique francarabe. Maurice el Médioni, distingué pianiste et charmant vieux monsieur, était le fil conducteur de ce concert auquel participaient des invités de marque. Si la prestation de Luc Cherki, qui a délaissé la chanson durant plus de 15 ans et tente aujourd'hui un retour, ne laissera pas un souvenir impérissable, Lili Boniche en revanche fit lever les danseurs. Crooner rigolard et désuet, parfois un peu cabot, il a toujours la pêche à 79 ans passés.
Vers 22h 30, tandis que les roadies s'activaient pour préparer la place au concert suivant, la Fiesta voyait débouler une masse de spectateurs, plus conformes au public habituel. Tout à coup, les bars se remplissaient, les allées de la Fiesta se bondaient de monde. Explication : ce soir là, l'Om disputait un match et celui-ci venait de se terminer. Et la foule attendait Rachid Taha de pied ferme.
Changement total d'ambiance. En partageant l'affiche avec la vieille garde de la musique francarabe, l'enfant terrible insufflait de vigoureux relents de rock'n roll au milieu des parfums de la casbah d'antan. Et dès les premières notes la nostalgie cédait la place, balayée par une atmosphère plus animale. Rachid Taha a fait un tabac, solidement épaulé par ses musiciens dont le fabuleux Hakim Hamadouche, qui joue du oud comme d'autres de la guitare électrique. D'accord, le chanteur se la joue à fond sur scène, prend la pose rock'n roll -limite frimeur- mais avec une générosité qui le rend forcément attachant. Un très beau concert, sincère et fort. D'ailleurs au lieu de filer comme une star dès son show terminé, on pouvait voir Rachid et sa bande de potes traîner dans la Fiesta, boire et discuter avec les gens alors que la nuit s'avançait à grand pas vers le petit matin.
Pendant ce temps , le collectif Marseille XP se démenait sur la grande scène devant un parterre désert (le public, épuisé par le concert de Rachid Taha, éclusait les bars). Dommage car le groupe est intéressant. Prometteur, leur travail est loin d'être abouti mais comporte de forts jolis passages. Ils ont réussi à camper un univers où se répondent musiques traditionnelles (à fortes couleurs maghrébines puisqu'ils jouent du oud, du ney et de la derbouka) et mix électroniques (platines et samples). En gros, ils construisent une expérience futuriste ancrée dans la Méditerranée et sont dotés d'une belle énergie. A suivre.
Tandis que les bars et la Bodéga devenaient de plus en plus chauds, les videurs distribuaient en souriant les sandwichs invendus à ceux qui quittaient les lieux. Y'a pas à dire, il existe à Marseille une vraie culture de la fête.