Polyphonies de Svanétie
La maison des cultures du monde, nous invite ce soir, dans le cadre du festival de l'Imaginaire, à traverser toute l'Europe pour atterrir en Géorgie. Plus précisément en Svanétie, région entourée par des montagnes, à plus de deux mille mètres d'altitude. La chorale arrive sur scène, composée de treize hommes, au moins la quarantaine, visages policés par les rudesses du climat. Tous sont en tenue traditionnelle. Tunique rouge brodée de boutons et de dorures, poignard habillé de son étui à la taille, bottes en cuir souple et chapeau traditionnel en laine. Les choristes entonnent leurs polyphonies en ligne, position debout, fiers et droits face à la scène, les deux mains posées sur leur poignard. Parfois la troupe prend des allures de ballets en entamant une ronde rythmée un pas sur l'autre, accompagnés de vocalises franches et puissantes. Un choriste se détache de la chaîne humaine et entame des pas de danse, se déplaçant en sautillant sur la pointe de ses bottes. Côté dépaysement, on est plongé parfois dans les épopées de Michel Strogoff ou dans une scène du livre " guerre et paix ", avec la profondeur mystique des chants grégoriens. Un maître de scène mène les choeurs et les variations de chorégraphie. Les chants sont le plus souvent entonnés par un groupe de choristes et reprise par l'autre choeur. L'étirement des octaves n'est pas très étendue (ce sont principalement des voix d'hommes, plutôt graves et profondes), mais la particularité de ces voix se trouve dans la recherche des demi ou quart de tons, quitte à paraître presque désaccordées par instants. La résonance de leurs voix, brutes et solennelles laisse supposer la teneur des textes : récits de combats héroïques, chants religieux et histoires de ce peuple. Depuis des siècles, ces chants ont été un moyen pour les Svènes de transmettre leur patrimoine et, par la même, leur identité. Une tradition orale, un trésor d'authenticité.
Stéphane Poulin
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