NEWSLETTER     MON COMPTE  
OK
 

Suivez notre reportage jour par jour

en direct de Fès au Maroc !
Entre le sublime Radif iranien de Mohammad Motamedi, le puissant gospel de Marwa Wright et les chants orthodoxes de Divna le festival s'annonce de toute beauté. Vivez avec Mondomix cette nouvelle édition du festival des musiques sacrées du monde à Fès au Maroc !




PUBLICITÉ


PHOTOS
video
Galerie photos, festival des Musiques Sacrées du Monde, Fès, Maroc.
VIDEO
video
Ensemble Elyma (Suisse), Monterverdi - Selva Morale e Spirituale
VIDEO
video
Sami Youssuf : Chants Spirituels du monde Arabe (Angleterre)


Vendredi 5 juin


Arbre de nuit

Le sacré effleure la renaissance italienne, et la pop sucrée de Sami Youssuf, avant de se perdre dans les méandres du palais d’Abdou.

Ensemble Elyma, baroque italien.

Dans les églises, le compositeur italien Claudio Monteverdi (1567-1643) fut le premier à intégrer les « affetti », les affects. Dans les mélismes vocaux de ses chœurs, il peignait la colère, la tendresse, la passio n, au sein d’une institution, qui jusqu’alors étouffait toute manifestation des sentiments. A l’exacte charnière de la Renaissance et du Baroque, il fait figure d’artiste novateur, introduit le profane dans le sacré. Pour ces raisons, conjuguées à l’immense beauté de ses écrits, l’Ensemble Elyma décide d’interpréter au musée Batha le Selva Morale, publié en 1643, sorte de testament spirituel de l’artiste, et sceau final de son œuvre sacrée.
Fondé en 1981, le groupe suisse se propose d’explorer le répertoire des musiques latines de la Renaissance et du baroque. A une époque qui privilégiait les écrits germaniques et britanniques, le chef d’orchestre argentin Gabriel Garrido plonge dans ses racines et celles du bassin méditerranéen, dans leur folklore, y puise un regard neuf et des sensations inédites. Lauréat de nombreux prix de musiques classiques, l’Ensemble Elyma – Elyma signifie « flûte » en Grec, instrument premier – ne faillit pas à sa réputation. Cette musique de dentelle, de chœur et d’instruments, jouée avec une perfection inégalée, une précision métronomique et d’émotion, envahit l’auditoire à la hauteur de la curiosité et de l’engouement de ses interprètes. Gabriel Garrido, mèches au vent et sourire omniprésent, apparaît tel un savant fou exalté, dont les mains dirigent avec ferveur l’orchestration. Entre deux morceaux, interstices sertis d’explications, un autre chant s’élève au loin, mat, sourd, porté par l’air. Interpellé, le chef s’interrompt, écoute, demande des explications. « C’est l’appel à la prière ! », lui répond le public, incapable de réprimer ses éclats de rires devant la surprise interloquée du chef. Telle se révèle l’essence des Musiques Sacrées : un mélange permanent des religions et des époques, un croisement, en toute tolérance.


Sami Youssuf, l’idole des jeunes

En ville, un nom se murmure, traîne de tables en tables, égaye les autoradios, met en émoi les médias marocains : celui de Sami Youssuf, attendu de pied ferme dans la cité fassie. Artiste né en Iran en 1980, d’une famille musicale d’origine azérie, il obtient une bourse pour étudier la musique à la Royal Academy of Music de Londres, formation qui jointe à sa parfaite connaissance des makams du Moyen-Orient, donne naissance à un style hybride, propice à toucher une nouvelle génération en quête de modernité. De Londres au Caire, d’Istanbul à Casablanca, sa pop colorée d’Orient et de spiritualité musulmane, son engagement pour des causes humanitaires (un récent concert londonien en faveur du Darfour), ses allures de gendre idéal, et ses qualités présumées de « beau gosse » entraînent à sa suite un raz-de-marée de fans et des millions de disques vendus. Reflet du phénomène, le Palais Bab Makina se pare de la fièvre des grands soirs : la sécurité s’y fait plus présente, les hôtesses en nombre dispensent leurs sourires, les filles arborent robes de soirée et talons haut, les enfants leurs costumes du dimanche. Pleine à craquer, l’enceinte attend l’icône, qui enfin pénètre sur scène. Derrière un piano à queue, il distille ses mots doux, charme l’auditoire (« Sing Together »), l’enveloppe de sa pop un peu mélo, sucrée, au consensus large…La magie opère. Pour le dernier jour du festival, le généreux Sami Youssuf offrira un concert gratuit à la population de Bab Boujloud. Une prestation qui promet un moment d’intense explosion.

Abdou et son palais fantôme

Ce jour, Abdou, le gardien du Palais Glaoui, peintre et personnage pittoresque, à la djellaba flottante, avait invité l’équipe de Mondomix à déguster une pastilla, mets des rois, dans l’antre de son riad déserté, retapé tant bien que mal par ses soins. A l’abandon depuis la mort du pacha de Marrakech en 1956, ses 13000 m2, 17 corps de logis avec patios, 1000 pièces, deux jardins, 30 fontaines…constituent un feu d’artifice de zelliges, de mosaïques, reflet du tournoiement du soleil, qui enivre et entoure le visiteur isolé de la terrasse. Un vestige du temps qui tient encore debout par le rêve illuminé d’un seul homme, son espoir et sa mémoire d’un passé perdu. Dans la Médina de Fès, des portes dissimulent encore d’autres demeures, des palais somptueux, cachettes d’une riche histoire qui peine à ressurgir, par manque d’argent. Inlassablement, Abdou peint donc du toit de sa terrasse la Médina. Au fil du temps, ses œuvres abandonnent la figuration pour l’abstraction, sorte de transformation inévitable de la réalité en songe. Cette nuit-là, il conviait journalistes et population à venir admirer ses toiles, au gré d’une fête comme « au temps de son grand-père » : une célébration gnaoua à la lueur des bougies, dans cette immense cour à ciel ouvert. Le son grave et hypnotique du gumbri résonne, soutenu par la polyphonie des claquements de mains, et ce chant ancestral. Allongés sur des coussins, visages tournés vers les étoiles et un air redevenu plus doux, nous regardons défiler les ombres en clair obscure, les boules de chat, les silhouettes, les secrets des pierres, et les nôtres. Une magie dans laquelle on s’abîme : l’intimité de la nuit, et la veille lunaire de sa gardienne, pastilla, corne de gazelle. Qu’elle vous soit aussi douce.


A demain.

Anne-Laure Lemancel


Le site officiel du Festival de Fès des Musiques sacrées du Monde

Voir le Reportage de l'édition 2008 et des éditions précédentes

 

 




Réagir   

Share to Facebook Share to Twitter Stumble It Email This More...




// LIRE AUSSI








Recherche par continent


Recherche par nom




mondomix.com Musiques et cultures dans le Monde. Magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète

Pour que l'aventure Mondomix continue, partagez-la encore plus avec nous.

Soutenez Mondomix