en direct de Fès au Maroc !
Entre le sublime Radif iranien de Mohammad Motamedi, le puissant gospel de Marwa Wright et les chants orthodoxes de Divna le festival s'annonce de toute beauté. Vivez avec Mondomix cette nouvelle édition du festival des musiques sacrées du monde à Fès au Maroc !
Une fleur rouge s’épanouit au milieu de ses sœurs blanches. De tous, son chant reste le plus beau. Au dessus de leur doux murmure, il s’élève, céleste. La mélodie des anges repose ses ailes sous l’ombre du chêne du musée Batha, caresse les visages des spectateurs apaisés, envoûtés par l’art délicieux de Divna Ljubojevic. La chanteuse possède une beauté surannée, un visage impassible qui rappelle celui des icônes ; dans ses yeux, sur ses paupières et ses joues, des expressions glissent comme des voiles fugaces – la joie, la douleur, la tendresse... Passionnée de chant byzantin, Divna a fondé l’ensemble Melodi pour donner vie à ces chants liturgiques de l’Eglise orthodoxe, de la première ère chrétienne. Des églises, ils possèdent la fraîcheur, l’architecture ciselée des voûtes, la résonnance, les échos. Pour sa prestation, Divna interdit les photos, les déplacements intempestifs. Sa voix s’élève donc dans un silence total de chants d’oiseau, forte et fragile comme le cristal, intouchable, incassable, irisée de la voix des cinq membres de son chœur. Elle chante une passion, une résurrection, celle d’une tradition, portée vive dans la paume de sa main, et sous une cathédrale bâtie par la nature, cet arbre. Une blessure, un baume, un enjôlement. Abed Azrié, l’Evangile selon Saint-Jean.
La liturgie chrétienne souffle jusqu’à Bab Makina, avec un projet d’envergure, porté par le compositeur, poète et chanteur syrien Abed Azrié : la mise en musique de l’Evangile selon Saint-Jean rassemble solistes, chœur mixte et ensemble d’Orient de l’Institut supérieur de musique de Damas, orchestre des jeunes de la région PACA et de la Garde Royale du Maroc. Du très beau monde, dirigé par le chef Alain Joutard, encore ravi de la première, donnée ces jours précédents à Damas. Aujourd’hui, Abed Azrié raccourcit l’oratorio de moitié pour ne pas peser sur le public d’un « festival de divertissement où les gens viennent plus s’amuser qu’écouter de la musique », dixit. Dès les premières notes dans l’air, les modulations originelles, le souffle de l’accordéon, le crin du violon et toutes les voix, solaires, l’immense talent et la particularité d’Abed Azrié se retrouvent. Cet esthète, gourmet intellectuel, avide d’idées et d’histoires, goûte avec amour ce texte fondateur du christianisme, qu’il compare volontiers à un drame shakespearien, une épopée. Sa musique en prend les couleurs, intelligente et sensible, pertinente à chaque mesure, douée de cette austérité chaleureuse, propre à l’artiste. Dans cette construction orchestrale, sa voix grave se gonfle, rare, celle de Dieu, pour résonner dans les poitrines, et s’accorder à la lune qui, derrière les créneaux, s’obstine. Création tissée en coproduction avec l’Opéra et Institut supérieur de musique de Damas, le Festival de Fès des Musiques Sacrées, le Conservatoire et Orchestre de la Garde Royale du Maroc et Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, la pièce incarne une utopie, une communion en trois pays. Malgré la beauté de l’œuvre, le vent glacial qui souffle ce jour-là sur Bab Makina, éclaircira encore un public déjà peu nombreux. Au Maroc comme ailleurs, la crise semble passée par là. Les touristes mélomanes venus habituellement de loin pour apprécier dix jours de musiques sacrées, ne paraissent pas au rendez-vous cette année, selon l’organisation. A Fès, les discussions et le froid se dissolvent dans les effluves délicats d’un grand verre de thé à la menthe et la dégustation d’une corne de gazelle. A demain, Anne-Laure Lemancel