Marseille / 19-31 octobre 2000
A deux pas des docks industriels, on fête la culture méditerranéenne depuis déjà huit ans. Des concerts et des soirées, mais aussi des expositions, de la danse et, l'art du bon vivre oblige, nombreux bars et lieux de ravitaillement culinaire.
Pour débuter son dernier week-end, la Fiesta des Suds (qui se déroule sur les docks) nous ont embarqué vers des horizons lointains. Première destination de ce début de soirée : Madagascar avec le groupe Senge. Le trio de polyphonistes se produisait ce soir là sans son leader, Senge, hospitalisé sur son île où il se bat contre une vilaine tumeur. Les lauréats du prix Découvertes Rfi inaugurait donc une formule en duo, moins riche évidemment que la formation initiale mais néanmoins tout à fait séduisante. Leurs harmonies délicates et leur entrain ont su filer la pêche à un public bon enfant et attentif, charmé de découvrir l'univers musical du pays des épineux, région aride située dans le sud de Madagascar et d'où est originaire le groupe.
Senge était un parfait et charmant préambule à la suite de la soirée, placée sous des auspices plus balkaniques puisque Goran Bregovic et ses 39 musiciens investissaient ensuite la scène. Senge / Bregovic, 2 versus 40, minimalisme contre grands moyens.
Autant le public marseillais était venu sans à priori découvrir les polyphonies malgaches, autant pour la deuxième partie, il annonçait clairement la couleur : les gens étaient venus pour danser et faire la fête sous l'égide de l'Orchestre des Mariages et des Enterrements (il n'y a qu'à souligner la salve d'applaudissements qui a salué leur entrée en scène). Provocateur sous ses sages allures romantiques, Goran Bregovic a bâti un show tout en nuances, accordant une place importante aux chœurs masculin et aux cordes symphoniques. Au cours du spectacle, il ira même jusqu'à demander aux spectateurs de ne pas taper des mains en cadence pendant les morceaux. En revanche, un tantinet manipulateur, il invite en souriant et d'une voix douce le public à crier "A l'attaque" sur "Kalashnikov". Son spectacle est un vrai show, savamment construit et dirigé de bout en bout. On sent qu'il y a une belle mise en scène musicale, que rien n'est laissé au hasard, si ce n'est les rares décalages des gestes du percussionniste et du sample qu'il mime (accidents qui dévoilent le procédé, sans lesquels on ne se douterait de rien tant tout coule naturellement). A l'arrivée un beau concert dont on ne peut déplorer qu'une seule chose: le cadre même de la Fiesta ne donne pas l'ampleur nécessaire à cette musique, plus à sa dimension sur la scène du Théâtre Antique d'Arles. Hormis ce léger regret de vieux routards de festivals, la soirée était belle et les spectateurs ont quitté la Fiesta avec des étoiles plein les yeux.